Fedna François, la coqueluche de YouTube

PUBLIÉ 2021-02-26
Elles ne sont pas nombreuses les jeunes Haïtiennes à jeter leur dévolu sur le cinéma haïtien. Et pourtant, Fedna François, actrice et scénariste de profession, ne jure que par le cinéma. Avec 245K abonnés sur son compte YouTube, et tous les commentaires positifs qu’elle reçoit, la jeune dame est en droit de dire qu’elle est la coqueluche de ses fans.


Il n’est un secret pour personne que le monde du cinéma est très négligé en Haïti, et souvent ceux et celles qui s’y adonnent n’y font pas long feu. Le manque d’infrastructures et surtout d’encadrement en est souvent la cause. Pourtant, Fedna François, Gonâvienne de 29 ans, semble avoir trouvé la formule pour perdurer dans le septième art haïtien. Et cette formule n’est autre que les feuilletons. Avec des épisodes de 20 à 30 minutes, Fedna, qui écrit aussi, attire et attise son public majoritairement jeune. On la retrouve incarnant plusieurs personnages. Tantôt en femme de ménage, tantôt en dame missionnaire, ou même en délinquante notoire, c’est un secret de polichinelle qu’elle interprète chacun de ses rôles avec brio.  Les commentaires sur ses comptes Instagram, Facebook et surtout YouTube sont unanimes : elle est une bonne actrice.

Contaminée par la fièvre du cinéma, Fedna François fait ses débuts pour la première fois en 2010 sous la férule de Gary Agent, grand cinéaste haïtien. Ce dernier, qui devait tourner un film, a demandé à l'adolescente d'alors si elle souhaitait participer au tournage ; et bien sûr, elle a dit oui et a pris part à l’aventure. À l’époque, Fedna est en classe de philo, en total ignorance des rouages du monde de la cinématographie. Mais avec sa facilité à entrer dans un rôle, l’expérience fut bonne, nous dit-elle. Elle a pu bénéficier des conseils et de la bénédiction de Gary qui l’a encouragée à perpétuer dans ce chemin. Il avait sans doute vu en elle ce qu’aujourd’hui voient les fans en l’ancienne universitaire en gestion des affaires : un talent confirmé. Mais il faudra attendre l’année 2015, soit cinq ans plus tard, pour qu’elle s’adonne entièrement au cinéma. Et depuis, son amour pour cet art n’a fait que décupler, son univers ne tourne que derrière les caméras.

De simple actrice à scénariste, Fednaelle (pour ses fans), touche à plusieurs branches du monde cinématographique, et le résultat n’est jamais décevant. Elle puise dans sa vie, s’inspire de faits réels, pour tenir en haleine et intriguer à chaque fois son large public. Le premier feuilleton qui relate une partie de sa vie et qu’elle a écrit, « My fake friend », en est une preuve. « Mais à la fin du feuilleton, j’ai dû changer un peu l’histoire, pour éviter certains problèmes », précise la jeune dame. Elle reconnaîtra son talent d’écriture à son deuxième feuilleton intitulé « Mauvaise belle fille ». S’en suivront ensuite diverses autres séries et films auxquels elle participera en tant qu’actrice, ou scénariste-actrice. On peut citer « Secrets du mariage », « Elle a tout gâché », « Ban m m ap ba w », « La sorcière d’un foyer », et « Passion », qui a eu un franc succès et dont le public ne cesse de réclamer une deuxième saison.

Dans son top cinq de feuilletons qu’elle a joués, Fedna François fait le classement suivant : « Mariage libre », parce qu’elle a aimé intégrer la peau d’une fervente chrétienne ; « Ban m m ap ba w » où elle est une ménagère ; « Verite pa ladan l », où elle joue une délinquante (rôle qu'elle adore) ; « Nathalie », où elle est une égoïste de première catégorie ; et « Mauvaise belle fille ».  La divergence qui existe à travers chacun de ses rôles nous montre que l'actrice veut gâter son public en utilisant ses multiples talents.

Quand on est jeune et qu’on a la fougue, il faut en profiter. Et c’est ce que fait Fedna avec son talent d’écriture. Elle écrit, encore et encore. « Mwen tèlman gen feyton ki ekri, mwen ka vann kounye a », rigole-t-elle. C’est sans doute cette fougue et cette énergie pour ce qu’elle fait qui lui a valu le mérite d’être parmi les 20 jeunes qui ont marqué l’année 2020, selon la rédaction de Ticket Magazine.

Jumpsuit noir, lace de couleur bleue, soulier or, c’est une Fedna François élégante jusqu’au bout des doigts, souriante, et surtout passionnée qui répond aux questions de notre présentatrice Sindy Ducrépin. Enthousiaste et excitée sur certains sujets, réservée et hésitante sur d’autres, comme celui sur le montant du cachet que lui rapporte les épisodes postés sur son compte YouTube. Toutefois, l’actrice nous assure que le cinéma lui rapporte. Elle vit de ses feuilletons. « Avant on faisait du cinéma juste pour le plaisir des fans, mais aujourd’hui, grâce à YouTube, on assure chaque mois le paiement de chaque acteur qui participe à nos feuilletons », confie la mère de deux enfants. « Et quoique négligés des dirigeants, nous faisons un travail qui aide les jeunes à ne pas se livrer à de mauvaises choses. Et l’État devrait se pencher sur notre cas, et nous donner plus de structures, car à chaque feuilleton nous donnons du travail à une dizaine de jeunes qui attendent un salaire à la fin du mois », continue l'orpheline de père et de mère.  Elle croit que le cinéma peut aider et encourage les jeunes à s’y adonner, non pas seulement pour gagner de l’argent, mais surtout par amour.

Parallèlement, Fednaelle n’est pas un cœur à prendre. Oui, oui, elle est fiancée. La bague de fiançailles qu’elle porte à son doigt, et qu’elle n’a cessé de brandir pendant toute l’entrevue, en est bien la preuve. La date du mariage n’est pas encore fixée, mais les amoureux vivent déjà ensemble.

Plus connectée que jamais au monde du cinéma, Fedna nous promet déjà deux feuilletons sur lesquels elle travaille, « Une vie misérable », « Samantha », et un film qui traitera du VIH.  En attendant qu’elle nous livre ses nouveaux projets, Fedna François invite les jeunes à embrasser le monde cinématographique, et surtout à s’unir. « Évitons les disputes, leszen. On a commencé ensemble, on a fait du chemin ensemble, finissons en ensemble. J’ai dit non aux chicaneries sur internet, faites de même », conclut la jeune femme.

Charly Amazan



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