Le PAPJAZZ 2020, du Melting-pot musical à l’idiosyncrasie

Publié le 2021-01-29 | Le Nouvelliste

Si la société américaine se définit comme terre d’accueil au regard des migrations diverses à sa fondation, traduit dans la formule du Melting-pot, ceci tendra à se transposer à la musique du jazz. Le patrimoine afro-haïtien dans les rites, les danses et la musique constituent des réminiscences dans la musique du Jazz, notamment que des Américains ont récupéré et filtré à leur propre compte. Tout est parti d’une conjonction de trois horizons culturels à la rencontre de l’Europe, les Amériques et les Caraïbes.

Le PAPJAZZ, à sa 14e édition du 18 au 25 janvier 2020, se fait un défilé d’artistes de l’Allemagne (Pat Appleton et Matti Klein Soul Trio), de la Suisse (Yilian Canizares), du Canada (Ranee Lee qui est à l’honneur). La chanteuse Dawn Tyler Watson, aussi compositeur, offre ses performances dans le Blues, des Etats-Unis (Dee Dee Bridgewater, doté de 3 Grammy Award et d’1 Tony Award). Jazmin Ghent aussi des USA comme saxophoniste performe dans le Smooth Jazz tout comme elle se mêle au gospel ; Israël, avec Yogev Shetrit dans le projet HAITIZRAEL ; Taïwan, représentée par l’Ensemble Yu et avec le lead de Yaping Wang. Tous, à côté de Cubains dans l’expérience Encuentro de Réginald Polycard et Alejandro Falcòn, deux pianistes de renom ; des Dominicains et des Haïtiens qui accueillent, certes. Mario Canonge, un familier du terroir, Annick Tangorra, Ralph Thamar, Michel Alibo et Arnaud Dolmen de la Martinique vont renforcer la démarche vers une idiosyncrasie musicale dans le jazz. Aussi s’élance-t-il le fameux Jacques Schwaz-Bart, un saxophoniste guadeloupéen. La créativité s’est enchevêtrée dans des traditions conventionnelles du jazz. Un bon focus d’Ethnie Jazz noté dans l’agenda pour ne pas s’accommoder ni s’isoler pour les apports originels incontournables des esclaves de Saint-Domingue au Jazz considérés ou non, peu importe. Tout d’abord, partons du gospel de Haïti gospel Jazz comme expression de chants religieux chrétiens des Noirs ayant succédé au negro spirituel. La censure à la particularité culturelle des africains est manifeste jusqu’à tenter d’établir une relation de dualité entre le gospel, assimilé à la musique de Dieu par rapport à la musique profane, soit une musique du diable. Gospel et blues ont évolué durant quelque temps dans cette relation caricaturale avant d'être dépassé dans la formule Gospel blues.

De fameux jazzistes ont jeté ce pont : Dizzy Gillespie, Duke Ellington entre autres pour avoir légitimé les instruments originaux comme le tambour et les références identitaires des musiciens ; la dichotomie est mal venue si l’on tient à l’idiosyncrasie existant. La tendance à l’assimilation dominante est ancrée dans la religion chrétienne. Les prestations du vodou jazz à travers James Germain, la figure féminine de Malou Beauvoir dans son projet Erzulie témoignent de l’élan de décloisonnement culturel dans le dialogue entre les mouvements européen, américain et afro-caribéen. En effet, l’on doit se rappeler la prestation des Haïtiens aux yeux bleus de la Suède lors de la 13e Edition du PAPPJAZZ comme forme de musique métisse, paradoxalement des Blancs qui exécutent du vodou jazz haïtien, sans les offenser pour autant-Pardon. Paul Beaubrun avec l’entrain de Yilian Canizares de Cuba, tient la saga musicale en guise d’une idiosyncrasie, vu des touches singulières et spécifiques qui revêtent la matrice africaine des esclaves de Saint-Domingue, intrinsèque à l’entreprise du jazz où New Orleans, une colonie française de l’Amérique vendue aux Etats-Unis, se soit approprié cette notoriété au lieu de ceux qui allaient devenir des Haïtiens après la révolution anti-esclavagiste, anticolonialiste et anti-raciale de 1804, et, de ce fait, pour la promotion de l'humanité.

BélO doit apporter du sang neuf en la circonstance dans ses styles de raggaganga, blues, jazz et rites traditionnels du vodou. Claude Carré ne rate pas cette occasion dans son Jazz Family pour une emphase sur le jazz créole, ainsi un entonnement de l’idiosyncrasie. Eddy François, du Boukman Expérience puis du Boucan Ginen de la tendance de musique racines aussi vodou rock, est de la partie. Eddy François a débuté dans la musique religieuse non chrétienne, tout comme Emerantes DesPradines Morse et Lunise Morse. Emeline Michel , Magguy Jean Louis, qui a aussi performé dans le temps au sein du groupe Boukman Expérience, s’inscrivent dans le même courant aussi bien que Wyclef Jean.

Enfin, Mushi Widmaier (Haïti, coorganisateur) et Mike del Ferro des Pays-Bas comme pianiste avec un grand et riche parcours dans plus de 115 pays enfoncent les notes dans la diversité tout en consacrant l’idiosyncrasie musicale haïtienne. Gérald Kébrau s’initie dans le Gospel comme il l’a confié avec une performance insaisissable à la guitare et survolté par les voix des talentueuses chanteuses Wiliadel Denervil et Taliana. Les pauses animées par le rara de l’événement attirant la foule et complétant bien ce panorama culturel.

Un rendez-vous pré-carnavalesque sans pareil tel que s’annonce le PAPPJAZZ 2020 qui grossit la foule, ce, grâce à la perspicacité de l’infatigable Millena Sanders de la Fondation PAPJAZZ HAITI à qui nous sommes très reconnaissants pour sa créativité, dans le monde des loisirs dans la terre cassée et délabrée d’Haïti. Ce qui donne toute la force au thème de protection de l’environnement de la tradition du PAPJAZZ.

Repères bibliographiques

Gérard, Barthélémy, Créoles-Bossales, conflit en Haïti, Ibis Rouge Editions, Guadeloupe 2000 pp335-382-Lucien Malson, Les Maitres du jazz d’Oliver à Coltrane, Que sais-je ? 8e édition, Presses Universitaires de France, Paris 1985.-Erwan Dianteill « la danse du diable et du bon dieu-le blues, le gospel et les églises spirituelles, consulté online le 20 janvier 2020. Hancy, Pierre » le festival de jazz de Port-au-Prince : de la culture au service d’un rapprochement collectif » in Le Nouvelliste, Port-au-Prince, 29 janvier 2019.

Hancy PIERRE Auteur

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