Portrait et postérité: musicien de jazz

Louis Armstrong, pour toujours dans nos cœurs

À l’occasion de cette nouvelle édition du PaP Jazz, nous voulons brosser pour nos lecteurs le portrait de l’un des plus célèbres pères fondateurs de cette esthétique musicale.

Publié le 2021-01-13 | lenouvelliste.com

Roland Léonard

C’est de la bouche même  de ces grands pionniers et géants, Louis Armstrong et Duke Elington, qu'est sorti comme un évangile, le critère fondamental et qualitatif de cette musique : le swing. Chantant un morceau  de l’illustre chef d’orchestre et arrangeur. Compositeur, Louis Armstrong affirme péremptoirement : « It ain’t mean a thing, if it ain’t got that swing » (Cela ne signifie rien si cela ne swingue pas).  Les critiques, les Blancs en particulier, n’ont fait que répéter après eux et n’en ont pas imposé le principe, comme le croient et le disent les musiciens noirs du courant avant-gardiste « free jazz » voulant justifier leur rejet, leur reniement de ce paramètre freinant et gênant leurs ambitions, leur désir de liberté ( Lire free jazz et black power).

Si Louis Armstrong pouvait ressusciter, il n’en reviendrait pas, comme on le dit familièrement, et serait médusé devant le paysage polymorphe du jazz, de cette musique qui s’est mondialisée et métamorphosée au contact des éléments rythmiques, mélodiques et organologiques  des diverses cultures de la planète Terre. Il est méconnaissable pour qui n’a pas suivi ou vécu son histoire et son évolution. Sacré Louis ! Là encore, il s’est révélé prophète involontairement en affirmant « tous les rythmes et toutes les mesures swinguent à leur façon ; certains évidemment plus aisément que d’autres : cela dépend de vous ».

Mais n’anticipons pas. Et d’abord qui était-il ?

Louis « Pop » « Satchmo » Armstrong, trompettiste, chanteur, compositeur et chef d’orchestre américain, né à la Nouvelle-Orleans en Louisiane, baptisé le 4 août 1901 et mort à New-York le 6 juillet 1971, est élevé par sa mère Mayann, une quasi-prostituée, et sa grand-mère Joséphine. Il forme très jeune un quartette vocal qui chante dans les rues de la Nouvelle-Orléans.

Pour avoir tiré un coup de revolver chargé de balles à blanc durant la nuit du 31 décembre 1912, il est envoyé  dans un foyer d’enfants abandonnés, le waifs Home et entre dans l’orchestre de la maison  ( dirigé par Peter Davis). Il y joue du tambourin et de divers instruments  avant d’adopter le cornet à pistons. À sa sortie, il commence à jouer dans les cabarets de Storyville, quartiers de prostituées et de bordels de la Nouvelle-Orléans, il y reçoit les conseils de Joe « King » Olivier, cornettiste célèbre avant lui (1914). Il entre dans l’orchestre du tromboniste Kid 0RY (1919), puis sur les river boats (bateaux de plaisance),  dans celui de Fate Marable (1918-1921). Il rejoint King Oliver à Chicago avec qui il enregistre ses premiers disques (1923). Il est engagé par Olli powers puis, à New-York, par le chef d’orchestre Fletcher Henderson (1924). Il accompagne de nombreuses chanteuses de blues : Ma Rainey, Trixie Smith, Clara Smith», Bessie « l’impératrice» Smith.

 À Chicago, il enregistre ses premiers disques en tant que leader à la tête de  son orchestre « Hot five » (1925-1926) puis les « Hot seven » (1927), effectuant également une série d’enregistrements. Les meilleurs de sa longue carrière, les plus créatifs selon les spécialistes : à New-York, en vedette, il est accompagné par l’orchestre de Louis Russel (1929). Sa renommée s’étend sur tous les États-Unis. Il apparait pour la première fois  au cinéma dans le film « Flame ». À la tête  d’un grand orchestre, il parcourt les États-Unis. En 1932, il s’embarque sur le « Majestic » pour l’Europe, où il tient la vedette au Palladium de Londres. Il fait un nouveau voyage en Europe, au cours duquel  il se produit à la salle Pleyel (1934).

Rentré aux États-Unis, star  nationale et mondiale, il tourne dans divers films dont « Pennies from Heaven », avec le chanteur-acteur baryton blanc Bing Crosby, avec  qui il fera une série de shows télévisés. Louis Armstrong est fêté sur tous les continents. On apprécie le trompettiste aux géniales improvisations, aux notes attaquées typiquement, qui a amené un peu plus  de justesse dans le jazz. C’est le premier génie reconnu à l’unanimité, fils de la Nouvelle-Orleans. Chanteur prodigieux, à la voix atypique, scatman. C’est un amuseur audacieux et adoré : « C’est si bon», «La vie en Rose», «Hello Dolly», « Heebie Jeebies ou delirium tremens’», «What a Wonderful World», «Solitude», «It don’t mean a thing».

Les musiciens noirs futurs, et ceux du «Free Jazz » lui ont souvent repproché d’être le clown, voire l’oncle Tom des Blancs ; avec l’image du bon vieux nègre comique montrant toutes ses dents, content de son sort et d’amuser la galerie.

Louis Armstrong est le premier véritable soliste de jazz, se présentant à l’avant-scène, laissant à ses partenaires le seul soin de lui fournir un accompagnement ou background  adéquat.

C’est Louis Armstrong qui, tout de même, fit exploser la coutume d’un jazz confiné dans ses inventions sur-le-champ, très limitées, et qui a débridé le système de l’improvisation avec ses «Hot five» et «Hot seven».En fait il a inventé la forme du jazz connue jusqu’aujourd’hui.

Il a abandonne le grand orchestre pour se produire jusqu’à la fin de sa vie, à la tête de son « All Stars », pléiade de bons musiciens en petite formation. Armstrong, phénomène musical, est resté célèbre jusqu’à sa mort survenue le 6 juillet 1971, des suites d’un cancer. C’est un phénomène, disons-nous, pour nous répéter, à l’image impérissable.

Références : « Dictionnaire du jazz- Bouquins » ; « Le grand livre du jazz », J.E Berendt-rocher

Roland Léonard
Auteur


Réagir à cet article