Le discours d’investiture du président Joe BIDEN ou la notion d’optimisme en politique

Publié le 2021-02-04 | Le Nouvelliste

« Les jeunes Haïtiens et Haïtiennes qui veulent s’engager en politique ont intérêt à analyser en profondeur le discours d’investiture du nouveau président américain, Joe Biden ». C’est par cette affirmation que le professeur de communication politique, le docteur Hérold Toussaint a débuté sa conférence du 28 janvier 2021 sur le thème : « Le discours d’investiture du président Joe Biden ou la notion d’optimisme en politique. Réflexions d’un universitaire haïtien. »

Cette conférence organisée par la Fondation Jeunesse, Connaissance et Engagement Citoyen (FONJCEC) a été l’occasion pour l’ancien vice-recteur aux affaires académiques de l’Université d’État d’Haïti de livrer une analyse critique du discours d’investiture du président Joe Biden, un discours qui, selon lui, devrait être lu et commenté par les hommes et les femmes politiques.

Avant d’analyser le discours d’investiture de Joe Biden, le professeur a choisi de faire appel à Anténor Firmin, intellectuel et homme politique haïtien, qui a écrit en 1905 un magistral ouvrage intitulé « Monsieur Roosevelt, président des Etats-Unis et la République d’Haïti ». Dans cet ouvrage, Anténor Firmin a écrit que « les Haïtiens ne connaissent pas assez les Américains. Cette négligence d’étudier l’histoire, la vie et les institutions d’un grand peuple avec lequel nous avons tant de points de contact, matériels et moraux, constitue une grave lacune et même un danger, qu’il faut combler ou conjurer au plus tôt ». Il paraît que l’appel de Firmin n’ait pas été entendu par les différentes élites haïtiennes, si l’on en croit les réflexions du professeur Hérold Toussaint, qui déplore l’absence de réels débats autour du discours d’investiture prononcé par le nouveau président américain, Joe Biden, le 20 janvier 2021

Joe Biden, âgé de 78 ans, reconnaît les vertus de la démocratie. Il ne nie pas, cependant, la fragilité de cette dernière qui doit continuer à s’imposer aux Etats-Unis. N’exprime-t-il pas cette idée au début de son discours : «Nous avons appris une fois de plus que la démocratie est précieuse. La démocratie est fragile. Et à cette heure, mes amis, la démocratie l’a emporté ». La démocratie doit toujours triompher. Elle admet en son sein des désaccords. Mais les désaccords ne doivent pas «mener à la désunion ».

Ledit discours est traversé par le courant de psychologie positive né aux États-Unis et qui met l’accent sur les aspects positifs de la personnalité humaine. Il s’intéresse au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions. Elle cherche à exploiter ce qui est positif dans l’être humain. C’est ce qui explique que le président Biden, dans ses propos, n’a pas insisté sur les dysfonctionnements individuels et collectifs qu’on peut rencontrer dans la société américaine. Ainsi, Biden a salué le jour de son investiture comme un « jour d’Histoire et d’espoir ».

Par rapport aux défis actuels que doit affronter le peuple américain, le président Joe Biden fait appel à l’histoire pour mettre en valeur les émotions positives de ce dernier. D’où le sens de ses questionnements dans son discours d’investiture : « Parviendrons-nous à surmonter cette période rare et difficile ? Allons-nous faire face à nos responsabilités et transmettre à nos enfants un monde nouveau et meilleur ? »

Le rapport avec l’histoire est fondamental dans le discours de Biden, selon Hérold Toussaint, qui note la volonté du nouveau président d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire des États-Unis. L’importance de la place de l’histoire dans l’Amérique d’aujourd’hui est au cœur du discours de Joe Biden. Il a le souci d’écrire le prochain chapitre de l’histoire des États-Unis d’Amérique. Et il fait appel à la fibre culturelle du peuple américain. « Le travail et les prières des siècles nous ont conduit jusqu’à ce jour. Que laissons-nous à la postérité ? Que diront nos enfants ? » Il s’agit donc de donner à l’Amérique le meilleur de lui-même.

Ainsi, le professeur pense que le discours d’investiture de Biden exprime sa ferme volonté de demeurer fidèle aux idéaux des ancêtres et de transmettre un héritage glorieux et valorisant aux plus nouvelles générations. Cette fidélité s’accompagne aussi d’une forte velléité de transmettre de grandes valeurs aux nouvelles générations, aux enfants et aux jeunes. Le professeur Toussaint cite Biden : « Est-ce que les jeunes de demain seront fiers de ceux et de celles qui dirigent l’Amérique ? », questionne le président. En d’autres termes, la préparation de l’avenir a une signification politique. Nous devons faire face adéquatement à nos responsabilités. « Si nous agissons ainsi, à la fin de nos jours, nos enfants et les enfants de nos enfants diront de nous : ils ont fait de leur mieux ; ils ont accompli leur devoir ; ils ont pensé les plaies d’un pays divisé. »

Le professeur Toussaint a également relaté dans sa conférence le thème de l’émancipation des femmes aux Etats-Unis dans le discours d’investiture de Biden. La victoire de Kamala Harris l’amène à affirmer fièrement dans son discours d’investiture : « NE ME DITES PAS QUE LES CHOSES NE PEUVENT PAS CHANGER ». Donc, la lutte pour la dignité et pour l’équité de genre doit être continue et permanente.

Hérold Toussaint part du discours de Joe Biden pour questionner la responsabilité des élites politiques et économiques haïtiennes. Sommes-nous capables d’être optimistes en Haïti ? Serons-nous capables de laisser une société viable à nos enfants ? En effet, le professeur Hérold Toussaint n’a-t-il pas terminé sa conférence par cette affirmation : « Sans responsabilité politique, c’est-à-dire, sans discernement ou encore sans prudence, sans intelligence des affaires, sans capacité administrative, nous courrons le risque de sombrer dans le ridicule ».

Frantz Laventure Auteur

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