Être "Omniprésent": la voie du bon vivant et le dernier testament

Publié le 2021-03-01 | lenouvelliste.com

Par Paul Jérémie

En vérité, en vérité, l'instant présent est la pure Vérité, infaillible, indéniable, incontournable, insaisissable, immuable, indépendante et permanente. L'instant présent est l'essentiel et l'ultime.
Rien n'existe hors de l'éternel présent. Il est le seul et l'unique. Autre que le présent, c’est le néant. L’instant présent étant unique, tout y est, rien n’y manque. C'est la plénitude parfaite.
Le présent est le commencement, le déroulement et l'achèvement, ou alors il n'a ni commencement ni fin. C'est le mystère parfait.
Le présent est tout en tout, au-dessus de tout, toujours et partout. C'est l’immanence et la transcendance parfaites. Tout est de lui, par lui et pour lui. En lui fleurit tout ce qu'il y a de possible et d'accessible. Le présent relie toutes les dimensions : le potentiel et l'actuel, le connu et l'inconnu, le visible et l'invisible, le matériel et le spirituel, l’homme-machine et l’être vivant, l'ici-bas et tout au-delà…

La conscience d’être ou la conscience d’exister dans le présent est la certitude parfaite et absolue. Tout le reste est relatif, subjectif, spéculatif, fictif ou figuratif, y compris la certitude de la mort. Ceci vaut pour les principes, les lois, les évidences, les faits et les phénomènes (corps métaphysiques, télépathie, prémonition…). Pareil pour les paradigmes, les perspectives, les observations, les hypothèses et théories (théories du complot, Bing Bang, évolutionnisme…). De même pour les idéologies (démocratie, socialisme, communisme…), les philosophies, les mentalités, les sentiments, les expériences (mort imminente...), les croyances (être suprême, anges, démons, karma, réincarnation…), les convictions, les opinions, les révélations, les intuitions et les inspirations. Tout ce qui découle des données précédentes, donc les normes, codes, traditions, législations, conventions (droits humains, bienséance…), standards, critères, priorités, valeurs et idéaux sont également relatifs, subjectifs, spéculatifs, fictifs ou figuratifs. Cette vision s’applique aux réflexions qui suivent.
Si rien n’existe hors du présent, le passé, l’avenir et le passage du temps seraient des illusions, comme un rêve dans un rêve. Si rien ne manque à l’instant, tout serait à tous et à la portée de tous, immédiatement. Moissonner l’abondance serait une question de disponibilité et de réceptivité. La pauvreté, la possessivité et le protectionnisme seraient une faillite de l’esprit. Le regret, le remords, la frustration, la déception, l'envie et la jalousie seraient malsains.
Dans l'espace du moment présent, tout est lié et interconnecté, rien n'est isolé. C'est la communion parfaite et l’alliance perpétuelle. La dualité et l'ego seraient des malentendus. Le fanatisme et le sectarisme, l'intolérance et la discrimination, l'exclusion et la censure seraient malsains.
Dans l'espace du moment présent baignent tous les présumés différents (règne animal, règne végétal, règne minéral…), les présumés complémentaires (mâle et femelle…) et les présumés contraires (thèse et antithèse, bien et mal, bonheur et malheur, richesse et pauvreté, sagesse et folie, intelligence et stupidité, positif et négatif…). Le tout se combine, se confond, ou se convertit l’un en l’autre. Ainsi, les trois règnes se manifestent dans l’homme. Ainsi, la même tige produit la rose et l'épine. Ainsi, une même personne peut pratiquer un double standard, avoir un double visage, tenir un double langage et mener une double vie comme une seconde nature. Ainsi, une merveille peut tourner en cauchemar, et vice-versa. Ainsi, les saisons s’alternent. D'où la diversité de la vie où rien n'est contre-nature.
Dans l'espace du moment présent, la vie s'invente et se réinvente. "Lavi a bat tanbou l, li danse l. Li rele, li reponn. Se yon woule m de bò." C'est la mise en scène parfaite. Ainsi, le mouvement qui engendre les principes de l'impermanence ("tout passe"), de la dégénérescence ("tout naît, tout vit, tout meurt"), de l'alternance ("tout change, tout se transforme") et de l'insignifiance ("tout est vanité") est le même qui engendre l'instinct de conservation, le sentiment d’attachement et d’appartenance, la volonté de cupidité et la soif d’éternité. Une même dynamique est à l'œuvre dans les réalités humaines comme dans les réalités existentielles. "Se menm kout bwa a." D'où le jeu de la vie, subtil, fluide, complexe, créatif, plein de caprices, de détours, d’intrigues, de surprises, de suspense, de paradoxes et de revirements, soulevant la fascination, ou causant la confusion et frisant le chaos.

