Complot contre la sûreté de l'Etat?

Publié le 2021-02-11 | Le Nouvelliste

Après avoir passé quatre jours en garde à vue à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et à la prison civile de Croix-des-Bouquets, le magistrat Yvickel Dabrésil a été libéré jeudi en fin d’après-midi à la suite  d’une action en Habeas corpus intentée par ses avocats auprès du doyen du tribunal de première instance de cette juridiction. Accusé de complot contre la sureté intérieure de l’Etat, Me Dabrésil a été arrêté dimanche en compagnie d’une vingtaine de personnes en sa résidence au village Petit bois. Depuis la fin de la dictature des Duvalier en 1986, aucun juge de la plus haute instance judiciaire du pays n’avait été l’objet d’un tel traitement. Pour justifier l’arrestation du magistrat de la Cour de cassation et des autres personnes qui se trouvaient dans l’enceinte de cet appartement, le gouvernement avance la thèse de flagrant délit de complot contre la sûreté intérieure de l’Etat visant à attenter à la vie du chef de l’Etat et à s’installer président provisoire. Bref, il s’agit d’une tentative de coup d’Etat.

Ces arrestations tombent à pic. Tout porte à croire qu’il s’agit d’une comédie grotesque montée de toutes pièces pour détourner l’attention sur la date fatidique du 7 février 2021. L’annonce de cette tentative de coup d’Etat par le gouvernement haïtien, dimanche matin, n’a donné lieu à aucune condamnation d’un pays ami ni d’une quelconque organisation internationale. Ce comportement prudent de la part des Etats qui entretiennent d’excellentes relations avec Haïti témoigne du caractère fantaisiste de cette annonce de tentative de coup d’Etat.

Plusieurs générations d’hommes et de femmes des années 60, 70 et 80 ont vécu le cauchemar de ce vocable de complot contre la sûreté intérieure de l’Etat sous la dictature des Duvalier père et fils. Des étudiants, des hommes, des femmes et des vieillards furent victimes d’accusation de complot contre la sûreté intérieure de l’Etat par les gouvernements des Duvalier père et fils. La liberté de réunion, d’association n’étant pas garantie par ces gouvernements, il avait fallu cette accusation de complot pour procéder à l’arrestation de paisibles citoyens et d’opposants à ce régime et les enfermer dans les geôles de Fort-Dimanche pour ne plus revenir. Pourquoi en 2021, l’administration Moïse-Jouthe se contente d’emprunter cette voie en lieu et place de la bonne gouvernance susceptible de conduire notre pays sur la voie du progrès ?

Le débat sur la fin du mandat de Jovenel Moïse le 7 février 2021 a été agité par le président lui-même le deuxième lundi de janvier 2020, pour avoir annoncé que le mandat de deux tiers du Sénat touchait à sa fin en même temps que celui de la Chambre des députés. Comment deux tiers du Sénat peuvent arriver au terme de leur mandat en même temps, alors qu’un tiers avait un mandat de quatre ans et l’autre tiers un mandat de six ans ? Que ce soit en juin 1995, en mai 2000, en novembre 2010 et en août 2015, lorsqu’un tiers du Sénat est en poste et que les élections s’organisent pour les deux tiers du Sénat, les deux sénateurs élus dans un département obtiennent chacun un mandat. Celui qui arrive en première position a un mandat de six ans et le deuxième sénateur aura un mandat de quatre ans. Ce calcul arithmétique se répète à chaque fois qu’il y a retard dans l’organisation des élections. Le président doit assumer ses responsabilités dans sa décision prise le deuxième lundi de janvier 2020.

 Le président encaisse les conséquences de sa mauvaise gestion et les soubresauts de l’article 134-2 de la Constitution amendée.

lbonneau@lenouvelliste.com

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