Ce totem et moi, deux rescapés du tremblement de terre

Publié le 2021-01-11 | Le Nouvelliste

Ce totem et moi sommes deux rescapés du terrible séisme du 12 janvier 2010, qui fit 250 000 morts en Haïti. Quand j’en parle, j’ai encore de la chair de poule. 

Le building de la SODEC, qui se trouvait non loin du Collège Canado-Haïtien et de l’église Saint-Louis Roi de France, s’était effondré sur une dizaine de mes totems en exposition, ainsi que quelques toiles en phase de vernissage. Une perte sèche, si je peux m’exprimer ainsi. 

Le présent totem, réalisé en 2006, le seul de la série, qui existe encore, et que je suis en train de retoucher, après quinze-ans de réalisation, appartient à l’expert-comptable haïtien bien connu, Joseph Paillant, grand collectionneur d’art. Son building du BucoFisc, situé au 329 de l’avenue John Brown, a été épargné de cette catastrophe effroyable d’il y a onze ans, et c’est ce qui sauva ce totem, placé depuis, en haut de l’escalier reliant le rez-de-chaussée au premier étage.

Je me souviens avec nostalgie de cette première exposition de totems, financée par la FOKAL, réalisée à Moulins-sur-Mer, en 2006, dans le cadre d’une activité écologique organisée par le ministère de l’Environnement. De ces œuvres, il ne reste que celle-ci à laquelle j’essaie de donner une nouvelle vie, en cette onzième année de commémoration du séisme. Quant à moi, personnellement, sauvé de justesse au Ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes, je n’ai jamais oublié ces derniers moments passés avec la directrice générale, Myrna Narcisse Théodore, à son bureau, avant qu’un appel téléphonique, attendu en vain, depuis la matinée, ne m’eût obligé de prendre congé momentanément d’elle pour aller rencontrer quelqu’un en urgence aux abords de Rex Théâtre. C’est le cas de dire que ma vie ne tenait qu’à un fil. 

À part Myrna, j’ai une pensée spéciale aujourd'hui pour Myriam Merlet, née à Beaumont comme moi, aussi bien pour mon ancien professeur de français, Me. Harry Balmyr, partis tous trois ce jour-là. Ce sont pour moi autant d’œuvres perdues, demeurées irremplaçables.

Mérès Weche Auteur

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