Le calme plat de janvier

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Publié le 2021-01-12 | Le Nouvelliste

Les échos qui nous parviennent sont ceux d’une accalmie. Au marché de Pétion-Ville, les rangées de marchandes ne se forment plus. Les camions de livraison n’obstruent plus les devantures des magasins, les commandes ayant diminué. En ce début du mois de janvier, c’est le calme plat. La fièvre de Noël et de fin d’année est retombée. Mais c’était prévisible. On se coupe les cheveux en quatre pour respecter la tradition. Par exemple, on se fera un point d’honneur pour remplir le panier de la ménagère. Et ce n’est pas qu’une image. À la maison, la dévouée dame qui fait les courses revient du marché avec une sacoche débordante de produits alimentaires. Parmi les produits carnés, la dinde est privilégiée. À propos, que coûte une dinde ? lui demandé-je. Le prix varie. Le marchand, la marchande peut lancer le chiffre de trois mille gourdes. C’est à l’acheteur de faire une offre.

Le deuxième jour de l’an se prête également à ces retrouvailles. J’allais oublier : de la liqueur à base d’alcool de canne ou de crémasse est servie en apéritif. Il y en a qui préfèrent le vin, sauf que le vin est importé et que la liqueur et la crémasse participent de l’effort de produire local et consommer local. C’est un autre débat, mais régulièrement alimenté dans les colonnes du journal ou dans les conversations. Pour le moment, disons que tout bien importé nécessite une sortie de devise dollar. Tandis que, avec la production locale, la gourde est suffisante. De toute façon, on ne pourra pas se lancer dans la substitution aux biens importés. La raison : nous n’avons pas de vignobles, ainsi la viticulture n’est pas une préoccupation pour nos agriculteurs.

Revenons au sujet initial : les poches sont vides après la débauche consumériste des fêtes de Noël et de fin d’année. Sauf que le monde du travail a bénéficié du « double gage ». Effectivement avec le boni—véritable acquis social—le salarié dispose d’un supplément de pouvoir d’achat. Vite englouti dans la consommation. Autre aspect : c’est la période des cadeaux, des dons auxquels le sociologue français Marcel Mauss fut très attaché. Les maisons de commerce ont investi dans une campagne publicitaire pour attirer et appâter la demande. Celle-ci ne se fait pas prier pour accomplir des actes de consommation, effectuer des emplettes.

Malheureusement, la grande majorité n’a toujours pas accès à la consommation de masse. Faute de revenus. Une chose est acquise : dans la classe moyenne on dépense. Pas autant qu’on le voudrait mais on dépense. Pour la saison des fêtes, malgré la peur au ventre lors des sorties, on s’est engouffré dans les supermarchés et les magasins. Quand arrive janvier, on marque forcément une pause. Par épuisement des moyens de paiement. Le calme plat de janvier était prévisible, mais il survient dans une pénurie de carburant qui dure depuis 11 jours. Tant que les automobilistes éprouvent de la difficulté à faire le plein, on ne peut pas se faire une idée exacte de l’accalmie de début d’année. L’activité économique marque une pause à pareille époque. Une observation récurrente.

Jean-Claude Boyer

Vendredi 8 janvier 2021

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