Mgr Pierre-Antoine Paulo : un appel, un Pasteur

Publié le 2021-02-18 | Le Nouvelliste

Le 23 mars 1944 quand Gilbert Paulo et son épouse Agnès Constant ont accueilli leur troisième enfant, ils ne pouvaient pas s’imaginer que le poupon nouveau-né qu’ils ont prénommé Pierre-Antoine allait devenir d’abord Père Paulo, ensuite Monseigneur Paulo. Et pourtant, ils y ont collaboré sans en être conscients dans la mesure où la cellule familiale dans laquelle ils ont élevé et éduqué leurs enfants était le terreau fertile à l’éclosion de la vocation religieuse de Pierre-Antoine.

C’est à Praline, une bourgade de Camp-Perrin dans le sud du pays, que l’actuel évêque de Port-de-Paix a vu le jour. La maison familiale vivait déjà au rythme pétillant de deux enfants quand Pierre-Antoine vient agrandir la famille des Paulo. Il sera suivi les années d’après de trois autres qui élargiront la fratrie à six enfants parmi lesquels deux ont été rappelés par Dieu. Quand le moment vient pour le petit Pierre-Antoine de prendre le chemin de l’école, il n’aura pas besoin de s’éloigner de sa famille pour trouver un établissement scolaire comme c’est le cas pour des centaines de milliers d’enfants d’Haïti. Les Frères de l’Instruction Chrétienne établis à Camp-Perrin depuis des années lui ouvriront leurs portes et Pierre-Antoine y passera toutes les années que dureront ses études primaires. D’ailleurs, dans l’ambiance religieuse qui caractérisait l’enceinte de l’établissement des frères même exhalait ce parfum vocationnel qui se répandait dans l’âme du jeune écolier. Il avait neuf ans lorsque sur les conseils d’un frère il est allé délibérément frapper à la porte du presbytère pour demander au curé de l’accueillir comme enfant de chœur. « Mais au fond de moi je suis allé frapper pour devenir prêtre » a lâché Mgr Paulo avec un candide sourire. Il le sentait déjà, cet appel à suivre le Christ dans la vie religieuse, une vie donnée pour le service des autres. Il rejoint les autres servants à l’autel pour servir Dieu, être plus proche de Lui comme s’il voulait qu’il lui dît clairement qu’il l’appelait. Ce Dieu présent dans le Saint Sacrement qu’il contemplait à l’autel, il le prendra dans sa main plus tard. Il recevra l’honneur, le privilège de célébrer in persona Christi, à la place du Christ lui-même. Son petit cœur brulait de ce désir de lui consacrer sa vie. Autour de la table eucharistique, sa vocation se nourrit, grandit, s’affermit avant de s’éclore, exhalant à son tour les effluves de la grâce sacerdotale sur le peuple de Dieu.

L’appel est avant tout religieux

Différence entre un prêtre séculier et un prêtre religieux

Il n’est pas toujours évident pour un fidèle laïc de d’établir la différence entre la vocation sacerdotale et la vocation religieuse. Le plus souvent, dès qu’il se trouve en face d’un prêtre, c’est le sacerdoce qui importe, il ne cherche pas à savoir s’il est un religieux ou non. Pourtant, on peut bien être religieux sans être ordonné prêtre, c’est le cas par exemple des frères. On peut être prêtre et ne pas être religieux dans l’acception stricte du terme. Tous les prêtres diocésains relèvent directement de l’autorité de l’évêque ; on les appelle aussi des prêtres séculiers à la différence du clergé régulier composé des religieux prêtres qui eux dépendent directement de leurs supérieurs. Plus profondément, le religieux vit selon une règle de vie avec un charisme et unespiritual ité propres découlant généralement des qualités de vie du fondateur. Le religieux professe un triple vœu de chasteté, d’obéissance et de pauvreté et privilégie la vie communautaire. Tandis que le clergé séculier comprend les clercs et les prêtres au service de l'Église dans le cadre de l'Église diocésaine (évêques, prêtres, diacres). Le prêtre diocésain ou séculier s’engage par deux promesses : chasteté et obéissance.

