Société capoise

Le carnaval une expression de manifestation populaire (2 de 2).

Publié le 2021-03-02 | Le Nouvelliste

Islam Louis Étienne  

À partir des années 1970, Bossu céda sa place à un autre groupe « Champwel, « conduit par Rony et Amyot. Ce groupe  a conservé le même calendrier .Il avait pourtant   une clientèle plus huppée et plus  variée avec en majorité les professionnels de la ville qui se cachaient le visage  en utilisant un drap blanc.  

 Champwel était un groupe prestigieux qui n’avait pas de parcours déterminé. Ils circulaient au gré de leur désir. Les oreilles  des Capois  n’avaient rien perdu de leur chasteté. Ses chansons  étaient de véritables  refrains historiques ou patriotiques avec quelques fragments sociaux, le plus souvent engagés, qu’on retrouvait sur toutes les lèvres.  

Cette animation durait toute la nuit  et prenait fin à l’aube de la journée du dimanche. Elle coïncidait avec l’heure où les fidèles catholiques se rendaient à la messe de quatre du matin et  les balayeurs de rue commençaient  à se mettre en activité de service.  

Le dimanche matin après la messe de dix heures, on commença à recevoir les premiers signaux  de ce que sera le reste de la journée  en fait de théâtre, de couleur et d’animation. Certaines images de carnaval sont essentiellement capoises. Elles sont aussi originales que variées tant dans leurs conceptions que dans leurs réalisations.  

 Certaines images  comme Toto la Maillotte,Ti Kok, la Bonne Nouvelle, les Bœufs ou Madigrakon, Vivi, abitan Zao, le groupe K, les échassiers ou jambes de bois, les Tresseurs de rubans, les Marchandes de feuilles ,Choucoune , Madame  Larco, Gaspiya, les chars des orchestres, etc. demandent une très longue préparation et éventuellement une répétition. Chacun de ses secteurs représente une ruche bourdonnante d’activités, une véritable entreprise.  

Les deux orchestres de référence de la ville ont toujours apporté  leur contribution personnelle à cette manifestation. D’abord, ils composent  chacun une méringue  carnavalesque que les stations de radio  roulent en boucle  pour le plus grand plaisir de leurs fans en particulier pour qu’ils apprennent les paroles et pour la population en général. Cette meringue représente le sel qui donne de la saveur  à l’ambiance. Ensuite, ils créent une animation tout azimut dans les rues de la ville.  .  

Apres le défilé du mardi gras, jour marquant la fin des festivités carnavalesques, on organisait une cérémonie symbolique  au Champ de Mars  ou on brulait tous les masques et déguisements (boulé mardigras) dans un grand boucan. La cerise sur le gâteau c’est la soirée dansante  organisée un peu partout dans la cité pour clôturer les événements.  

Les orchestres de référence évoluent dans leur Night Club respectif tandis que l’orchestre de Camille, sur demande de la mairie, animait un bal populaire au Marché Cluny  pour les canavaliers de petites bourses qui ne peuvent aller ailleurs.  

La tradition était toujours respectée .Le dernier vendredi précédant les jours gras était réservé aux étudiants. Pendant les trois gras les déguisements et les couleurs des orchestres étaient de rigueur. Le comité d’organisation  accordait des primes aux meilleurs déguisements, aux meilleures meringues, etc.  

Le secteur privé prenait une part active  au défilé  pour exploiter à bon escient la visibilité offerte par cette grande manifestation populaire. Le public capois participait de deux manières  différentes aux festivités.  

 D’abord,  certaines familles assistaient  au spectacle devant leurs maisons. Ensuite, une marrée humaine faisait le spectacle  soit comme acteur soit comme danseur.  

Le  souvenir le plus amer et le plus traumatisant  qu’on a gardé  de ces soirées de clôture des  manifestations carnavalesques au Cap-Haïtien se passa le mardi 7 Février 1965 au Rumba Night-Club au Carénage.  

Le tristement célèbre Adherbal Lhérisson, l’un des adeptes et dévoués serviteurs de François Duvalier, entra rouge de colère  au Rumba Night-Club, l’une des boîtes de nuit les plus fréquentées de l’époque, où performait l’orchestre Septentrional.  

 Il était armé jusqu’aux dents. Il tua Tony Piquion à bout portant d’une rafale de mitraillette. Tony qui était un père de famille honorable et respecté mourut sur le champ.  

 Tony Piquion était un notable de la ville, un footballeur de renom qui a évolué au sein de l’Association Sportive Capoise (ASC), un camionneur de grande renommée. Le président Paul Magloire et lui s’étaient mariés à deux sœurs.  Il laissa une famille nombreuse  dans le deuil  et la tristesse.  

Islam Louis Étienne  

Mars 2020  

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