Le temps de la productivité

Publié le 2021-02-19 | Le Nouvelliste

Carte-Blanche à Jean-Claude Boyer

Quand nous mettrons-nous en ordre de marche en vue de la productivité ? La productivité, c’est le rendement dans le travail, pour faire court. Pour obtenir des gains de productivité, il ne faut pas que l’activité soit freinée ou paralysée pour un oui ou un non. À pareille époque, je repense à une réflexion que j’avais produite en 2012 « Le carnaval et la productivité ». Or, le sujet revient avec toute sa pertinence pour m’interroger à nouveau : mesurons-nous à leur juste valeur les jours d’ouverture des services publics, du commerce et des écoles ?

Déjà au début de ce mois de février 2021, paralysie de l’activité pendant 2 jours à l’appel du syndicat des transporteurs pour protester contre le grand banditisme. Grève que l’on voyait venir en raison de la multiplication des actes criminels sous forme d’interception d’autobus de passagers suivie de séquestration, même brève et demande de rançon. Quand les passagers sont libérés promptement, le propriétaire était obligé de verser la rançon exigée en vue de récupérer le véhicule. Grève observée mais quid de la productivité ? L’activité amputée de ces deux jours accuse un terrible recul et les pertes en découlant sont considérables. Si l’on entreprenait de calculer l’incidence négative sur le PIB, on pousserait de hauts cris devant ce gouffre, ce trou béant de manque à gagner.

À l’approche des jours gras, ce qu’on redoutait est arrivé. Le lundi gras, traditionnellement on travaille pendant une demi-journée. Cette année 2021, si partiellement le commerce a pu œuvrer en vue de la satisfaction des besoins de la clientèle, il en a été autrement pour les banques dont les guichets sont restés fermés. On me dira que l’APB en avait pris la mauvaise habitude dans les années antérieures, mais on ne pouvait pas penser que cela perdurerait. Résultat :

Ceux traqués par une urgence familiale (maladie, décès, voyage inopiné …) ont dû ronger leurs freins. Prendre leur mal en patience en attendant le mercredi des cendres, avec l’espoir qu’on se remettra au travail après le long week-end de carnaval délocalisé à Port-de-Paix cette année 2021. Mercredi des cendres qui aura été férié.

2e situation : les commerçants ne pouvant effectuer des dépôts avec les recettes du week-end. Situation inconfortable par ces temps où l’insécurité bat son plein. Insécurité que les forces de l’ordre n’arrivent pas à juguler malgré des incursions dans les fiefs des bandits.

La tradition est respectée une fois de plus. Le ludique a pris le pas sur l’économique, pour faire un jeu de mots. Mais ce n’était pas fini : les écoles devaient chômer le mercredi des cendres. N’oublions pas que fin octobre 2020, péniblement deux mois et demi (août, septembre et octobre) ont permis de boucler l’année scolaire 2019-2020. Avec l’espoir de mettre les bouchées doubles pour aller jusqu’au bout des programmes dans les trois niveaux : maternelle, fondamentale et nouveau secondaire. Bref, la formation s’en ressent aussi avec cette propension aux coupures traditionnelles du rythme tant de l’activité scolaire que de l’activité économique. Que voulez-vous ? La tradition prime sur la productivité dans la sphère économique et pédagogique.

Il faudra bien changer de mentalité par rapport à l’importance du temps dans la vie de la nation dont la mise à l’arrêt est contreproductive. Toutes les performances (sportive, créative …) sont atteintes par la bonne gestion du temps. Le temps a rejoint le travail et le capital parmi les facteurs de production. « L’utopie d’hier est devenue la réalité d’aujourd’hui », martelait en terminale Moïse Innocent, mon professeur de sciences sociales.

   Jean-Claude Boyer

  Mardi 16 février 2021

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