Le jeune Pierre-Antoine met ses pas dans les brisées de Eugène de Maznod

Au terme de ses études primaires chez les Frères de l’Instruction Chrétienne, Pierre-Antoine rejoint le Collège Saint-Jean dirigé par les Oblats de Marie Immaculée. Tout en poursuivant ses études, il reste tendu à cet appel qui lui darde le cœur. C’est pour lui le temps du discernement, de l’authentification. Sa présence chez les Oblats le porte à fixer un personnage dont le portrait devait être suspendu ou à la chapelle ou à la direction de l’école. Très vite il entre au Petit Séminaire des Oblats et le chemin est tracé. L’accompagnement au Petit Séminaire est déterminant dans sa quête d’authentification de ce qui jusque-là pourrait paraître comme une simple émotion. Il profitera de ce temps et de cette structure pour purifier l’appel et se résoudre à s’engager pour de bon dans la vie religieuse. Au terme de ses études classiques, sa propension à embrasser ce choix de vie et sa disposition à l’assumer étaient telles que les supérieurs du Petit Séminaire lui ont, sans hésitation, ouvert les portes du noviciat. Nous sommes en 1962 et à cette époque, les Oblats de Marie Immaculée n’avaient pas de noviciat en Haïti. C’est aux Etats-Unis que Pierre-Antoine sera envoyé pour faire son année de noviciat qui sera pour lui un moment fort pour se lier plus intimement à Eugène de Maznod à travers la spiritualité et le charisme du fondateur. Le jeune novice en profitera aussi pour se plonger dans la prière, pour nourrir sa vocation à partir de Celui-là même qui est la source de toute vocation. Au New Hampshire près de la frontière américano-canadienne, il expérimentera le froid glacial mais aussi la chaleur de l’accueil d’une communauté qui lui permettra de découvrir la beauté de la catholicité de l’Eglise.

L’expérience du noviciat incorpore Pierre-Antoine dans la congrégation des OMI de façon temporaire ; et du New Hampshire il s’envole vers la Ville Eternelle pour étudier la philosophie avant d’entrer à l’Université Saint Thomas d’Aquin communément appelée Angelicum pour des études théologiques. Il reviendra en Haïti après avoir passé quatre ans à Rome pour visiter sa famille et renouer avec la réalité de la terre de mission qui l’attend à la fin de ses études. « Cette expérience était très importante pour moi, car elle m’a permis de revoir le pays et ma famille, mais aussi et surtout parcourir toutes les missions oblates du pays » nous a-t-il confié avant de poursuivre : « Cette expérience a raffermi ma vocation missionnaire et m’a préparé pour affronter la réalité de mon pays ».

Ordonné prêtre le 20 décembre 1969 et la mission commença !

Agé seulement de 25 ans, Pierre-Antoine a reçu l’ordination sacerdotale le 20 décembre 1969 à Rome entouré de la petite communauté haïtienne de Rome. Après l’ordination, il est rappelé en Haïti pour débuter sa vocation missionnaire dont le premier pas est posé sur la terre du Nord-Est à Ouanaminthe où il est accueilli comme vicaire de paroisse. Le jeune prêtre se donne sans compter dans l’animation pastorale et la catéchèse. Après Ouanaminthe, il part apporter de sa jeunesse et de son être missionnaire à Port-à-Piment. C’est en tant que vicaire qu’il va encore une fois s’adonner aux activités pastorales et catéchétiques. Ces deux expériences de mission le mettent en relation frontale avec la réalité du pays. Ce temps d’exercices pastoraux semblait avoir pour but de marquer une coupure dans ses études, car ses supérieurs vont le renvoyer aux études pour une spécialisation en Bible. A l’Université Pontificale Grégorienne et au Biblicum considéré comme un sanctuaire fréquenté par ceux qui aspirent à éplucher de façon minutieuse la Parole de Dieu, il étudie la théologie biblique et en est sorti avec un doctorat.  Sa thèse une fois défendue, le Père Pierre-Antoine Paulo, Docteur en théologie biblique, prend l’avion pour Haïti. Une obédience l’attendait déjà : il est appelé à travailler dans la formation du côté de Camp-Perrin là où un peu plus d’une dizaine d’années auparavant il a fait sa formation. A cette époque, les spécialistes en Bible étaient très rares dans l’Eglise d’Haïti, c’est pourquoi tout en s’occupant de la formation à Camp-Perrin, il est réquisitionné pour enseigner la Bible au Grand Séminaire.

