Hervé Piquion : 15 août 1949 – 14 février 2021

Publié le 2021-02-18 | lenouvelliste.com

Henri Piquion

La mort se frotte les mains. Un Piquion de plus. Une bonne récolte. Carole, Raoul, Serge et maintenant Hervé. Elle a bêché, semé, arrosé. Maintenant elle récolte. C’est la loi de la nature. Mais est-il nécessaire d’accompagner la mort de souffrances inutiles? Hervé a souffert dans son corps et dans son esprit sans espérer que ce fût pour quelque chose. Sans que nous de son sang et les autres qui l’avions aimé n’ayons espéré qu’il eût un lendemain. Il a souffert et il est mort. Il est mort plus d’avoir souffert que d’avoir été malade, car la maladie amène à la mort, pas la souffrance qui prend des détours pour diminuer, déshumaniser, maintenir la vie afin de se glorifier de l’avoir amenée au refus d’elle-même et à la négation de soi. Combien y-a-t-il d’êtres humains qui  n’ont pas demandé à mourir, et combien y-en-a-t-il qui ont préféré se faire les agents de leur propre mort plutôt que de continuer à endurer des souffrances désespérantes, des souffrances qui combattent l’idée même de l’espoir ?

Faut-il que la société, sous le prétexte que nous ne sommes pas Dieu, continue à accepter que des êtres humains, « créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous a-t-on appris » vivent, si le mot convient, des situations de non-vie sans pouvoir agoniser ? car l’agonie est la lutte pour la vie, le combat contre la mort, sans même  pouvoir un jour souhaiter mourir car après quelque temps. Que sont-ils devenus pour souhaiter quoi que ce soit?

Nous devons mourir avant de n’être plus des êtres humains.

Si pour la mort c’est un Piquion de plus, pour nous, c’en un de moins avec qui nous ne pourrons plus partager des souvenirs d’enfance. Même si je sortais déjà de l’enfance quand lui il y entrait je me suis rappelé, en apprenant sa mort, que la ribambelle de petits Piquion, avec  nos cousins, les cousins de nos cousins et avec nos amis, nous formions une véritable tribu d’enfants qui s’agitaient dans tous les sens sous les regards des adultes de la ville du Cap qui nous toléraient et nous protégeaient, mais ne nous auraient pas laissés transgresser ce qu’ils avaient décidé être les valeurs et l’éducation qu’ils avaient choisies pour nous. Claude et moi étions les aînés (en réalité pas plus vieux que les autres), et même quand nous faisions les fous avec les « petits » nous savions faire respecter les balises érigées par nos parents et la ville.

Étant parti trop tôt du pays et ayant vécu mon exil loin de mes proches, il m’est difficile de parler d’Hervé adulte. Je me souviens de lui comme d’un garçon exceptionnellement calme dans une famille où les garçons s’agitent depuis le berceau. Quand je le rencontrais à Miami je gardais l’impression qu’il était plutôt concentré sur le bien-être de sa famille et le bonheur de Jessie son épouse qu’il nous a donnée comme sœur et cousine. Il doit savoir que dans la tribu nous ne parlons que de lui depuis hier et qu’il en sera toujours un membre aimé.

Henri Piquion

15 Février 2021

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