Didactique/ simplement… sans pontifier PAPJazz

Le jazz et ses éléments fondamentaux

Publié le 2021-01-11 | lenouvelliste.com

Roland Léonard

Du 16 au 23 janvier 2021, per fas et nefas, Haïti connaîtra une énième édition du festival de jazz de Port-au-Prince ou PAPJazz. Beaucoup de profanes sceptiques ou intrigués ne comprennent pas l’intérêt de cette musique ni ses composantes; ils n’y voient qu’un évènement mondain ou snob et trop savant pour le peuple. Sur ce dernier point, ils se trompent grandement : le jazz a d’abord été un genre issu du peuple, fait pour l’expression de sa joie, de sa douleur et de sa tristesse, de son amour de la danse ; il a évolué finalement vers plus de complexité pour laisser les salles de bal et aboutir aux boîtes ou les salles de concert, mais à l’origine, c’est bel et bien un produit nègre, oui, du peuple noir-américain.

Nous saisissons l’occasion  de cette nouvelle manifestation pour essayer de définir ce genre et ses trois principaux éléments fondamentaux :

Définition

Le jazz est une forme de musique artistique qui vit le jour aux États-Unis grâce à la rencontre des Noirs et de la musique européenne. L’instrumentation, les mélodies et les harmonies du jazz sont essentiellement issues de la tradition musicale occidentale. Par contre, le rythme, le phrasé et la production sonore, ainsi que les éléments de l’harmonie du «blues», sont dérivés de la musique africaine et de la conception musicale des Afro-Américains. Le jazz diffère de la musique européenne par trois éléments fondamentaux, qui visent à accroître l’intensité :

une relation particulière au tempo ou vitesse d’exécution, définie par le terme «swing» ;

une spontanéité et une vitalité de la production musicale dans lesquelles l’improvisation joue un rôle fondamental;

une sonorité et un phrasé qui reflètent la personnalité de l’exécutant.

Ces trois caractéristiques fondamentales dont les éléments essentiels se sont transmis - et se transmettent toujours- oralement d’une génération à l’autre, créent un climat de tension.

Les différents styles et les phrases d’évolution qu'a connus le jazz depuis ses origines se caractérisent en majeure partie par le fait que ses trois éléments fondamentaux acquièrent temporairement – selon le moment historique- une importance diverse et que la relation qu’ils entretiennent entre eux se modifie en permanence.

Le swing

Substantif et verbe anglais signifiant «balancement», « se balancer», devenu d’emploi extensif dans le langage et la littérature du jazz. Le swing inclut donc, comme nous l’avons dit, une relation particulière avec la vitesse d’exécution, qu’elle soit lente ou grande et rapide (le tempo). Dans le jazz orthodoxe, c’est un principe vital ; dans cette catégorie dès qu’il y a jazz ou tentative de jazz, la notion de swing l’accompagne : « Le swing vient-il à manquer, le jazz manque alors à lui-même ou n’est plus que son propre simulacre». Le swing n’est pas une affaire de solfège, d’écriture : on l’a en soi ou on ne l’a pas.

Mais les jazzmen n’ont pas été toujours fidèles à ce critère : pour des raisons commerciales et de survie, ils se sont souvent aventurés dans des compositions, genres ou mixtures qui swinguent bien peu, se contentant de palliatifs rythmiques et d’improvisations.

Le «free jazz» conteste ce critère, le mettant de côté, pour ne pas être limité dans ses explorations. Il le remplace par la notion de «pouls». Beaucoup d’artistes ont tourné le dos au «swing», privilégiant l’improvisation.

L’improvisation

Improviser, c’est par définition composer sur-le-champ sans préparation. Dans le cas de la musique, c’est inventer spontanément un solo ou un commentaire, généralement à partir d’un canevas qui vous laisse un espace pour le faire. Les premiers grands maîtres de la musique savante étaient, à côté de l’écriture, de grands improvisateurs. L’improvisation au fil des siècles a peu à peu disparu de la musique européenne savante.

Le jazz fait un grand usage de l’improvisation, mais il peut s’en passer. C’est toujours un élément de reconnaissance, mais il n’est pas toujours présent.

Grosso modo, on peut distinguer trois types d’improvisation :

la paraphrase qui modifie, sans l’effacer, le discours d’un thème proposé, procédant le plus souvent par l’ornementation simple de la mélodie ;

le tracé d’une autre mélodie, basée sur les accords conservés ou enrichis du thème premier ;

enfin la création libre ou libertaire (sans référence à aucun canevas harmonique, comme le propose assez souvent le «free jazz» ou « New-Thing»).

La sonorité et le phrasé

La sonorité est ce qui distingue en particulier le jazz de la musique traditionnelle européenne. Le musicien de jazz n’accorde pas d’importance à une conception conformiste et acceptée du son. La recherche d’un son personnel permet d’identifier spontanément l’interprète, par sa couleur instrumentale. C’est souvent un facteur d’originalité, de personnalité.

Le phrasé est la manière d’articuler les notes  et de les lier ou détacher, de privilégier telle ou telle figure de note (dans la conception européenne), telle ornementation dans son jeu personnel de soliste exposant et improvisateur. C’est encore là une marque de liberté et de personnalité du vrai et grand jazzman qui phrase comme il respire ou marche.

Ce sont là les trois éléments principaux caractérisant en gros le jazz. D’autres paramètres intéressants peuvent être pris en compte comme les rôles du blues, du ragtime, du gospel, du nngro-spiritual et du worksong, de l’harmonie et de l’arrangement. Ils demandent d’être traités à part.

Nous invitions les amateurs et les curieux à cette nouvelle édition du PAPJazz

Bibliographie

Dictionnaire du jazz – Bouquins- Robert Laffond – Carles, Clergeat, Comolli.

Le grand livre du jazz : Joachim – Ernst – Berendt- Rocher

Roland Léonard
Auteur


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