Le Père Pierre-Antoine Paulo remplace le P. Frantz Colimon professeur d’Exégèse au Grand Séminaire

Le Père Frantz Colimon, spécialiste en Ecriture Sainte tenait la chaire de Bible au Grand Séminaire quand le Pape Paul VI le nomme évêque coadjuteur de Port-de-Paix. Suite à cette nomination le 18 septembre 1978, le nouvel évêque devra regagner son diocèse. Pour combler ce vide, la Conférence Episcopale d’Haïti fait appel au Père Pierre-Antoine Paulo, Docteur en théologie biblique. Son retour correspondait à un momentum. Il partagera son temps entre Camp-Perrin et le Grand Séminaire : un exercice titanesque.  Il ne pouvait objecter, parce qu’il n’avait pas le choix dans la mesure où, comme nous l’avions mentionné plus haut, les experts en la matière n’étaient pas légion. Il parviendra à trouver une formule qui lui permettra de faire économie d’énergie et de temps. Les cours de Bible au Grand Séminaire seront dispensés sur toute une semaine chaque mois. Ainsi, le Père Paulo passe une semaine sur quatre à Port-au-Prince, se consacrant à la formation académique des futurs prêtres, séculiers et diocésains, et trois semaines sur quatre il accompagne les novices Oblats dans la maison de formation à Camp-Perrin. Depuis son voyage au New Hampshire pour son noviciat, la congrégation des Oblats de Marie Immaculée avaient établi la maison du noviciat à Camp-Perrin. Point n’est besoin de s’envoler vers le New Hampshire pour aller braver l’hiver glacial. Il est tout entier plongé dans la formation au niveau de sa congrégation mais à un autre niveau plus étendu, l’Eglise d’Haïti. C’est son nouveau champ de mission. Plus intense, plus délicat et plus dense celui-là. Il s’agit d’être missionnaire auprès de futurs missionnaires, de préparer les appelés à la mission. En ce sens, son cours d’exégèse au Grand Séminaire est crucial, parce que l’envoyé est appelé à porter la Parole de Celui qui l’envoie. Comment la porter et la communiquer si on ne la possède pas. La porter comme si nous étions un contenant, mais la porter à l’instar de « la Vierge qui gardait la Parole et la méditait dans son cœur » (Lc 2,19). Cette Parole de Dieu avant d’être une connaissance qu’on peut acquérir par l’intelligence est une expérience avec Dieu lui-même de sorte que plus on la répand en dehors de soi, plus on est imprégné de cette Parole. Donc la mission du Père Paulo, professeur d’exégèse au Grand Séminaire, était de porter les futurs missionnaires à se laisser imprégner par cette Parole, objet de connaissance qui met en mouvement leur intelligence, mais aussi expérience d’amour et d’amitié avec Celui qui les appelle à son service. 

Le Noviciat des Oblats : de Camp-Perrin à Port-au-Prince

Quatre ans plus tard, il entre à Port-au-Prince pour se consacrer toujours à la formation. De Camp-Perrin le noviciat est transféré à Turgeau, un changement qui lui épargne de parcourir la route du Sud pour ses cours au Grand Séminaire, car désormais le noviciat est à seulement quelques mètres du Séminaire.  En plus du noviciat, le Père Paulo doit aussi animer le pré-noviciat et le scolasticat, deux étapes préliminaires au noviciat déterminantes pour le cheminement du jeune dans la vie religieuse. Le Père formateur prend à bras le corps le processus de formation chez les Oblats et plusieurs promotions de religieux de la congrégation se souviendront toujours de la profondeur de l’enseignement reçu de ce grand frère pétri de la Parole de Dieu.

Sa mission de formateur va le conduire à toutes les étapes de la formation quand il quittera Turgeau pour se rendre à Blanchard au siège du philosophat et du théologat de la communauté. Avec la même passion missionnaire il se dévoue à la formation des jeunes qui sont le présent et l’avenir de l’Eglise.

