Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Messi : le talent se monnaye

Publié le 2021-02-10 | Le Nouvelliste

Avec amusement, j’ai suivi le relais par la presse radiophonique locale du grand déballage concernant Lionel Messi. D’une fuite savamment orchestrée le grand public a été mis au courant des clauses du contrat liant le célèbre joueur argentin à son club, FC Barcelone. On a poussé de hauts cris comme pour dénoncer les gains salariaux mirobolants auxquels a droit Lionel Messi. Je ne m’attarde pas sur les chiffres. Je m’en tiens aux limites de la chronique sportive : rapporter ce qui se passe dans les vestiaires et sur les terrains de jeux. Les millions d’euros que touche un joueur professionnel échappent à la compétence du reporter sportif et tiennent de la sphère financière. Aussi un chroniqueur économique et financier est habile à commenter salaires, primes de matches, revenus publicitaires d’un joueur de foot de haut niveau. Pourquoi le qualificatif « haut » ? Parce que le joueur qui ramasse des miettes n’est pas digne d’intérêt.

Pour intéresser les lecteurs, il convient de rappeler que Neymar da Silva Santos Jr a été transféré du Barça au Paris St- Germain pour la faramineuse somme de 122 millions d’euros. Somme qui frappe les esprits et contrat qui fait beaucoup couler d’encre. Quand ce n’est pas l’envie qui transpire. Or, dans l’inconscient du journalisme sportif on passerait sous silence si le joueur touchait des prunes. C’est ne pas réaliser que l’évolution à ce niveau de foot professionnel dure au minimum 10 ans, au grand maximum 15 ans. Encore que les blessures soient inévitables.

Prenons le cas du Français Samuel Umtiti, champion du monde 2018. Depuis, des blessures récurrentes handicapent son redémarrage dans la défense centrale du Barça. En demi-finale de la Copa del Rey pendant la 1ère semaine de février 2021, il commet deux erreurs fatales à son équipe. Pourquoi ? Il tarde à retrouver son niveau d’antan. Alors, le joueur se met à l’abri de ces tracasseries et aléas en signant son contrat d’engagement avec des clauses favorables.

Dans le cas de Lionel Messi, 33 ans, on a conclu, après ces fracassantes révélations, que le Barça et lui sont liés pour encore un bon bout de temps. Vu qu’il rapporte beaucoup au club et que le club le lui rend. On fait remarquer que sa seule présence sur le terrain attire les consommateurs, pardon les spectateurs et les touristes dans la capitale catalane. C’était bien sûr avant la COVID-19. Depuis, les stades sont vides. Mais les clubs se rabattent sur les droits de retransmission télévisée. Pour compenser.

La vérité crue à enfoncer avec un marteau dans les cranes est que le talent se monnaye. J’ai du talent et je dois vivre comme un prince. Quand Neymar fait la fête, il se fout de la pandémie. Il voyage en jet privé, il invite une kyrielle d’amis et ne rechigne pas à la dépense en victuailles, spiritueux et boissons. C’est dommageable, cette débauche ludique et dépensière, mais qui peut le stopper sur cette pente ? L’argent provoque de ces débordements, de ces folies. Tout cela découle de son talent naturel qui le fait figurer parmi les plus grands joueurs en activité sur la planète foot.

Cristiano Ronaldo est plus réservé, moins turbulent. Il gère sa fortune en homme d’affaires rationnel. Par de bons placements, de bons investissements.

Dans le monde de la boxe, on se souvient que Mohammed Ali a éprouvé des difficultés après son départ à la retraite, des amis auraient gaspillé sa fortune. Ray Sugar Leonard, lui, aussi talentueux, était entouré d’amis désintéressés. Aussi le boxeur de Palm Spring dans le Maryland n’a pas connu des jours difficiles après sa retraite des rings.

David Beckham vient de racheter un club de la MLS. Parce qu’à sa façon il reste dans le football en investissant le produit de ses gains du temps où au Manchester United et au Real Madrid il donnait l’étendue de son talent.

Du moment que le joueur paie ses impôts et n’a pas de démêlés avec le fisc et la justice, applaudissons qu’il se fasse payer. Le talent se monnaye et au haut niveau, d'autant que sur la plus haute marche du podium on ne s’y tient que… l’espace d’un cillement.

L’avenir est dans la gestion prudente de sa fortune. De la jalousie, de l’envie, de la convoitise, le joueur n’en a cure. Il se concentre sur son sujet, c’est-à-dire donner satisfaction à son club, l’aider à améliorer son palmarès et à rentrer des sous rien que par son image. Le qu’en dira-t-on ? Il se frotte les mains.

                                                                                                                            

                                                                                                                             Vendredi 5 février 2021

Jean-Claude Boyer Auteur

Réagir à cet article