D'où l'apparence que tout est à l'envers, sans dessus sans dessous. "Bagay yo gaye. Nou pa konn si n anlè, nou pa konn si n atè." D'où la sensation que la vie est absurde et n'a pas de sens. D'où la perception que chacun vit dans son petit monde et que les points d'intersection entre les mondes sont l'exception, en sorte que chacun croit avoir le monopole de la vérité, sans que nul n'ait vraiment tort ni raison. La parabole de la Tour de Babel illustre bien cette prétendue cacophonie. D'où la suspicion que chacun fait l'hypocrite et joue la comédie à sa façon. "Tout moun sou blòf". D'où l’impression que tout se ligue contre l’homme et que la vie est un combat. Chacun pour soi. Sauve qui peut. "Naje pou w soti." Toutefois, cette impression d’antagonisme, aussi vivide qu'elle soit, serait un mirage, car l'harmonie règne nécessairement au sein du présent unifié. C'est l'unité dans la diversité, comme l’homogénéité dans un organisme vivant. Par conséquent, si ceux qui vivent sont ceux qui luttent, la défaite serait assurée, comme ce serait le cas si l'on se battait contre son ombre, ou si un royaume était divisé contre lui-même. Du moins, il faut savoir choisir ses batailles.
Dans l'espace du moment présent, tout est don, rien n'est mérité. C'est la grâce parfaite. Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? La fierté et l'orgueil, le chauvinisme et le suprémacisme, l'élitisme et le triomphalisme, le narcissisme et l'égocentrisme seraient malsains.
Dans l'espace du moment présent, tout a sa place, tout joue un rôle, rien n'est illégitime. C'est la quiddité parfaite. Les complexes, les inhibitions et les tabous seraient malsains. Le blâme, la critique, la polémique, les complaintes, l'énervement, les jugements de valeur, les étiquettes et les épithètes seraient futiles ou stériles.

Dans l'espace du moment présent, les éléments vitaux se donnent sans mesure, sans restriction et gratuitement. C'est la providence parfaite. Pour paraphraser Amit Gupta, rien dans la nature ne vit pour lui-même. Les rivières ne boivent pas leur eau, les arbres ne mangent pas leurs propres fruits, la fleur ne dégage pas son parfum pour elle-même, l'atmosphère ne se nourrit pas de son air, le soleil ne brille pas pour lui-même. Comme quoi, la vie n'est bonne qu'à être donnée.
Ici et maintenant est le théâtre de la vie, là où l'action se passe. Tout se joue aujourd'hui même, à l'instant. Le moment est l'idéal parfait. Tout converge vers le présent. C'est le sens parfait de la vie.

Par conséquent, faire preuve de bon sens ou faire le bien, c'est être "omniprésent", c'est-à-dire être présent d'esprit, être présent dans le moment et être un présent. Voilà la vertu cardinale, la justesse et l'excellence. Faire preuve de non sens ou faire le mal, c'est être absent du présent; une tentation qui guette l'humain constamment et à laquelle il succombe régulièrement. Voilà le vice capital, l'erreur, la très grande faute. Par extension, faire le mal, c'est vivre dans le passé illusoire, en le ressassant à travers les rancœurs et les ressentiments, en s'attachant ou en s'identifiant à ce qui est passager et en s'accrochant à ce qui est dépassé, particulièrement aux clichés et aux préjugés. Inversement, faire le mal, c'est vivre dans les projections et les attentes du futur illusoire en misant sur les espoirs, les promesses et les miracles. Faire le mal, c'est également vivre dans le stress des soucis quotidiens et de la peur, spécialement la peur de l'opinion d'autrui et la peur de perdre.

Être absent, c'est être hors de soi-même ou être excommunié. C'est s'oublier soi-même et se noyer dans l'amnésie. C'est ne pas se connaître soi-même et tomber dans l'ignorance. C'est ne pas avoir la conscience d'exister et sombrer dans l'inconscience. Pour ainsi dire, être absent, c'est rater sa vie, faillir et chuter. Les absents ont tort. Allégoriquement, c’est comme le maître qui, absent de sa maison, rend sa demeure vulnérable au pillage par les voleurs et au brigandage par les serviteurs. Littéralement, c’est comme l'homme qui, absent d’esprit, n'est plus maître de lui-même, s'emporte facilement, est vulnérable aux imposteurs, est sujet à la mystification et aux influences de toutes sortes.