 De la formation au provincialat

Après vingt-cinq ans dans la famille oblate, les confrères du Père Pierre-Antoine Paulo l’ont désigné pour prendre le gouvernail de leur province d’Haïti. Tout son parcours dans la congrégation le prédestinait à une telle fonction. Celui qui a passé plus d’une décennie dans la formation avait acquis l’expérience et possédait une connaissance assez profonde de ses confrères.  En 1987, il est élu Provincial et s’est mis au service de ses frères Oblats. Une fonction accueillie et vécue comme un service, comme en écho à la parole du Christ : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir » (Mt 20, 28 ; Mc 10, 45).  Mgr Paulo a reconnu que la charge de Provincial des Oblats « était une expérience très enrichissante, qui m’a permis de connaitre le pays et surtout d’approfondir le contact avec la Conférence Haïtienne des Religieux par le bais de réunions qui m’ont été très utiles ». En cette année 1987, le pays vivait dans un contexte politique particulier d’après le 7 février 1986. La CHR était très engagée dans la quête d’une Haïti socialement équilibrée, une société juste et équitable. Le Père Paulo occupera la présidence de cette corporation qui réunit toutes les congrégations religieuses. A ce poste, il rencontre régulièrement ses homologues de la CLAR (Conférence Latino-Américaine des Religieux). De ces rencontres naissent des échanges bénéfiques pour les institutions, d’autant plus que toutes deux étaient témoins de réalités sociopolitiques qui faisaient peu de cas de la dignité humaine. C’est le haut lieu d’une expérience de solidarité entre chrétiens partageant la même foi en un Dieu libérateur. Si de la relation des deux conférences ont résulté d’avantageuses retombées sur le plan institutionnel, au niveau personnel le Père Paulo en est sorti plus renforcé dans son être missionnaire. « Ceci m’a permis en quelque sorte de former ma personnalité et d’être ce que je suis devenu », concède-t-il.

De la Mission ad intra à la mission ad extra

Une grande partie du carnet d’adresses du Père Paulo était remplie de contacts latino-américains. Il était devenu un curieux de ces pays semblables au nôtre sur plusieurs aspects. Son cœur qui battait déjà au rythme de la mission semblait vouloir s’épancher sur le sort d’une catégorie de gens bien spécifiques vivant loin de la terre d’Haïti. Il avait bien compris que la mission n’avait pas de frontière. Le missionnaire est appelé aussi partout où Dieu est méprisé dans chaque homme et chaque femme. La terre de mission est à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur.

L’aventure missionnaire ad extra débuta pour le Père Paulo quand un de ses contacts latino-américains lui fit part d’un rapport du Président de la Colombie à la Conférence de l’Amérique Latine, faisant mention des Noirs de Colombie et d’Amérique Latine en général comme étant des êtres désaxés et dont la mentalité échappe à beaucoup de pasteurs. Il s’est senti interpellé par cet état de fait et s’est résolu, parce que prêtre et noir et ayant la même histoire que ces êtres, de tenter d’apporter une réponse. L’Archevêque de Carthagène va inviter les Oblats de Marie Immaculée à fonder une mission, dans un milieu très métissé où la population noire est dense dans plusieurs agglomérations avoisinantes. Ainsi a pris naissance la première mission Oblate en Colombie et la tâche est confiée à la province d’Haïti.

Avec l’approbation du Supérieur Général et de son Conseil, le Père Paulo a préparé la mission en Colombie et celui qui lui a succédé comme Provincial l’a nommé Directeur de la Mission en Colombie. Pendant sept ans, de 1994 à 2001, il livre une lutte implacable aux cotés de ces colombiens considérés comme des citoyens de seconde zone. Il s’est acharné à les accompagner pour la conquête de leur dignité de fils et de filles de Dieu. Une expérience qu’il décrit comme extraordinaire et dont il se souviendra toujours. « C’est toute une conversion pour moi ; adopter une culture qui n’est pas vôtre, être en contact avec des gens qui ne pensent pas comme vous, qui valorisent des choses autrement que vous, constituent une richesse. Vous êtes appelé à vous questionner et cela vous met surtout en présence du reflet de la perfection divine, à travers la culture unique de chaque peuple » confesse l’évêque de Port-de-Paix. L’expérience colombienne sera interrompue par l’appel du Pape Jean-Paul II.

