Une grève à l’heure des débats sur la détention préventive prolongée

Ce mardi marque 11 années depuis que le palais de Justice de la rue de la Réunion s’est effondré suite au passage du meurtrier séisme du 12 janvier 2010. La justice ne s’en est jamais, semble-t-il, remise de ses émotions. Aujourd’hui, alors que le ministère de la Justice organise sa deuxième journée de réflexion dans le cadre d’un atelier national pour lutter contre la détention préventive prolongée, les greffiers et les commis parquet entrent en grève pour exprimer leur ras-le-bol quant à leur traitement par les autorités judiciaires.

Publié le 2021-01-13 | Le Nouvelliste

Ce mardi 12 janvier 2021, certains pleurent des morts, des parents disparus sous des décombres, des enfants enfouis dans des fosses communes et des proches lacérés vifs. D’autres pleurent aussi des proches qui croupissent dans des prisons depuis plusieurs années à cause de la nonchalance des acteurs étatiques et/ou de la chaîne pénale. Probablement des innocents. Pourtant ces acteurs qui, en 2017 et en 2019, avaient promis monts et merveilles aux greffiers, organisent trois journées de discussion sur la détention préventive prolongée sans la participation active des greffiers qui cessent toute activité aujourd’hui.

« Je pense qu’il est possible de sortir du bourbier. Toutefois je suis persuadé qu’on prendrait les commissaires du gouvernement et les greffiers en considération si l'on voulait s’attaquer aux problèmes », estime le greffier Aîné Martin, fer de lance de cette grève. Selon lui, le ministère de la Justice ne les a pas invités à dire leur mot à ce forum. De plus, il dit croire que le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) devrait être partie prenante de cet atelier. Le CSPJ est invité à y participer à titre d’observateur, selon les dires du responsable de communication.

« Ils disent lutter contre la détention préventive prolongée alors que la cour d’appel est paralysée depuis trois ans. Les greffiers, les commis parquets et les commissaires du gouvernement subissent toutes sortes de discriminations. C’est regrettable que ce soit les auxiliaires de justice qui réclament justice quotidiennement et que les autorités choisissent de faire la sourde oreille face à ceux qui peuvent contribuer à administrer la justice », déplore le président de l’Association nationale des greffiers haïtiens (ANAGH).

Face aux multiples promesses non tenues quatre années de suite, les greffiers et les commis parquets des 18 juridictions du pays observent donc une nouvelle grève dont la durée reste indéterminée. L’ANAGH avait dit prendre acte que le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, en tant qu’organe régulateur de la justice, n’avait fait preuve d’aucune sensibilité pour les gens qui sont assoiffés de justice, pratiquement les prisonniers qui sont écroués dans les centres carcéraux du pays. Le silence du ministère en témoigne, de l’avis des greffiers.

Les grèves constituent certainement un facteur d’aggravation de la détention préventive prolongée. À plusieurs reprises des périodes d’assises ont été écourtées à cause de ces mouvements réalisés pour réclamer une revalorisation salariale, l’octroi de cartes de débit et d’autres avantages. Les greffiers, eux, luttent surtout pour un statut qui devrait leur accorder plus de valeur.

Actuellement les représentants du ministère public qui gagnent moins qu’un juge de paix ont observé une trêve. Les juges ne réclament plus le transfert du budget d’investissement au CSPJ afin de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire. Les séquelles du cataclysme du 12 janvier 2010 ne sont donc pas les seules plaies à panser. Il faut aussi remédier à ces maux qui gangrènent la justice.

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