Kidnapping : journée de panique à Carrefour

Suite à l’enlèvement d’un élève le lundi 25 janvier, la commune de Carrefour a connu une journée de panique : manifestation, circulation paralysée, fermeture d'écoles et de certaines PME. Arraché à sa mère alors qu’il se rendait à l’école, l'écolier, qui a été libéré au cours de la journée, a été un énième cas de kidnapping enregistré dans cette commune.

Publié le 2021-01-25 | Le Nouvelliste

Peu avant 8 heures, la nouvelle est tombée. Un nouveau cas de kidnapping vient d’être enregistré dans la commune de Carrefour où les actes criminels gagnent en ampleur ces derniers jours. La victime est un élève de la 4e année fondamentale de l’Ensemble Scolaire Père Bazile Moreau, âgé de 10 ans. Il a été arraché à sa mère à Bizoton. Il n’est pas encore 9 heures, la commune, qui vit au rythme des mouvements de protestation contre le kidnapping depuis deux semaines, se soulève.

Barricades de pneus enflammés sont érigées de part et d’autre alors qu’à Bizoton, devant la base de l’Amiral Killick (Marine haïtienne), plusieurs dizaines de parents rejoints par des habitants expriment leur rage. La panique s’installe. Devant l’établissement scolaire du père Bazile Moreau, c’est le brouhaha. Sous le choc, les parents s’y ruent pour aller chercher leurs enfants. Avant 11heures, plusieurs écoles visitées par le journal se vident presque de leurs occupants.

Dans la cour de l’Ensemble Scolaire Père Bazile Moreau, plusieurs écoliers, la peur au ventre, attendent leurs parents. Ils sont tétanisés. Traumatisés. « Personne n’est épargné. Cela pouvait être moi ou un autre parmi nous qui sommes ici », a réagi Junior, la voix tremblotante.  Les responsables de l’école n’ont pas fait attendre pour faire connaitre leur position. Les portes des écoles restent fermées jusqu’à la libération de la victime, a fait savoir Bazile Jean Thony, directeur pédagogique de l’institution. « Cette situation on l’a trop vécue. C’est inacceptable », a-t-il martelé.

Dans une note de presse, l’institution affirme son intention de suspendre provisoirement ses cours et invite les établissements scolaires, voire toutes les forces vives de la nation, à définir des actions concertées, positives et éclairées, en vue d’une coercition évidente, efficace et intégrale à la stupide machine infernale qui terrorise les familles. « C'est dans un esprit de solidarité avec tous ceux qui sont frappés par ce phénomène, et particulièrement les éléments du système éducatif haïtien, dont récemment la jeune de l’École communale Pierre Samot de Diquini, que nous protestons énergiquement contre ce mal national se dégageant visiblement des limites du supportable. Ainsi donc, l’ESPBM se décide, d’une part, à lancer un appel pressant aux autorités concernées afin que des mesures concrètes soient prises pour que la société haïtienne, en général, puisse convenablement respirer, lit-on dans la note.

Les manifestants qui exigeaient la libération de Madens Michel suggèrent aussi de fermer les portes des écoles en signe de protestation contre le fléau du kidnapping. « Aba kidnaping, nous n’en pouvons plus », ont scandé les manifestants, qui n’ont pas manqué de fustiger les autorités. Selon eux, cette industrie est portée à bras-le-corps par l’administration Jovenel Moïse/Joseph Jouthe. « Nou mande lekòl, yo ban nou kidnaping », ont tempêté de leur côté des élèves de Carrefour.

Au cours de la journée, l’écolier de 10 ans a été libéré, a confirmé une source au Nouvelliste. Les ravisseurs l’ont relâché au niveau de Martissant. Le même lundi, à Pétion-Ville, des écoliers ont gagné les rues pour protester contre le phénomène de kidnapping qui gagne de plus en plus de terrain dans la capitale. Des élèves accompagnés de riverains ont été remarqués devant l’ambassade américaine à Tabarre où ils protestaient encore l'enlèvement le 22 janvier d'une employée de la Fondation St-Luc.

Les interventions policières effectuées dans les fiefs des gangs armés, notamment à Village-De-Dieu, à Croix-des-Bouquets (400 Mawozo) n’ont rien changé. Les kidnappeurs agissent en toute quiétude au vu et au su de tout le monde.

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