Appréciation de la gourde: entre manipulation, interventionnisme monétaire, anticipations et aléas moraux

Des évidences logiques, statistiques, économiques et psychosociologiques conduisent à la conclusion que les performances du taux de change de la gourde haïtienne par rapport au dollar américain observées à partir du mois de septembre 2020 sont manipulées et erronées. Le modèle de réflexion proposé dans ce papier démontre que le gouvernement est intervenu sur le marché des changes avec des motivations de manipulation et crée une asymétrie d’informations. Cela conduit à des rumeurs et à des hypothèses tout aussi erronées, favorisant une crise d’aléa moral portant les agents économiques à faire des anticipations des plus chaotiques.

Publié le 2021-02-12 | Le Nouvelliste

par Wesner G. Celestin

Introduction

Les modèles économiques ne permettent pas de prévoir l’évolution des taux de change avec exactitude. Pour des auteurs comme Bouveret et Sterdiniak, les anticipations des marchés n’ont aucun pouvoir prédictif (Bouveret A., Sterdyniak H., 2005a).  Dans un pays moins avancé comme Haïti ayant un déficit commercial chronique (Bernadin, 2020), le taux de change reste un indicateur du niveau de vie de la population dont la consommation dépend beaucoup des importations. Ainsi, les gouvernements s’efforcent toujours de trouver un moyen pour contenir l’inflation en jonglant avec la politique monétaire.

Ce papier se donne pour objectif d’expliciter dans quelle mesure l’appréciation brusque de la gourde par rapport au dollar américain qui s’est produite à partir du mois de septembre 2020, contre toute attente et défiant toutes les analyses peut s’expliquer par l’interventionnisme monétaire, la manipulation et des anticipations et aléas moraux qui en résultent.

La première partie du travail essaie de placer les élans de manipulation des gouvernements PHTK dans leur contexte historique, en s’appuyant sur des faits saillants qui témoignent de leur rhétorique de communication de masse comme stratégie, pour parvenir à mystifier le public en situation de crise.  La deuxième traite des techniques de manipulation utilisées en puisant des sciences du comportement, de l’économie comportementale et de la psychologie sociale. La troisième tend à démontrer en quoi il y a eu interventionnisme et à en évaluer les effets sur les comportements des agents économiques en termes d’anticipations et aléas moraux. Et, en conclusion, nous tenterons de recadrer le débat et de faire une synthèse des statistiques officielles sur le taux de change.

La rhétorique de communication de masse du gouvernement PHTK, un langage d’influence et de manipulation.

"Comme les temps de guerre, les périodes de crise se prêtent particulièrement aux manipulations les plus diverses. Non pas que les temps de sérénité en soient exempts, dans la mesure où aucun gouvernement ne saurait se désintéresser de l’opinion de ses gouvernés, qu’il cherche immanquablement à l’influencer, à la modéliser, à l’orienter, mais lorsque le cours du temps se dérègle, la nécessité de former cette opinion est encore plus impérative. L’exercice du pouvoir suppose qu’on agisse sur l’imaginaire politique des gouvernés, partisans et adversaires et mêmes indifférents, qu’on utilise des ruses, des fictions, qu’on fabrique des illusions, une rhétorique particulière qu’on ne dise la vérité qu'à demi, qu’on sache dissimuler, utiliser la rumeur, créer des leurres, monter des pièges pour les influencer à leur corps défendant "(Monnier, 2009).

Tout a commencé avec le débat pré-électoral présidentiel mettant face à face le candidat Joseph Michel Martelly et la candidate Mirlande H. Manigat en novembre 2010/ mars 2011. En effet, avec des illustrations mensongères et invraisemblables, le premier arriva à déstabiliser la deuxième, une intellectuelle qui se passe de présentation. Depuis, les politiciens du régime PHTK ont renforcé leur conviction sur l’efficacité et la nécessité des pratiques manipulatrices comme stratégie de gouvernance publique par excellence. A titre indicatif, ce gouvernement mise beaucoup sur l’apport d’Antonio Sola, réputé être un expert international en matière d’influence de l’opinion publique (Duval, 2020). Fort de cela, contrairement à ce que l’on dit, si leur conscience est à remettre en question, il nous faut admettre que les hommes du PHTK gouvernent avec la science, notamment la science du comportement.