L'absence d'esprit ou le sous-développement spirituel a tous les effets du somnambulisme ou du sommeil post-hypnotique. Dans cette condition, l'homme existe, mais il n'est pas (il fonctionne sans la conscience d’être). Il survit, il vivote mais il ne vit pas. Il a des yeux, mais il ne voit pas, il a des oreilles, mais il n'entend pas. Il a les sens bouchés, et toutes ses facultés sont à l’état de potentiel latent. Sa conscience est endormie et il vit dans l'amnésie pendant la plus grande partie de sa vie. Aussi la maturité se mesure t-elle au développement spirituel, dans la mesure où l'absence d'esprit est le grand mal de l'humain. Le développement spirituel repose sur l’éveil de la conscience, dite la conversion, sur le mourir à l’égo, dite la passion, et sur la nouvelle naissance, dite la résurrection. L’éveil de la conscience ou le retour au bon sens donne partout le ton. D’où l’appel venant de toutes les grandes écoles de spiritualité: "Ô toi qui dors, réveille-toi, relève-toi d'entre les morts!" Comme quoi, l'homme sans conscience et absent du présent est un mort-vivant incompétent, inconséquent et incohérent. Malheur à l'homme qui se confie à un tel homme! Par contre, l’homme qui prend conscience, se rend compte de son potentiel et peut travailler à le rendre actuel. D’où l’appel universel: "Croissez (mûrissez spirituellement), multipliez (faites fructifier votre potentiel), remplissez la Terre (soyez parfait et accompli) et soumettez-la (soyez maître de vous-même)." Encore que l’actualisation d’un potentiel, même dans les meilleures conditions, n’est jamais garantie. En témoigne la Parabole du Semeur.

La croissance spirituelle se traduit par l'ascension de la conscience et la transformation intérieure. Plus qu'une évolution, c'est une révolution de l’être. Symboliquement, l'homme spirituel est baptisé d'esprit et de feu, ses fonctions sensorielles et motrices sont rétablies: "Les aveugles voient, les boiteux marchent, les muets parlent, les sourds entendent, les morts ressuscitent." Pour ainsi dire, il prend un second souffle et passe de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, du vieil homme à l'homme nouveau.
Il convient de discerner le bien du mal, tout comme le bon grain de l’ivraie. Mais encore, il faut comprendre que le bien et le mal, la vertu et le vice, la justesse et l'erreur, le sain et le malsain, le fertile et le stérile font partie de la même matrice, émanent de la même source, sont les revers de la même médaille et entrent dans la dialectique du jeu de la vie. De même, il faut savoir que l'homme qui recherche le bien, le fait pour son bien, pour son "salut personnel", c’est-à-dire pour bien vivre, bien être et bien faire. Le bien qu'il fait n'affecte pas les réalités existentielles ni les réalités humaines. L’agent du mal n’affecte pas non plus ces réalités. Enfin, celui qui fait le bien et celui qui fait le mal seraient potentiellement des doubles agents, des instruments faisant œuvre commune. En somme, il faut de tout pour faire un monde, les choses sont ce qu'elles sont, et tout est dans l'ordre des choses, même l'obscurantisme, l'imposture, la haine, la méchanceté, la calomnie, la lâcheté et la trahison. "Se menm yo menm nan. Tout ladan l." C'est l'équilibre parfait.

“Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir…
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front…
Tu seras un homme, mon fils.
Rudyard Kipling

