«Noires Amériques» avec la romancière Émmelie Prophète

Publié le 2021-02-25 | lenouvelliste.com

La romancière Emmelie Prophète a donné le ton sur la plateforme Zoom, le mardi 23 février 2021, lors de la dernière série « Noires Amériques ». Cet espace virtuel de débats était animé pa l’écrivain-éditeur Rodney Saint-Eloi. Professeurs, chercheurs, écrivains, membres de la bibliothèque des Amériques ont constitué un beau monde pour cette causerie.

Durant cet échange, l’auteure de « Les villages de Dieu » (éditions Mémoire d’encrier, 2020) a abordé la condition des femmes en Haïti, son œuvre, la littérature ainsi que sa vision haïtienne de l’Amérique. Cette rencontre a fait la part belle à l’imaginaire.


Après le passage de Lilian Thuram, Patrick Chamoiseau, Chloé Savoie-Bernard, Alain Mabanckou, Emmelie Prophète est le seul écrivain haïtien à prendre part à la série « Noires Amériques ». Lancée le 26 janvier dernier, cette série littéraire a été initiée par le Centre de la francophonie des Amériques de concert avec l’Alliance française de Chicago. Ce mardi soir, avec maestria, la romancière a donné sa vision sur la littérature et nous a rappelé à quel point les livres transforment notre existence. 

« Émmelie Prophète est une longue histoire d’édition, une longue histoire d’amour. Emmelie est une voix, une langue unique, qu’on reconnait en quelques mots. Ses histoires sont simples et tirés du quotidien des gen. », a déclaré le poète Rodney Saint-Eloi pour introduire l’auteure de « Le testament des solitudes ».

Dès le début de la causerie, la romancière est questionnée sur son roman « Le testament des solitudes »,  un roman où elle met en scène trois femmes. Des femmes qui n’ont pas des destins identiques, mais qui ont la solitude en partage. Cet insolement social, ce sentiment est vécu différemment par chaque actrice de la société.

Elle donne une idée de son ouvrage : « Le testament des solitudes a été un éveil. Je voulais montrer  que l’Amérique dont m’a parlé n’existait pas vraiment. C’est aussi l’histoire de notre pays. Le livre parle des Haïtiens qui voudraient  voir ailleurs. Pour moi, ce roman donne la voix à ces femmes qui, finalement, malgré les voyages et les travaux en Amérique, n'ont jamais réalisé leur rêve », souligne Emmelie Prophète, auteure de ce roman qui a raflé le Grand Prix littéraire de l’Association des écrivains de langue française en 2009. 

Cécé c’est moi

La causerie avance allègrement sur la plateforme. On est suspendu aux lèvres de la romancière. Chemin faisant, elle revient sur Célia, la narratrice de son dernier roman. Pour elle, Célia dégage un parfum de la marge, elle ressemble à toutes les femmes haïtiennes qui vivent dans les ghettos. « Comme Flaubert avait dit de Madame de Bovary, Cécé c’est moi. Cécé est une jeune Haïtienne qui vit dans un bidonville mais qui porte un regard extraordinaire sur elle-même, sur le bidonville et sur le gouvernement. Cécé n’est pas naïve, elle voit, elle entend et elle comprend. Elle subit quelquefois, mais elle refuse d’être une victime. Elle nous prend par la main pour nous emmener dans l’univers des hommes qui pillent les camions qui passent. Cécé nous dit qu’il y a quelque chose qui se passe. On a besoin de se taire, pour écouter les Cécé d’Haïti, les Cécé des villes de province qui ont quelque chose à dire au monde. Il y a quelque chose qui rassure quand on a fini de lire Cécé quand on a compris ce que souhaite Cécé. », explique Emmelie Prophète, celle que beaucoup considèrent comme l’une des voix majeures de la littérature francophone.

« Les villages de Dieu », d’une écriture ciselée à la musicalité de chaque instant, décrit toutes les facettes des gangs armés, le viol, la prostitution, et la misère dans les ghettos des «villages de Dieu».

Des kilomètres à son compte littéraire

Pour cette auteure qui a plusieurs kilomètres à son compte littéraire ( romans : Le Testament des solitudes; Le Reste du temps; Impasse Dignité; Le désir est un visiteur silencieux; Le bout du monde est une fenêtre; Un ailleurs à soi; Les villages de Dieu; poésies : Des marges à remplir; Sur parure d’ombre), la voie est tracée. Mais l’écriture est un corps-à-corps avec la page blanche. Rien n’est donné d’avance. Et c’est pourquoi elle dit : « Écrire c’est prendre des risques, écrire c’est se mettre en danger. » 

La causerie captive. Le moment imparti fait place à un temps de parole. On voudrait retenir cette parole, porter encore plus loin la causerie. Émmelie a égrenné les minutes pour camper les personnages de son univers romanesque, des gens comme vous et moi qui se cherchent une raison d’espérer. 

Marc Sony Ricot 
Auteur


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