Dans une conjoncture politico-économique dominée par une inflation galopante, à l’aube d’éventuelles élections en 2021 et ayant constaté son incapacité à imposer la gourde comme seule monnaie en circulation sur le marché, il a fallu au gouvernement de trouver une formule (ad hoc) pour atténuer la frustration provoquée dans la population par la flambée des prix. Pour cela, le gouvernement s’est approprié la Banque de la République d’Haïti (BRH) pour créer une des plus dramatiques illusions monétaires. L’illusion est partielle, mais elle sert bien la cause. Avec l’intervention de la BRH, ceux qui gagnent leur revenu en gourdes ont vu leur pouvoir d’achat augmenter temporairement, mais ils sont des clients de ceux qui ont besoin de dollars pour importer et produire qui sont à leur tour défavorisés et vont refiler la perte ou le manque à gagner au consommateur final. Ce qui aboutira à un retour à l’équilibre. Mais, ce retour à l’équilibre est un processus, le gouvernement gagne du temps, le modèle fonctionne.

 Les formes prises par la manipulation

Au fil des quatre années passées au pouvoir, le gouvernement en place, à l’image du président Jovenel Moïse, a fini par vendre au public l’idée que le président puisse contourner et outrepasser les lois et les institutions haïtiennes sans conséquences. Une idée qu’il matérialise par sa capacité effective à briser le statut quo, à être disruptif dans ses méthodes, surtout vis-à-vis de la justice qu’il tend à instrumentaliser. Cette démarche a un pattern, un schéma qui se répète et qui constitue une technique de persuasion basée sur l’émotion, faisant usage du « soft law », en s’appuyant sur la propension au respect du droit, la peur, en se basant sur l’influence directe par rapport aux sanctions coercitives qui y sont attachées, la peur qu’elles provoquent, la culpabilité et la honte qu’elles peuvent engendrer, etc. (Flückiger, 2009).

De plus, le gouvernement en place utilise une rhétorique de communication de masse, basée sur des biais cognitifs et des techniques de persuasion, pour tenter de vendre des idées avec autorité, sympathie, humour, en se basant sur des promesses. Le président intervient lui-même sur des sujets sensibles tels que le taux de change, l’ingénierie routière, l’agriculture, la pénurie d’électricité, en fournissant des statistiques sans références. Il s’appuie sur le fait que, dû au facteur de contrariétés ou de tracas (Hassle factor), (Ideas42, 2019), le public a une faible propension à aller vérifier les informations, d’autant plus que son niveau d’éducation est très faible. De plus, obtenir des données en Haïti est un exercice très compliqué. Dans cette logique, on sait que par défaut, un citoyen ne va pas se douter d’une statistique fournie publiquement par le président de la république, voire aller faire une contre-vérification. Ce sont d’ailleurs des astuces basées sur des biais cognitifs, déjà utilisés par l’ex-président Joseph Michel Martelly, premier président du régime PHTK, lors du débat pré-électoral tenu en 2011 face à la candidate Mirlande Manigat, relatives à des promesses de maisons préfabriquées. A cet effet, il faut se faire à l’idée que même les plus fins esprits se font ainsi manipulés.

Comment se matérialise la manipulation de masse utilisée

Au début, s’agissant d’un secteur auquel le gouvernement s’intéresse, le président intervient lui-même et fait état de la mauvaise foi des gestionnaires du secteur en fournissant des statistiques questionnables et en faisant des comparaisons inappropriées. Ensuite, il prodigue des menaces avec autorité en prétendant se référer à la loi. Là, il utilise une technique de psychologie cognitive basée sur le principe du traitement l’information (Kahneman, 2011a), où il présente les effets positifs des mesures proposées de façon à détourner l’attention sur la véracité, la justesse et la fiabilité des solutions proposées. Par exemple, la question du choix technologique en matière énergétique du gouvernement n'est pas suffisamment débattue, il n’existe pas un document qui définit clairement la politique énergétique. Pourtant, l’attention du public est dirigée sur la disponibilité ou non du courant électrique 24 heures sur 24. Pour le cas du taux de change, d’abord, le président intervient pour parler des profits réalisés par les banques dans les opérations de change, ensuite, il cherche la sympathie du public en avançant que les spéculations (abusives) faites par les banques commerciales sont les causes de l’inflation, et enfin, il sanctionne les banques via la BRH. Même cas pour l’implémentation de la Carte d’identification nationale unique (CINU), on évoque la nécessité de la tenue des élections pour justifier la signature du contrat sans l’avis préalable de la CSCCA.