Le Pape Jean-Paul II appelle le Père Pierre-Antoine Paulo

Il poursuivait tranquillement sa mission en Colombie, une terre qu’il chérissait parce que tout simplement habitée par des frères en Jésus Christ et en humanité, quand le Nonce Apostolique de la Colombie l’appelle pour lui annoncer que le Nonce Apostolique d’Haïti est en Colombie pour lui rendre visite. Curieux ! Que le Nonce Apostolique d’Haïti fasse le voyage pour aller visiter un Père Oblat Haïtien missionnaire en Colombie, cela suscite de la curiosité. La nouvelle est à la mesure du voyage effectué par l’émissaire du Saint Père. Le Nonce est venu l’informer que le Pape Jean-Paul II a fait choix de lui pour être évêque coadjuteur du diocèse de Port-de-Paix. « J’ai été surpris, cela m’a chaviré » lâche-t-il, pensif avant de poursuivre : « il fallait voir les choses autrement, faire demi-tour en quelque sorte, malgré les perspectives que l’on avait. C’était un choc, je ne m’y attendais pas ». Le directeur de la première mission oblate en Colombie est nommé évêque par le Pape. Il plie bagage pour reprendre le chemin du retour. « C’est l’œuvre du Seigneur, c’est lui qui m’avait permis d’être en Colombie et s’il voulait que je revienne en Haïti, il fallait que j’y sois. Et j’y suis », conclut-il.

Sa nomination est arrivée le 7 juillet 2001 et trois mois plus tard, soit le 14 octobre 2001, il est sacré évêque dans la Basilique de l’Immaculée Conception de Port-de-Paix. Il a fait choix de Monseigneur François Gayot comme consécrateur assisté de deux évêques co-consécrateurs, Monseigneur Emmanuel Constant et Monseigneur Frantz Colimon. 

Et une autre mission commence

Quand le Père Paulo fut appelé par la Conférence Episcopale d’Haïti pour remplacer Monseigneur Frantz Colimon, il ne pouvait imaginer qu’un jour il le suivrait dans l’épiscopat et encore moins le remplacer à Port-de Paix. Saint Paul ne croyait pas si bien dire : « O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables, et ses voies incompréhensibles »  (Rom 11, 33).

Du 14 octobre 2001, date de son sacre, au 2 février 2008, date à laquelle le Pape Benoît XVI l’a nommé évêque du diocèse de Port-de-Paix à la suite de la démission de Monseigneur Colimon en raison de la limite d’âge, Monseigneur Paulo a assisté son prédécesseur dans sa fonction. C’était pour lui le moment de faire connaissance avec le diocèse de Port-de-Paix ; d’ailleurs il n’avait jamais foulé le sol du Nord-Ouest avant son nomination comme évêque coadjuteur de Port-de-Paix. Neuf ans après son intronisation comme évêque diocésain, Monseigneur Paulo se veut quelqu’un qui continue d’apprendre. Il nous confie humblement : « Oui, j’apprends toujours des choses nouvelles, j’apprends à connaître le milieu, le clergé, les gens. Je suis toujours à l’écoute ; j’apporte ce que je dois apporter tout en continuant mon apprentissage ».

Comme cela a été le cas pour ses champs de mission antérieurs, Monseigneur Paulo missionnaire dans l’âme et dans ses viscères apporte au diocèse de Port-de-Paix d’abord ce qu’il est, sa disponibilité, sa capacité d’écoute, son ouverture, son grand amour pour Dieu et pour l’Eglise. Cette prédisposition à servir a évidemment préparé la voie à un accueil chaleureux de la part de tout le clergé et des fidèles du diocèse de Port-de-Paix. Pour Monseigneur Paulo, il est important d’établir la confiance dès le départ entre l’évêque et clergé. Le second étant le collaborateur immédiat du premier. La confiance facilite l’harmonie et permet la mise en place et l’exécution d’une pastorale d’ensemble dont l’évêque est le guide, les prêtres pour leur part en sont les exécutants. « J’aime les prêtres en général, j’aime mes prêtres. Je le leur dis toujours et je crois que c’est sincère ». A travers cette déclaration de Monseigneur Paulo, c’est le cœur du Pasteur, du Père de famille qui parle. Ces mots rassurent et mettent en confiance tous les prêtres qui doivent se sentir des collaborateurs appréciés par l’évêque. En lui, ils trouveront un Pasteur, mais aussi un père sensible à ce qu’ils vivent, qui porte aussi bien leurs préoccupations pastorales que personnelles.

