Pap Jazz / Scène Barbancour

Un public enchanté par Josanne Francis, Jhon Bern Thomas, «pawòl tanbou et Cie…»

Publié le 2021-01-26 | lenouvelliste.com

Roland Léonard

Scène Barbancourt, mercredi 20 janvier 2021

Josanne Francis et ses musiciens.-

Le jazz, grand boulimique, a bon appétit : il ingère tout. Nous voulons dire qu’il n’a pas fini de fusionner aux divers courants musicaux, savants ou populaires, aux diverses cultures mondiales et à leurs éléments mélodiques ou rythmiques. Le jazz est lui-même, à l’origine, une fusion ; rencontre des musiques européennes et africaines.

C’est donc tout naturellement que Josanne Francis, la grande et belle Trinidadienne, noire, joueuse de steelpan, combine divers rythmes caribéens, dont son calypso natal- et même la musique baroque- au blues et au jazz. Il faut signaler curieusement dans ses mélodies l’influence de la musique indienne ( ou indoue) et ses assimilées.

La belle musicienne s’est entourée d’un pianiste, d’un joueur de bongos trinidadiens, et d’un bassiste (guitare- basse) noir, d’un saxophoniste ténor, d’un batteur et d’un percussioniste-congaïte blancs. Ensemble, ils nous ont fait voyager agréablement au royaume des sons. C’est de la bonne musique savante et entraînante, bien équilibrée et pas du tout ennuyeuse.

Un premier thème, « pragati», d’allure modale et indienne, est exposé sur un rythme rappelant notre méringue-contredanse. La  guitare-basse nous gratifie d'un bon solo-funk, avec la technique du slap (claquement) et du pouce. Il y a d’autres solos, des «breaks» et appels à l’avantage du «steelpan» jusqu’à la CODA.

Le deuxième morceau c’est «Nicarat». Il y a une introduction au steelpan avec accompagnement de bongos, poursuivi par le sax ténor économe de ses notes détachées. Il y a le thème suivi d’un passage arrangé et répété, unifiant Josanne et le ténor. Des «breaks» à l’avantage des bongos. Un solo vrai du saxophone, des échanges et un va-et-vient entre le piano et le « steelpan » de Josanne Francis.

La troisième pièce est une géniale profanation d’un air célèbre, une composition de Jean-Sébastien Bach, explorée par le « steelpan » , le piano et le saxophone, suivie de bonnes improvisations appuyées par la rythmique. C’est osé et très applaudi.

On joue jusqu’à la fin avec les mêmes intervenants les morceaux suivants : « Mabouya » yanvalou, suivi d’une mazurka ; «Shats» où se distinque le pianiste ; pour finir et satisfaire le public «Zouk  la se sèl medikaman nou ni ». Sympathiques performances ! Sympathique et belle Josanne Francis ! Sympathiques musiciens.

John Bern Thomas et son projet.

John Bern Thomas est un habitué du Papjazz. Il ne compte plus ses participations en tant que leader ou accompagnateur. C’est le meilleur batteur des scènes « jazz » et variétés actuellles. Comme beaucoup de jeunes pratiquants actuels, il doit une partie de sa formation à Claude Carré. Confidences du musicien ; il se peut- vu la conjoncture- qu’il quitte notre pays. C’est dommage ! Plein d’initiatives, John Bern a tenu jusqu’ici, haut et ferme, le flambeau du jazz : soirées de concert, rencontres hebdomadaires du jeudi, réunissant copains de grands talents et promesses sérieuses.

John Bern Thomas a voulu prouver ce soir, au public de la scène Barbancourt, qu’il y avait de grands musiciens de jazz en Haïti, mais à l’importance sous-estimée. Il a donc réuni autour de lui Caleb Texier (piano), Steeve Cinéus (basse),  Marc Harold Pierre (percussions et chant), Nathanaël Cinéus (Keyboard), Maxime Lafaille, (trompette), Wolfstong Wood Pierre (trompette), Ricardo Lafond (sax ténor), René Jean-Jumeau (trombone) et Emmanuel Smith (guitare) .

L’ensemble commence le spectacle par un brouhaha intentionnel, sorte d’improvisation collective pour s'échauffer. Suit « Kote moun yo » arrangé par Mushi Widmaier. Passage arrangé de la section des vents précedant un solo de Caleb Texier au piano. Ricardo Lafond s’exprime à son tour brièvement. Riff des  vents, et « pédale » puis ostinato du piano pendant le solo de batterie de John Bern Thomas.

En second lieu on savoure « Kouzen Adye » en version « rara » ; avec pour background les riffs du guitariste Emmanuel « Ti Wes » Smith. Le rara touche un peu au petwo. assage arrangé des vents. Solo de guitare « Nouveaux riffs des vents et de la guitare.» Réexposition du canevas et sujet «Kouzen Adye ». Le troisième morceau, c’est «Kite» ou cerf-volant.

On apprécie les improvisations successives de Rolfstong Wood Pierre, Maxime Lafaille, Caleb Tesier et Nathanaël Cinéus. Il y a par la suite une ballade binaire où Maxime éxécute un délicat solo au bugle, avec la voix de Marc Harold Pierre «  Solèy-leve » ; pour finir, en rabòday, le traditionnel » « Peze Kafe » avec un beau solo de trombone de René Jean-Jumeau.

Le morceau se conclut par une citation-hommage à Hans Peters, décédé récemment : «  Misik la sou ray » J’ai écrasé une larme ému. John Bern Thomas et ses musiciens ont chaudement été acclamés.

Les Gars de Pawòl Tambou

Ce groupe, amoureux des tambours vodou, de la musique racine, combinée au rock, au reggae a été le clou de la soirée. On ne peut que saluer l’enthousiasme de ces jeunes passionnés de la musique traditionnelle et néofolklorique haïtienne combinée aux sonorités des guitares, des keyboards, du djembele, des vents en background. C’est stupéfiant. On est sidéré et on ne peut prendre de notes, médusé.

Roland Léonard

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