Des approches de présentation de soi, d’utilisation de stratégies de langage sémantique, de présentation de l’information à moitié, de langages persuasifs, (Se mwen menm Nèg Bannan nan, mwen siyen dèyè l, ti rès la pou pèp la, Machanblakawout etc.) sont parmi d’autres des techniques de base de manipulation en communication de masse, (Kalinina, Yusupova, et Voevoda, 2019). Ainsi, en avançant des statistiques sur les profits réalisés par les banques commerciales dans les opérations de change en octobre 2020, on détourne l’attention sur le fait que les banques ne tirent pas leurs profits de la hausse du dollar, mais du volume de transactions de change combiné avec le spread (écart entre taux à la vente et taux à l’achat). Autrement dit, le taux le plus rentable pour les banques est celui pour lequel il y a un plus grand volume de transactions. A cet effet, il s’impose de relater qu’au regard de la norme prudentielle édictée par la BRH, circulaire No 81-6 traitant de la position de cambiste, la banque n’est pas sensée pouvoir accumuler les dollars qu’elle achète, le solde des transactions d’achat et de vente de devises doit être nul sur une base journalière, et on prévoit des sanctions en cas de dérogation. (BRH, 2021a). Ainsi, avec l’application de la norme prudentielle citée plus haut, si la banque n’achète pas, elle ne peut pas vendre. Donc, avec l’intervention du gouvernement, les opérations de change sont d’autant plus concentrées sur l’informel. De plus, il faut aussi faire remarquer que les statistiques fournies lors des apparitions publiques du président de la République font omission du volume de transactions de change qui s’opèrent dans l’informel. L’information a été clairement sélectionnée.

Il faut se rappeler aussi que la politique monétaire de la BRH a toujours été inefficace pour freiner et stabiliser la décote de la gourde, du moins pendant les dix dernières années. En effet, le taux moyen mensuel est passée de 39,83 gourdes pour 1 dollar en août 2010 pour atteindre un pic de 119,6734 gourdes pour 1 dollar en août 2020 en présentant une allure constante de progression annuelle. (BRH, 2021b).

Les obligations BRH n’ont pas freiné la flambée du dollar. Au contraire, la pandémie de Covid-19 crée une contrainte du côté de l’offre (baisse de production) dans l’économie nationale, ce qui conduit à une augmentation de la pression sur l’importation. (Cyprien, 2020). Toutefois, peu après que le président est intervenu publiquement sur les profits que réalisent les banques commerciales dans le change, la BRH trouve un moyen pour provoquer une violente fluctuation du taux de change à la baisse, ramenant le taux de change qui avoisinait les 121,17 gourdes pour un dollar américain le 12 août 2020 à 62,21 le 22 octobre 2020 gourdes, soit une baisse de près de 48,66 % en moins de 3 mois, ce qui laisse tous les économistes perplexes.

L’idée que les banques commerciales font des spéculations abusives et délictueuses est vendue, idée qui n’est pas forcément fausse, mais, c’est là qu'entre en jeu les conjoncturistes, apprentis-illusionnistes qui interviennent sur le marché des changes. Un tel scénario renforce la validité de l’hypothèse selon laquelle il y a des anomalies dans les performances du taux de change en Haïti et que cela serait lié à une combinaison de gouvernance monétaire questionnable et de corruption. (Celestin, 2020). Si l’absence de contrôles et de sanctions favorise la fraude, si les banques ont été averties avant d’être sanctionnées, on peut supposer qu’elles n’étaient pas à leur premier coup. Ainsi, on peut conclure que les banques ont toujours fait mainmise sur la BRH jusqu’à ce que ce gouvernement décide de la récupérer. Alors, sans se soucier des retombées possibles sur l’économie à moyen et à long terme, le taux de change (formel) est subventionné et manipulé.

