Dr Paul Farmer: « Investir davantage dans la santé et investir mieux »

Publié le 2021-01-13 | Le Nouvelliste

« Quel est notre plan pour nous servir de la crise sanitaire provoquée par la pandémie du nouveau coronavirus en vue de renforcer le système sanitaire haïtien ? », telle est l’interrogation du Dr Paul Farmer, fondateur de Zanmi Lasante/ Partners in Health. Intervenant à l’émission annuelle « Rendez-vous économiques et financiers », animée par l’économiste Kesner Pharel, le professeur à l’université de Harvard souligne l’importance « d’investir davantage dans la santé et d'investir mieux ».

La pandémie du nouveau coronavirus, qui sévit dans le monde depuis plus d’un an, montre les limites de nos choix en termes de priorité. Cette crise sanitaire, selon l’économiste Kesner Pharel, provoque une crise économique et menace de provoquer une crise financière dans le monde. « Nos approches ont toujours privilégié les questions économiques pendant que des domaines prioritaires tels que la santé demeurent relégués au second plan ».

Selon le Dr Paul Farmer, la privatisation de la santé et le manque d’organisation d’un système national de santé dans plusieurs pays de l’Amérique et de la Caraïbe, notamment en Haïti, sont responsables des problèmes de santé publique que connaissent ces pays. Aux États-Unis tout comme au Brésil et au Mexique- les pays enregistrant plus de décès provoqués par la Covid-19 dans le monde -ils n’ont pas un système national de santé bien organisé et n’investissent pas dans le secteur public en santé. « L’investissement dans la santé est capital tout comme dans le capital humain », a indiqué le scientifique, qui prône un système de santé basé sur une approche globale.

D’après le médecin, cette crise sanitaire est une parfaite occasion pour repenser le système de santé, selon le Dr Paul Farmer. Haïti doit aussi emboîter le pas à d'autres pays. Sa question est fondamentale. Comment allons-nous nous servir de la pandémie du nouveau coronavirus pour renforcer le système sanitaire haïtien ? se demande-t-il » « On a besoin d’investir davantage dans la santé et d’investir mieux », a-t-il indiqué, prenant en exemple le Rwanda, pays de l’Afrique de l'Est qui, ces dernières années, progresse dans plusieurs domaines. Il a fait savoir que ce pays de l’Afrique de l’Est n’a pas la moitié des ressources d’Haïti mais fait mieux que nous. « L’État au Rwanda met trois fois plus d’argent dans la santé que l’État haïtien », a-t-il dit.

Sur chaque 100 gourdes investies dans la santé, l’État dépense moins de 10 gourdes, étaye Kesnel Pharel.  En raison de la Covid-19, l’Etat a octroyé une enveloppe de 21 milliards de gourdes à la santé. Mais moins d’un an après, alors que la pandémie est toujours présente sur le sol haïtien, pour l'exercice fiscal 2020-2021, rien que 10 milliards de gourdes ont été allouées au ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). « On revient à nos mauvaises habitudes », a déclaré l’économiste, soulignant que le pays dépense 150 dollars américains par habitant pour la santé alors que les pays de la zone investissent en moyenne plus de 1 000 dollars américains par habitant.

Si on dit souvent que la santé est un luxe en Haïti, c’est parce que la contribution des ménages aux dépenses totales de la santé est estimée à 30% pendant que 25% de la population vit dans l'extrême pauvreté et 60% vivent dans la pauvreté. Malheureusement, ils dépensent beaucoup pour des services de mauvaise qualité », a regretté l’infectiologue, insistant sur la voie que doit prendre le pays pour espérer de mieux se préparer aux problèmes de santé publique.

Edrid St Juste

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