PAPJazz – 15e édition/ 16 et 17 janvier 2021

Le vent et le feu du jazz

Publié le 2021-01-20 | Le Nouvelliste

Roland Léonard

16 janvier 2021 : « Oublier ses peines par la scène Heineken »

L’assistance est moyenne : visiblement, la conjoncture a influencé le public ; mais il est assez consistant pour applaudir et apprécier les concertistes et leurs performances. Ce soir, trois artistes et leurs groupes sont programmés pour notre bohneur d’écoute ; le pianiste français Jacky Terrasson ; la chanteuse franco-camerounaise Célia Kameni et son pianiste accompagnateur français Alfio Origlio, le bassiste franco-camerounais Etienne M’Bappé et N.E.C. ils sont présentés par la M.C. Béatris Compère.

Jacky Terrasson Trio 

Jacky Terrasson joue en trio avec un contrebassiste (Léo Portaz), et un batteur. D’emblée et à la volée, le pianiste fait comprendre que le confinement dû au Covid-19 les a grandement contrariés et empêchés de jouer régulièrement et de répéter. Ceci explique cela : un programme qui a l’air beaucoup plus improvisé qu’élaboré et préparé consciencieusement.

Le pianiste attaque seul, le premier morceau dans une introduction lente, ad lib, et percussive, avec des harmonies aux sonorités classiques. Un rythme obstiné est initié par une note soutenue ou « pédale» du piano, rythme imité à la contrebasse et binaire qui dévoile le «Beat it» de Michael Jackson.  Ostinatos de la contrebasse. Le pianiste fait des citations étranges: « Smoke Gets in your eyes» « Santa claus is coming to town».

Le deuxième morceau est » Gymnopedie No 1» de Erik Satie joué en valse lente. Il y a des effets bluesy du pianiste et une citation de « ornithology» de Charlie Parker. Il y a ainsi jusqu’à la fin une citation de « La Marseillaise». Citons les autres morceaux : « Love for sale» avec un bon solo de contrebasse, un autre de la batterie et la phrase « Surry wait the fringe in top» ; « Saint-Thomas » de Sonny Rollins avec une mesure à 9/4 ; «Smile » en 5/4 citant « My darling Clementime», avec solo de batterie sur passages obstinés du piano.

Le jeu de Jacky Terrasson est appréciable, mais le pianiste nous a surtout frappés par sa science et son art des citations, faisant plaisir aux connaisseurs. Ah ! Confinement…

Célia Kameni

La chanteuse franco-camerounaise est accompagnée par un classique trio piano (Alfio Origlio), contrebasse (Brice Berrerd), batterie (Zaza Delivario, brésilien).

Elle entame son tour de chant avec un air à l’introduction libre, non pulsé dérivant vers un rythme binaire de RNB la chanteuse scatte joliment. En second lieu, le batteur avec des mailloches tambourine un air presque martial à 4/4 lent ou 12/8 ; c’est un thème assez connu dont on oublie le titre. La contrebasse y tient un rôle très en relief.

Il y a par la suite une ballade «binaire» en rock et R.N.B. la chanteuse s’adresse correctement en français au public alors que, jusqu’ici elle n’avait fait que chanter en anglais.

Célia Kameni cette Franco-Camerounaise a appris le chant en France. Elle réchauffe l’assistance avec ses mots aimables et nous propose par la suite « No love dying» de Gregory Porter (L’amour ne meurt pas) aux accents très soul, avec un beau et lyrique solo du contrebassiste Brice Berrerd ; elle nous fait la grâce d’une chanson française en mineur, susurrée avec les mots « Vague-Vague». Elle termine officiellement son programme avec «purple haze» de Jimi Hendrix en 6/8.  «bluesy». Elle et ses compagnons sont acclamés chaleureusement par le public enthousiaste. Célia Kameni lui offre en bonus un beau «blues» rythmé ou rythm and blues, avec le claquement des mains de l’assistance et un savoureux solo de basse.

Le show de cette chanteuse a fait l’unanimité ; il a pratiquement emballé le public qu’il a comme électrifié. La chanteuse avec une voix très jazz chante la « soul», le «rock», la «fusion», le R’N’B et le jazz orthodoxe : elle est de son temps.

N.E.C. et Etienne M’Bappé

Le superbe bassiste électrique (guitare-basse) franco-camerounais Étienne M’Bappé, boucle la soirée avec son trio N.E.C. Entendez N pour Nicolas Vicaro le batteur, E pour Étienne M’Bappé le bassiste, C pour Christophe Camero, pianiste, violoniste, keyboardiste.

Divers morceaux aux titres inconnus sont joués. Exposé au piano, un thème mineur et bluesy à 6/8 ; une mazurka époustouflante ; un morceau de fusion au rythme R'N’B très accentué, avec un riff obstiné, où Christophe se met au violon et où Étienne «scatte » son solo ; un solo du batteur sur riffs du piano et de la basse unifiés ; une chanson d'Étienne M’Bappé en langue duala, très plaintive et touchante, histoire de voyage et désillusions, accompagnée par les pizzicati de violon, avec solos et commentaires du même instrument.

Pour finir un air instrumental, avec un titre parodique : « No Woman, No Smile» ; soit une mesure impaire à 7/4.

Comme tous les concertistes NEC et Étienne M’Bappé nous offrent en bonus un yanvalou avec des passages lyriques et élaborés au piano classique.

Étienne M’Bappé est un sympathique virtuose qui fait un contact chaleureux avec son public- Belle soirée de concert .

Roland Léonard Auteur

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