Dans une économie de marché, comme l’économie haïtienne, le prix est déterminé par la confrontation de l’offre et de la demande. Et c’est exactement ce qui se passe. Le prix réel traduit le comportement des transactions effectives. Les prix affichés par les banques sont des leurres, le bien (le dollar) n’est pas disponible à ce prix, mais, elle satisfait l’idée que le gouvernement protège les citoyens des opérations malveillantes des banques. Cela dit, le taux de références de la BRH étant une moyenne des transactions de change effectuées par les banques, le taux de référence de la Banque de la République d’Haïti est tout aussi un leurre.

Toutefois, le citoyen lambda aura conclu pendant un certain temps, que le gouvernement a fait baisser le taux de change. Mais la réalité est que le prix du marché est nettement plus élevé que le prix affiché par les banques et c’est le prix dicté par le marché informel qui est en effet le prix effectif du marché puisque le dollar n’est pas disponible dans les institutions formelles aux taux indiqués à la vente par les banques. Il faut se rappeler que le prix est " la conséquence d’un processus, d’une succession de décisions et d’interactions entre agents abstraits ou concrets" (Laporte et Chiffoleau, 2004).

La dimension de l’interventionnisme monétaire

Après les multiples tentatives vaines du gouvernement pour stabiliser la gourde, en essayant de dédollariser les transactions, puis ayant constaté son incapacité à implémenter une telle mesure puisque les transactions ont continué à s’opérer en dollars américains au vu et au su de tous, il fallait que le gouvernement trouve une formule pour mitiger le risque que l’inflation provoque un choc social similaire à celui provoqué par l'augmentation des prix du carburant les 6 et 7 juillet 2018. Ainsi, la banque centrale a injecté un montant record de 93,7 millions de dollars en 2019-2020, et a annoncé qu’elle allait encore injecter 150,000,000.00 de dollars. (AlterPresse, 2020). Ajouté à cela, ces dollars devaient être vendus sur le marché aux taux indiqués par la BRH. A titre indicatif, le 29 octobre 2020, on pouvait lire sur le compte twitter de la BRH : « En vue de contenir la hausse du taux de change, la BRH a injecté 12,000,000.00 de dollars américains sur le marché des changes ce mercredi 28 octobre 2020. Ce montant est réparti et vendu sur le marché selon les conditions fixées par la banque centrale »(BRH, 2020). D’une part Le volume de dollars émis étant très important,d’autre part le marché tend à l’absorber au plus vite par anticipations et spéculations, cela a créé la violente fluctuation observée entre septembre et décembre 2020. Ainsi, il convient d’avancer que le fait par la BRH de dicter le taux de vente des dollars qu’elle émet, elle agit à la fois comme opérateur et régulateur, c’est ainsi que se manifeste l’interventionnisme entre autres (Interventionisme, 2021).

Anticipations et aléas moraux

D’un côté, avec ce nouveau mode opératoire imposé par un gouvernement qui a su, sans l’aval de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), procéder à l’exécution du contrat avec la firme "Dermalog", qui a su aussi, sans la prestation de serment par-devant la Cour de cassation,  de fait, installer un conseil électoral décrié, et de l’autre côté avec l’ambassade américaine, très influente en Haïti, qui encourage des élections malgré le déficit de légitimité du Conseil électoral, le public conçoit que le président, perçu comme un homme puissant, puisse faire baisser le taux de change. Ainsi, les mécanismes d’appréciation de la gourde ne sont pas remis en question, mais le public perçoit l’appréciation de la gourde comme une victoire. Faute d’explications, certains économistes ont même avancé que le taux va tomber à 50 gourdes pour 1 dollar américain, sans aucune base scientifique, ils avancent aussi que le vrai taux serait au-dessous de 40 gourdes pour 1 dollar américain, toujours sans étude à l’appui. Cette démagogie scientifique à avancer des chiffres sans fondements théoriques, sans études empiriques, contribue à alimenter l’aléa moral et les anticipations chaotiques sur le marché.