“Lorsque tout va bien, sois heureux; lorsque tout va mal, dis-toi bien que Elohim envoie le bonheur ou le malheur de façon que nous ne sachions jamais ce qui va arriver.”
Livre de l'Ecclésiaste
Faire le bien revient à entrer en soi-même, lucidement, à obéir à l'impératif du moment, innocemment, à se donner en présent, inconditionnellement, et à dire oui à la vie, avec l’esprit de discernement. Plus concrètement, faire le bien, c'est:
Vivre un jour à la fois, d'instant en instant: prendre le temps de vivre, de respirer, d'apprécier les petites choses, commencer chaque jour, renouveler son regard, saisir l'opportunité du moment, s'adonner entièrement à ce que l'on fait, même lorsqu’il s’agit de remonter dans le temps ou de planifier son temps.
Vivre avec son temps: se rendre à l'évidence, s'adapter au changement et suivre le courant, à son rythme.
Vivre la vie intérieure: s'émanciper de la loi d'autrui pour écouter son cœur et sa conscience, répondre à sa vocation, faire la paix avec soi-même, être bien dans sa peau, cultiver l'amour-propre, prendre soin de soi, se faire plaisir et prendre plaisir à ce que l'on fait.
Vivre en harmonie avec soi-même et son milieu: aimer son prochain comme soi-même, faire solidarité avec son entourage dans l'esprit de partage, participer à la vie de sa communauté, être en symbiose avec son environnement et rechercher tout ce qui contribue à l'édification mutuelle.
Vivre et laisser vivre: rendre la réciprocité, accueillir la diversité, respecter la vie privée et les individualités, se tolérer, se pardonner et coexister.
Vivre et lâcher prise: laisser faire, laisser dire, laisser venir, laisser partir, ne rien prendre pour acquis, vivre comme si chaque jour était le dernier, en quelque sorte apprendre à mourir.
Vivre par la foi: avoir confiance dans la perfection de l'ici et maintenant, s'en remettre avec assurance à la toute-puissance de l'instant présent, être égal à soi-même dans un esprit humble, reconnaissant, contenté, serein et détendu.
Vivre à fond: être vrai avec soi-même, assumer son essence, embrasser ses racines, ressentir ses émotions, dire sa pensée, penser ce que l'on dit, donner le meilleur de soi-même et aller profondément dans le connu, de tout son cœur, sans tiédeur.
Vivre en pleine conscience: veiller constamment ou, pour ainsi dire, "prier sans cesse", être présent à soi-même ou se connaître soi-même, agir en connaissance de cause, exercer l'attention sans concentration, être témoin et participant de ses états d'esprit, de ses états d'âme, des tensions du corps, de ses signes vitaux et de ses moindres faits et gestes, même si l'on fait le mal… si toutefois le mal peut captiver l'esprit éveillé, tout comme les ténèbres ne peuvent dominer la lumière.
Faire le bien serait le sceau d'un esprit sain, "la saine doctrine", le commencement de la sagesse, le bon combat, le chemin de la Vérité, la voie du bon vivant, bien vivant et "bien-veillant", c’est-à-dire veillant à faire le bien, à défaire le mal et à déjouer la tentation du mal.

La voie du bon vivant enseigne le culte de l'éternel présent, la culture du bon sens, du bon temps, de la bonne humeur et de la bonne disposition, l’art du bien vivre, la science du bien-être, la philosophie du bien faire et la politique de la bienveillance. Cette voie du milieu peut s'articuler avec la voie du souffle, la voie de la solitude, la voie du dépouillement ou du sacrifice, la voie du silence ou de la non-résistance ainsi que la voie du non-attachement. Toutes ces voies passent par des pôles de la Vérité, c'est-à-dire par des réalités primordiales, vitales ou finales. En effet, le souffle est la vie. L'homme naît seul et meurt seul. Nu (dépouillé) il est venu, nu il repartira. La vie commence dans le silence et finit en silence. Tout est passager, l'homme est pèlerin passant. Toutes ces voies exhortent l'adepte à faire le vide, à sortir de sa zone de confort et à se dépasser pour surmonter la condition humaine et aller plus loin. À divers degrés, les systèmes de croyances religieuses utilisent les voies et moyens en question. La différence probable est que le bon vivant est un libre penseur qui, ordinairement, ne chasse pas le naturel, ne vit pas d'espérance, ne dénonce rien, ne renonce à rien et n'annonce rien.

Qu'il suive une discipline ou non, quels que soient son point d’ancrage, l'objet de sa quête et le sens qu'il donne à sa vie, l'homme ne risque rien et n'a rien à perdre. Rien n'importe vraiment en fin de compte, sinon la grâce d'être présent dans la vérité du moment. Tout autre idéal n’est-il pas poursuite du vent? "Pa gen anyen k serye." "Ki sa nou ye?" Après tout, qu'est-ce que la dignité pour celui qui est poussière et qui retournera en poussière? Qu'est-ce que la moralité pour l'animal humain subissant la loi de la jungle où la raison du plus fort est toujours la meilleure, où les réflexes opportunistes et les mécanismes de défense gouvernent les actes et où la fin justifie les moyens? Qu'est-ce que la fraternité si l'homme est un loup pour l'homme et s'il vit de l'exploitation de ses semblables?

