PAPJAZZ/scène Barbancourt/ 19 janvier 2021

« L’enchantement de la guitare et du piano, l’ivresse des voix et de la basse sur scène…»

Publié le 2021-01-22 | lenouvelliste.com

Roland Léonard

C’est toujours avec le même plaisir, la même joie que nous retrouvons chaque année cette cour et la scène Barbancourt, lieu principal des concerts gratuits du PAPJAZZ. Ces dernières nous ont donné depuis un lustre, au moins, d’agréables émotions sonores. Il y a le podium éclairé par les projecteurs de son toit sur lequel est posé l’incontournable et l’inamovible piano classique et à queue, quelques micros, en attendant d’autres instruments portables. Il y a la sacro-sainte batterie, stable elle aussi et quelques micros. Il y a cette cour et son air libre, ses rangées de sièges pliants sur deux colonnes couchées, à droite et à gauche. Il y a chaque année les habitués aux têtes avenantes amicales et les fidèles copains qui sont au rendez-vous.

Béatris Compère nous propose ce soir un bon programme ; un duo piano et guitare-flamenco, mais non exclusif du jeune guitariste espagnol Amos Lora et du pianiste cubano-canadien Luis Guerra résidant en Espagne ; le groupe dynamique S.M.S. Kreyol à la renommée grandissante ; N.E.C. + Etienne M’Bappé pour boucler la soirée.

Amos Lora et Luis Guerra

Présentés par l’ambassadeur d’Espagne, Amos Lora, le guitariste, et Luis Guerra, le pianiste, nous éblouissent et nous étourdissent par leur virtuosité et la sensibilité de leurs performances. Du jazz-flamenco certes, mais pas que… comme disent les critiques de «jazz magazine». L’«hispanité» conduit à la latinité musicale, se spécifiant en musiques afro-cubaine et brésilienne incontournables.

Au programme de concert, un premier morceau où guitare électro-acoustique et piano se relayent dans les rôles d’exposition et d’accompagnement du thème proposé ; s'ensuivent les improvisations linéaires des deux instruments. Le second morceau est exposé d’abord «ad lib» - comme récité et non pulsé- par la guitare seule, avec des accords assez modernes dans les tensions, et des passages en trémolo. Cette exposition est reprise de la même manière par le piano seul avec quelques harmonies «impressionnistes». Enfin, les deux instrumentistes définissent un thème aux contours nets, suivi des improvisations. Reprise finale du canevas.

Un rythme afro-cubain, sous-entendu mais assez souligné, supporte le troisième morceau. L’accompagnement rythmé de la guitare est en relief. On sent confusément l’influence d’un Chick Corea dans la composition. Pour notre plaisir, avec douceur et une grande économie de notes, le duo interprète la jolie bossa-nova de Antonio Carlos Jobim: « Eu sei qué vou te amar», avec de bonnes improvisations partagées par la guitare et le piano.

Pour finir, on retourne en Espagne, plus précisément en Andalousie avec un moderne flamenco, avec belles harmonies de passage ; la mesure est ternaire. Amos Lora est un jeune virtuose. C’est un as du doigté, des trémolos et des trilles. Le pianiste est aussi fascinant.

S.M.S. Kreyol

Ce groupe, comme l’a dit Béatris Compère, est comme le bébé du festival PAPJAZZ. Il y a figuré au moins trois à quatre occasions, évoluant à chaque fois vers plus d’originalité et maturité.

Sur scène donc, accoutrés et déguisés pour la circonstance : Edelin Olivier à la batterie ; Marc-Harold Pierre aux percussions ; Ricardo Lafond aux saxes ténor et alto (au soprano parfois) ; Nathanaël Cinéus aux claviers et arrangeur ; Steeve Cinéus, leader, basse et voix. Il y a des invités : Grégory Cinéus (steel pan) ; Rolfstong Pierre, capois (trompette) ; Manley … capois (flûte). Il y a un chœur de trois voix : deux femmes et un homme : Jenny Métellus, Therly Job et l’autre choriste.

S.M.S. Kreyòl a évolué et cru trouver sa voix dans les racines- «Roots» - Kreyòl jazz principalement. C’est une option qui leur sied bien ; à condition, selon nous, de ne pas s’y confiner et de ne pas perdre sa vision périphérique des débuts : «Fusion», jazz-rock, jazz traditionnel.

Sur des rythmes traditionnels haïtiens, parfois allusifs au Brésil, ils ont donc joué le répertoire suivant : « Mwen rentre nan lakou a » entre 5/4 et 6/8 composition de Edelin Olivier ; « Ki van sa », arrangé par Nathanaël et le batteur ; une mazurka à trois temps, composition de Edelin pour sa fille de 3 mois, avec des improvisations successives des vents et des percussions, de la batterie, intervenant sur des «breaks» ; «Ajoupa m» composition de Steeve Cinéus, virant parfois au konpa ; « Ti-Djo, Ti-Djo » ou « Nan makout a Legba», un traditionnel haïtien ; « Kouzen pa pran kouzin-o ». Chœurs, reprenant parfois les exposés instruments. Scatts collectifs. Rythmes folkloriques variés. Solos de saxophone, de trompette, de flûte, de basse, mesurés ou concis, de clavier également. Passages arrangés des «vents» à l’unisson… Tout y est pour séduire. S.M.S. Kreyol a enthousiasmé l’assistance acquise à la cause du «Root» jazz.

N.E.C. + Etienne M’Bappé

C’est à peu près le même répertoire joué à la soirée d’ouverture du samedi 16 janvier au Karibe. On a pu mieux apprécier les compositions du bassiste qui sont complexes et pas faciles à suivre, à comprendre, il faut l’avouer. On a encore savouré les talents du chanteur dans la fameuse chanson plaintive et swingante, « Nayodé» en langue duala. Le guitariste guadeloupéen Jean Christophe Maillard, invité, a joué de la guitare «rock» et chanté avec M’Bappé le morceau «Soulataké» : en duala : « La fin de la souffrance».

Note de vie et d’espoir en ces temps de confinement et de menace de la Covid-19. Elle était reprise en chœur par le public, à l'invitation du chanteur, Etienne M’Bappé, très communicatif et grand showman. C’est un grand bassiste et un grand artiste.

Soirée charmante en vérité !

Roland Léonard
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