Un mot pour les prêtres haïtiens Mgr Paulo ?

« Je dirais que le prêtre doit chercher sa valeur dans le fait d’être prêtre. On peut apprendre et faire autre chose, mais le sacerdoce c’est la meilleure façon de servir le peuple de Dieu. Le prêtre doit donc aimer son sacerdoce et se rendre compte qu’il rend un immense service au peuple de Dieu par les Sacrements, sa Prédication, son Ministère ; et c’est le meilleur service qu’il puisse rendre ».

L’évêque est le père de ses fidèles

L’évêque n’est pas moins père pour les fidèles que les prêtres. Il porte leurs soucis et leurs inquiétudes, de quelque nature qu’ils puissent être. C’est le rôle du berger vis-à-vis de son troupeau. N’est-il pas celui qui ose laisser derrière lui quatre-vingt-dix-neuf autres dans l’enclos pour aller à la recherche de celle qui s’est égarée (Cf. Lc 15,4-9) ? Il partage leurs souffrances, il les accompagne dans leur quête quotidienne d’une société plus soucieuse de la dignité humaine. Les fidèles dont l’évêque est soucieux ne sont pas des êtres désincarnés, ils ne sont pas des anges ; mais des femmes et des hommes évoluant dans l’espace et sujets à toutes les contingences matérielles. C’est à l’intérieur de l’Eglise que ces femmes et ces hommes sont appelés à construire leur histoire. Celle-ci est certainement marquée par des échecs et des malheurs, mais c’est à nous de les accueillir dans la foi et de les convertir en opportunité.

Monseigneur Paulo fait une lecture optimiste de l’avenir d’Haïti de l’Eglise

Selon lui, Dieu ne tente jamais quelqu’un au-delà de ses forces. Le Peuple Haïtien, c’est un peuple qui est fort du fait qu’il est encore debout alors que d’autres auraient craqué. Si le Seigneur soumet le peuple à tant d’épreuves, c’est qu’il l’a cuirassé tant du point de vue moral, humain que spirituel.  Monseigneur Paulo attend beaucoup de ce peuple, de par cette force morale et spirituelle dont il est revêtu.

« L’Eglise est avec le peuple, l’Eglise chemine avec le peuple, l’Eglise d’Haïti c’est le peuple haïtien. Il y a donc un grand espoir » nous rassure-t-il.  Son optimisme n’a pas diminué non plus quand il parle du Grand Séminaire parce que les vocations foisonnent même s’il faut beaucoup de discernement. Il prédit un grand avenir pour l’Eglise et encourage ses frères Pasteurs à prendre au sérieux la mission permanente suivant le document de Aparecida tout en reconnaissant qu’au niveau de la Conférence Episcopale les évêques font de leur mieux pour que la Mission qui est un pendant d’Aparecida puisse aller de l’avant.

Monseigneur Paulo le missionnaire a combattu le bon combat et poursuit sa course

  De l’eau a coulé sous ponts ! Celui qui s’était engagé dans l’aventure missionnaire, il y a presqu’un demi-siècle, n’a pas changé de cap. Le temps n’a pas altéré son ardeur missionnaire. Il partage avec nous le secret : « Le secret c’est Dieu et sa grâce. C’est Dieu qui donne et qui opère en nous le vouloir et l’agir. On s’en remet à Lui, on se laisse flexible et souple entre ses mains ».

 De physionomie plutôt filiforme, Monseigneur Paulo qu’on considère comme quelqu’un de réservé se voit comme une personnalité indéfinie. Il laisse à chacun la possibilité de le découvrir. Ce missionnaire impénitent trouve sa plus grande joie dans le fait d’être prêtre du Christ. « Je suis heureux quand je vois que, de par le ministère que j’exerce, je peux servir de pont entre une personne et Dieu. Le sacrement de confession est ce haut lieu où Dieu se sert de moi pour relier à Lui quelqu’un qui était très loin de lui. Être prêtre, c’est se sentir comblé chaque fois que le Seigneur nous donne la chance d’administrer un sacrement ».

Père Desinord Jean

Pain de Vie

Décembre 2010

Père Desinord Jean Auteur

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