Cependant, plusieurs études ont démontré que l’hypothèse d’anticipations rationnelles ne permet pas de comprendre comment les anticipations se forment, l’existence de bulles spéculatives, c’est-à-dire la trajectoire du taux de change qui s’éloigne nettement des prévisions, est difficile à justifier (Bouveret et Sterdyniak, 2005). La complexité des trajectoires a mené certains économistes à modéliser ces phénomènes par des modèles non linéaires qui génèrent à leur tour des trajectoires chaotiques et non prévisibles. (De Gauwe, et Dewatcher, 1993). Ainsi, cette perversion de l’analyse se conjuguent avec l’asymétrie d’information pour aboutir au phénomène : "nous n’acceptons pas de dollar jusqu’à nouvel ordre", dans certaines entreprises au cours du mois de novembre 2020". Donc, les effets pervers de cette manipulation se sont perpétués, la demande de devise a continué à chuter et a fait accélérer la baisse du dollar durant cette période. Le tour était joué, le crime était parfait. L’ignorance de l’un comme la naïveté de l'autre ont conduit à des comportements économiques des plus irrationnels. Haïti, dernier pays dans le tableau de la compétitivité dans sa zone, refusant le dollar de l’une des plus grandes puissances économiques mondiales.

En outre, certains ont anticipé une remontée du dollar aussi spectaculaire que sa chute, par contre, d’autres ont chéri l’idée que le président ait sonné la fin de la récréation des spéculations abusives, une idée que public le public aime, et c’est suffisant pour le calmer et le plonger dans l’attente.  Ainsi, avec cette asymétrie d’information, et cette incertitude sur le marché des changes, les opérateurs économiques ont besoin de plus de temps pour observer et prendre des décisions. Donc, ils prendront plus de temps pour se rebeller contre la pénurie du dollar sur le marché. Le modèle marche.

Conclusion

Par-dessus tout, il faut rappeler que le taux de change flottant est déterminé par l’offre et la demande de devises sur le marché. Il varie en fonction des taux d’intérêt et de l’inflation qui sont anticipés pour chaque pays ainsi que de la parité du pouvoir d’achat. Un pays qui enregistre un déficit chronique de sa balance commerciale aura toujours besoin de devises étrangères aux fins d’importation. Ce qui explique en partie la dépréciation de la gourde. Selon Gérard Chéry (2020), l’une des causes de la faiblesse de la gourde est qu’elle sert surtout à faire circuler les biens et n’est pas mobilisée pour organiser la production. Alors, si tous les économistes avaient eu tort, la prouesse réalisée par la BRH défierait les grandes théories sur les équilibres macro-économiques et les faits stylisés. Si en moment 1, on avait réussi à faire miroiter dans l’imaginaire populaire que le gouvernement a fait baisser le taux de change, en moment 2, les illusionnistes ce sont fait démasquer parce qu’aujourd’hui, nul besoin d’être économiste, le citoyen ordinaire qualifie de marché noir la pénurie de dollars observée sur le marché et de bluff les taux affichés par les banques, donc, le crime est loin d’être parfait. Même si l’être humain utilise beaucoup plus son raisonnement automatique que son raisonnement scientifique par biais cognitif inhérent (Kahneman, 2011a), après un certain temps, son savoir scientifique va prendre le dessus pour problématiser, examiner et décrire les phénomènes.

On retiendra donc que la loi de l’offre et de la demande surpasse les arnaques et explique qu’on peut trouver, le mercredi 10 février 2021, le dollar à acheter sur le marché autour de 92 gourdes pour un dollar, et non à 77 gourdes pour un dollar (taux de vente affichés par la BRH pour le marché informel à cette date) encore moins à 73,49 (taux moyen d’acquisition affiché par la BRH).

En conclusion, soit la BRH n’a pas fait une bonne enquête sur le marché informel, auquel cas ces chiffres sont erronés, soit les chiffres sont manipulés. De toute évidence, les taux publiés par la BRH depuis fin septembre 2020 sont des données aberrantes.

Wesner G. Celestin MSc, CFA.

Economiste, Consultant

MSc Global Management, University of Salford

Certified Financial Accountant, Harvard Business School

Certified in Social Psychology, Behavioral Economics, University Teaching, and Business Data Analytics.

Twitter: @wesnercelestin, email: wesnergregoire@gmail.com

Références

AlterPresse. (2020, Décembre 14). Économie : Une nouvelle injection de 150 millions de dollars américains, dans les deux prochains mois, pour stabiliser la gourde en Haïti. Alter Presse. Consulté le Février 2, 2021, sur https://www.alterpresse.org/spip.php?article26490#.YBniNOhKjIU

Bernadin, R. (2020). Balance commerciale chroniquement d''eficitaire. Haiti économie. Consulté le Février 7, 2021, sur https://haitieconomie.com/haiti-balance-commerciale-chroniquement-deficitaire/

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