PAPJAZZ/ After hour

Vibrer avec «Zanmitay»

Ambiance

Publié le 2021-01-21 | lenouvelliste.com

Roland Léonard

Au Café 36 de la rue Cleveaux, à Pétio-Ville, le 18 janvier, on retrouve la même ambiance accueillante que celle de l’année dernière. La grande salle de consommation, ouverte, sans murs avec ses poteaux ; sorte de grande tonnelle vaste, étirée en longueur, orientée d’Est en Ouest où se trouve le podium des musiciens. Le toit en angle, en tôles ondulées, comme un livre ouvert, avec ses lattes blanches et ses chevrons blancs, comme des ceintres, des « A» géants. Les ampoules pendant du plafond et entourées d’abat-jour diffusent une lumière tamisée vers le bas et le sol. Une vingtaine de tables réservées ou non, avec sièges, occupent le centre où la périphérie de la salle.

Des haut-parleurs diffusent de la musique de jazz enregistrée, venant de la console d’un «Channel mixer» pour faire patienter les mélomanes et amateurs impatients.

Juste avant le début de ce concert en deux «sets», nous avons le temps de nous renseigner sur les musiciens. L’un d’eux nous reconnaît ; c’est le jeune Mardochée Williams, bassiste au merveilleux talent et grand espoir du jazz, membre également de «Jazz and family» des frères Texier.

C’est ainsi que nous apprenons que cette jeune formation « Zanmitay» existe depuis juillet 2020 ; elle compte 4 musiciens de base : Shelton Alphilon (le batteur) ; Marcelin Jean Ernst (le guitariste) ; Marcelin Kris Ernesto (le pianiste et keyboardiste) ; William Mardochée (le bassiste). Le groupe s’est adjoint le jeune trompettiste Maxime Lafaille pour la soirée.

Mardochée William parle modestement de ses amis, et de leur formation de base. Ils ont l’expérience de la musique évangélique qui entre dans leur passé musical. Ils ont côtoyé Nicky Christ, Tami, Stanley Georges, les groupes Christian Gospel, Gospel Vision et d’autres encore. Ils font des interprétations de quelques musiques brésiliennes de Beethova Obas, de Stevie Wonder, de Christian Scott, le trompettiste. Sans se spécialiser ils touchent à tout ; la « soul », la « Trap music», le R’N’B». Le «Jazz»? « un tant soit peu… heu… pas vraiment», dit-il un peu gêné.

Mardochée est vraiment modeste, un peu trop même, car ce qui suit nous chavire d’admiration : nous sommes en présence d’une dynamique petite formation de jazz funky et fusion qui nous emballe par ses choix et ses goûts. Nous ne sommes pas les seuls à nous enthousiasmer : l’assistance assez consistante, vibre sérieusement à leur musique causant un long frisson de bonheur et de joie dans le public. La moyenne d’âge se situe autour de vingt ans ; le keyboardiste a à peine quinze ans, à ce qu’il paraît. Maxime Lafaille, cet excellent trompettiste et joueur de bugle, est la vedette de la soirée. Maxime est un futur médecin en cinquième année ou « Internat». Il est brillant dans ses études.

1er Set

Le premier morceau commence par deux accords aux arpèges obstinés, joués au piano. Le thème est exposé à la trompette à sourdine. On a l’impression d’une mesure ternaire et impaire, revenant par intermittence ; puis il y a un virage net vers un rythme «binaire» de R’N’B. Maxime Lafaille improvise brillamment, avec animation, comme la batterie qui lui fait écho. Usage de riffs. Solo très swinguant de la guitare.

2) Le deuxième air est de Stevie Wonder : il est en majeur et très populaire. La trompette et la guitare l’exposent. Le rythme voisine un peu la samba. Le trompettiste commente sur la boucle de conclusion.

3) Le troisième morceau est encore de la bossa-nova, c’est « Nou pa moun» de Beethova Obas. La guitare, le piano et la trompette s’expriment avec éloquence.

4) C’est un «funky», une suite de trois accords enchaînés chromatiquement, imités en thème-riff par la trompette. Le guitariste prend un bon solo, comme le batteur. Le trompettiste ne rate pas son tour. Nouveau riff du bugle et de la guitare harmonisés. Good ! Good !

… La soirée se poursuit ainsi jusqu’à la fin, avec des surprises et des titres aussi épatants que d’autres comme : « For your love», « Crazy hole», «Mister magic», « Eraser», « Strenght», « Mix Spain», citation de l’air de Chick Corea… « She got it mad», « Trap». Les tonalités sont diverses, variees.

Pour une première fois, en présence d’un bon public, c’est une réussite pour « Zanmitay».

Ces jeunes ne sont pas tout à fait novices. Ils excellent dans le jazz-funk-fusion. Ils iront loin à force de persévérer et de s’améliorer.

Pourvu que ça dure !

Roland Léonard
Auteur


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