Un déficit budgétaire de 23,6 milliards de gourdes entre octobre et décembre 2020

Publié le 2021-02-09 | Le Nouvelliste

Au cours du premier trimestre de l’année fiscale 2020-2021, allant du mois d’octobre à décembre 2020, les recettes publiques (taxes et impôts) s’élevaient à 25,3 milliards de gourdes alors que les dépenses publiques totalisaient 48,9 milliards de gourdes, soit un déficit budgétaire de 23,6 milliards de gourdes. Ce déficit a été financé à hauteur de 20,7 milliards de gourdes par la banque centrale en date du 30 décembre 2020. Le pacte de gouvernance économique et financière signé entre la Banque de la République d’Haïti (BRH) et le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) prévoit un plafond de 39,3 milliards de gourdes pour toute l’année. Ces informations se trouvent à la page 7 de la note sur la politique monétaire publiée la semaine dernière par la BRH.

Les finances publiques du premier trimestre de l’exercice 2020-2021 ont de quoi inquiéter. Car, entre décembre 2019 et décembre 2020, les dépenses étaient toujours supérieures aux recettes, avec un écart de plus de 10 milliards de gourdes en décembre 2020.

Les conséquences de l’insécurité

Si l’économie mondiale continue d’être plombée par la pandémie de la Covid-19, en Haïti, « c’est plutôt la détérioration du climat sécuritaire qui s’est confirmée comme l’un des freins majeurs à la reprise de l’activité économique », peut-on lire dans la note de la BRH. La timide reprise de l’activité économique entamée au cours du quatrième trimestre 2020 (juillet à septembre 2020) a été modérée en dépit d’une amélioration enregistrée au cours du mois de décembre 2020.

La banque centrale avance deux principales explications au ralentissement de l’activité économique: Le climat des affaires qui s’est dégradé à partir du mois d’octobre 2020 en raison des conditions sécuritaires précaires dans le pays et la baisse des récoltes d’automne ainsi que l’irrégularité des pluies qui ont fragilisé le lancement de la campagne agricole de printemps. » Le rapport note une relative amélioration de l’activité économique au cours du mois de décembre « sous l’effet de l’augmentation du flux de visiteurs et des transferts privés sans contrepartie ainsi que l’ouverture des frontières avec la République dominicaine ». Ces derniers facteurs ont eu un impact positif sur la consommation qui constitue la principale composante de la demande globale de l’économie haïtienne.

La hausse de la demande globale mais surtout l’évolution du taux de change ont largement influé sur le niveau général des prix durant le premier trimestre de l’exercice fiscal 2020-2021. D’après la banque centrale, « la forte baisse du cours du dollar en septembre et octobre, suivie d’une remontée à partir de novembre, a été accompagnée de mouvements relativement similaires au niveau des prix ». L’inflation mensuelle s’élevait à -1,2 % en octobre, 0,5 % en novembre et  1%  en décembre. En ce qui a trait au taux d’inflation annuel, il était de 19,2 % en décembre 2020, soit une baisse de 6 points de pourcentage par rapport au trimestre précédent.

Rappelons que le coefficient de transmission des effets du taux de change à l’inflation au cours du mois de juillet 2020 était de 0,86, selon la BRH. Autrement dit, quand le taux de change augmente de 10 %, l’inflation tend à augmenter de 8,6 %. L’inflation suit de très près l’évolution du taux de change qui, lui-même, est directement relié au commerce extérieur. À ce niveau, la BRH observe une augmentation en valeur des importations de 40 % au cours de la période d’octobre à décembre 2020 comparativement à la même période en 2019. Mais ce n’est qu’un retour à la normale, puisque les importations avaient drastiquement chuté entre octobre et décembre 2019, en pleine période de «peyi lòk». « L’appréciation de la gourde  et  l’accroissement  des  dépenses  publiques », y sont pour quelque chose également, selon la note sur la politique monétaire.

