Au Palais de Justice

Qui est responsable du dysfonctionnement du système judiciaire ?

Publié le 2021-01-13 | Le Nouvelliste

Le monde de la basoche avait cru que tout était fini, qu'il n’y avait plus de grève et qu’on allait reprendre les bonnes habitudes, c’est-à-dire la vie des Chambres. Des avocats pensaient même qu’ils allaient enfin enfiler leur toge, solliciter la parole aux juges qui pouvaient faire droit ou non à leur demande. Voilà que des greffiers viennent d’administrer un coup fatal en reprenant le mot d’ordre de grève. Avec l’annonce de la reprise, c’est une fois de plus la paralysie quasi totale des activités au sein des tribunaux de paix et de première instance des dix-huit juridictions de la République.

Cette année judiciaire risque de connaître le même sort que les deux précédentes. Dire que les responsables des juridictions commençaient à planifier un certain nombre d’activités en vue du bon fonctionnement de leurs juridictions respectives. Certains avocats qui avaient l’intention de fermer les portes de leur cabinet étaient contents de la nouvelle très réjouissante de la reprise des activités. Contre toute attente, cette annonce de maintien du mot d’ordre de grève est une surprise désagréable. Il faut dire que depuis quelque temps, c’est la même rengaine : les tribunaux ne peuvent fonctionner normalement comme autrefois. Les plaideurs n’arrivent pas à évacuer les dossiers de leurs clients.

À défaut de turbulences politiques, ce sont à présent les grèves en série qui bloquent le fonctionnement de la machine judiciaire. Cette situation, à n’en pas douter, entraîne de graves conséquences sur l’appareil judiciaire, quand on sait qu’il y a des gens qui croupissent en détention depuis plusieurs années, qui espéraient comparaître devant une juridiction répressive de jugement.

Or, depuis quelque temps, la justice haïtienne laisse à désirer. On ne sait vraiment quoi faire. Les arrestations se poursuivent sans se soucier des conditions de détention ni dans les commissariats ni dans les centres carcéraux. Avec la levée de la grève, les tribunaux de première instance surtout avaient commencé la planification en vue de la reprise des audiences ordinaires et publiques de tous les jours ouvrables. Mais des greffiers, pour des raisons inavouables et inavouées, ont relancé le mot d’ordre de grève. Notons toutefois que ces derniers sont divisés sur cette affaire, car ils ne sont pas tous d'accord.

Selon certaines informations que nous avons recueillies, le syndicat des greffiers avait rencontré le ministre de la Justice et de la Sécurité publique qui est leur supérieur hiérarchique. C’est lui qui nomme et révoque. Il faut dire aussi que la décision de lever la grève avait fait suite à la rencontre entre le ministre Rockfeller Vincent et les greffiers. Il était même question que le gouvernement devait se pencher sur leur sort en leur offrant de meilleures conditions de travail : salaire décent, carte de débit, entre autres.

Puisque le ministre de la Justice et de la Sécurité publique est leur supérieur hiérarchique, n’ont-ils pas peur d’être sanctionnés ? Parce que Me Vincent, quand il parle, menace et frappe le poing sur la table. Alors messieurs, attention !

Afin de trouver un dénouement heureux à la crise, le ministre de la Justice avait rencontré également le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, le juge Bernard Saint-Vil, la bâtonnière de l'ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Marie Suzie Legros, et le secrétaire de l'ordre, dudit barreau Me Robinson Pierre-Louis.

Jean-Robert Fleury Auteur

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