Qu'est-ce que l'équité ou l'égalité dans un monde hiérarchisé et organisé en pyramide? Qu'est-ce que la liberté pour l'homme-robot téléguidé par l'esprit de troupeau et conditionné dès le berceau? Qu'est-ce que le libre arbitre ou la souveraineté si tout est lié et interdépendant, si l’homme n’est pas maître de son souffle de vie, s’il est né sans le demander et rendra son dernier soupir sans le vouloir, s’il n'est responsable d'aucun élément déterminant de son existence et si, après avoir agi ou réagi, il jure que c'était malgré lui, qu'il ne sait pas ce qui l'a pris et que c'était plus fort que lui? Qu'est-ce que le bonheur ou la félicité si la souffrance semble être le lot de l'humain, si son mal paraît infini de tous côtés et si ses dons ont l'air de cadeau empoisonné, de mal nécessaire ou de lame à double tranchant? Qu'est-ce que l'éternité pour un mortel qui se débat pour survivre et qui tue le temps en attendant que le temps le tue? Que reste-t-il de sacré? Combler ces aspirations, surtout au bonheur et à la liberté, ne serait-il pas un travail intérieur?

À l'observation, l'homme qui réfléchit trop sur l'insignifiance des choses dérive souvent dans la dépression, le désespoir et les troubles mentaux. Heureusement les interrogations précédentes ne viendront jamais ou viendront rarement à l'esprit de la grande majorité. Sa bienheureuse ignorance est vraisemblablement maintenue par un système bien monté. Le garde-fou ou la clé de ce système reste et demeure la politique de l’oubli, une politique de l'autruche. L'oubli est programmé ou dispensé à travers l'opium des spiritueux, des drogues dures, de l'ergomanie, de l'éducation-endoctrinement, des commérages sur les réseaux virtuels, du divertissement audiovisuel, du show-business, de la société de consommation, de l'évasion dans l'exotisme, de la ferveur religieuse, du culte messianique et de l'idolâtrie des vedettes. Ces tampons épais sont pratiquement indispensables pour "le bon fonctionnement" d'une société.

Celui qui prend conscience de l'insignifiance des choses et qui a le privilège redoutable de garder la mémoire, peut prendre au moins trois attitudes Il peut se faire à l'idée que "la vie est un mystère à vivre et non un problème à résoudre". Il fait contre mauvaise fortune, bon cœur durant les épreuves de la vie. Il joue le jeu, comme s’il faisait un rêve lucide. Il joue cartes sur table avec fair-play. Il tire partie du jeu et joue le tout pour le tout en souriant à la vie sur la voie du bon vivant. "Jan l pase l pase." Alternativement, il peut se mettre hors-jeu et se replier dans le nihilisme, le cynisme et le pessimisme. S'il trouve que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue et que le jeu n'en vaut pas la chandelle, il peut abandonner la partie. Ces attitudes ne sont pas mutuellement exclusives, sauf que la dernière est à sens unique. Dans l'un ou l'autre cas, pas de différence. Nul ne tirera son épingle du jeu, nul n’en sortira vivant. Mais la vie continuera son petit jeu...  sans problème... sans drame... sans merci... comme un débordement d'énergie à l'infini, comme une aventure sans but précis. Et, pour l'homme impuissant, le mystère restera entier, et le secret des dieux restera bien gardé. "Al on lavi dwól."

“L’homme ne peut comprendre l’œuvre qui se fait sous le soleil. Il a beau se donner de la peine pour comprendre, il n’y parviendra pas. Et même si le sage prétend savoir, en réalité il ne peut pas comprendre.”
Livre de l’Ecclésiaste

Paul Jérémie

megadialogue@yahoo.com


Références
1. Touching Peace: Practicing the Art of Mindful Living/
La plénitude de l'instant: Vivre en pleine conscience.
Par Thich Nhat Hanh
2. The Power of Now/
Le Pouvoir du Moment Présent
Par Eckhart Tolle
3. Etre en pleine conscience : Une présence à la vie
Par Osho.
4. L'éveil à la Conscience Cosmique
Par Osho
5. Life is Real, Only Then, When I Am.
Par George Gurdjieff
6. In Search of the Miraculous/
Fragments d'un Enseignement Inconnu
Par Peter Ouspensky

Auteur


Réagir à cet article