Quant aux  exportations,  elles ont plutôt  stagné. Selon la BRH, « le « peyi lòk» avait affecté les activités dans le secteur de la sous-traitance au  premier  trimestre  de  2020; la  reprise  observée  au  cours  du  1er trimestre de l’exercice 2020-2021, n’a pas permis de  retrouver que le niveau observé à la même période de l’année fiscale précédente. » Pourtant, les exportations avaient crû en moyenne de 13 % entre 2017 et 2019.

Le taux de change repart à la hausse

Dans ce contexte marqué par la dégradation des finances publiques et l’insécurité grandissante, la BRH confirme avoir maintenu l’orientation imprimée à la politique monétaire depuis le trimestre précédent. Cette politique monétaire, indique-t-elle, consiste en la mise en œuvre de mesures visant à atténuer des tensions sur le marché des changes et leurs répercussions sur les prix. Parmi ces mesures, la BRH cite la « modification des normes relatives aux  transferts  de  fonds en  vue  de  formaliser  les  transactions  de  change  et  de  mieux protéger  les bénéficiaires de transferts ». Elle  a  aussi procédé  au  renforcement  de  la  politique  de  reprise  de  la  liquidité excédentaire au niveau du système bancaire à travers l’augmentation graduelle des émissions de bons BRH et des interventions sur le marché des changes.

À partir des bons BRH dont l’encours était  nul  à  la  fin  du  quatrième  trimestre  2020, les  autorités  monétaires  ont  pu  stériliser  plus  de  2,2 milliards de gourdes, en gardant inchangés les taux d’intérêt sur ces titres par rapport à leurs niveaux de mars 2020 à 4 %, 6 % et 10 % pour les maturités de 7, 28 et 91 jours respectivement (page 8). En décembre 2020, la BRH a réduit à 5 % les exonérations de réserves obligatoires sur les ressources utilisées par les banques pour souscrire aux adjudications de certificats de trésorerie du ministère de l’Économie et des Finances. Ces exonérations avaient été introduites au début de la pandémie en vue d’inciter l’acquisition des titres publics par les banques et étaient de 20% avant d’être ramenées à 10% en novembre 2020. Cette mesure, précise la BRH, visait à réduire la libération de liquidité bancaire associée à ces acquisitions.

D’un autre côté, la banque centrale est intervenue sur  le  marché  des  changes  à  travers  des ventes  qui,  en  termes  nets,  ont totalisé  10,63  millions  de dollars.  Cela correspond  à l’équivalent  d’un  montant  de  757  millions  de  gourdes  de  liquidité excédentaire épongée. Ces mesures visaient à alimenter l’offre de devises sur une base régulière. La banque centrale a pris également des dispositions en vue de renforcer la formalisation des opérations de change  sur  le  territoire  national. Elle  a  modifié  les  normes  relatives  aux  transferts  de  fonds internationaux sans contrepartie à travers la circulaire 114-2. Cette décision, lit-on dans la note, participe de la nécessité d’exiger le paiement des transferts privés sans contrepartie en monnaie locale au taux de change de référence afin de protéger les récipiendaires sur toute l’étendue du territoire national. Selon la BRH, cette décision se veut être un moyen de réduire la désintermédiation au niveau du marché des changes. Pourtant, malgré toutes ces mesures, la pénurie de dollars continue, de même que la tendance à la hausse du taux de change, en particulier sur le marché informel.

À  court  terme, conclut la note de la BRH, les  perspectives  de  l’économie  haïtienne  dépendent  de  l’évolution  de  la  situation sociopolitique et sécuritaire. Ces deux aspects devraient peser significativement sur l’atteinte des  objectifs  en  termes  de  croissance  économique  et de  recettes  publiques  avec,  au bout du compte, des répercussions sur le plan monétaire. La hausse des cas de kidnappings et la crise politique ambiante alimentent les anticipations pessimistes des agents économiques avec des répercussions négatives sur tous les indicateurs économiques. 

Thomas Lalime

thomaslalime@yahoo.fr

Thomas Lalime thomaslalime@yahoo.fr Auteur

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