Edner Germain, entre fer et technique mixte

Publié le 2021-01-07 | lenouvelliste.com

Lauréat du prix artistique Georges Liautaud 2020 du village artistique de Noailles, Edner Germain est bourré de talent. Ses différentes pièces, telle que « Covid-19 », témoignent de son énergie créatrice et de sa passion sans borne  pour le fer découpé et la technique mixte.

Covid-19 est une pièce qui représente  le virus tourbillonnant comme le globe terrestre. Il  attaque nos organes et  fait des milliers de morts. La pièce, visuellement, dit ce qu’il y a de plus vrai et de plus classique sur la maladie. Mais l’originalité d’une telle pièce réside dans le fait qu’elle est réalisée à partir du fer découpé et d’une technique mixte. En ce sens, le jeune artiste fait intervenir d’autres matières afin de donner un rendu plus singulier et esthétiquement étonnant. 

Dans une pièce d’Edner Germain, on peut apercevoir des chaînes et d’autres éléments propres aux motocyclettes, au fer et à tant d’autres matières récupérées. Il en fabrique des horloges, des poulies, des créatures mythiques, des musiciens et d’autres formes qui éclatent dans son imagination.  Certains de ses personnages  de fiction font penser à quelques œuvres de Willems Tégénis, un artiste qui fabrique des têtes multiformes à partir des bombonnes d’essence. 

Chez Germain, chaque pièce est un tour de force. L’artiste doit à la fois récupérer les objets et penser lesdits objets hétéroclites sous une forme artistique. La façon dont ses œuvres sont constituées témoigne du talent de ce jeune artiste. Visiblement, l’art est pour lui  un moyen de sortir de sa zone de confort afin d’explorer d’autres  formes de réalité, spirituelles et symboliques. Pour ses différentes réalisations, cet artiste de 24 ans a créé du neuf en aiguisant de son imagination et d’un régime esthétique particulier où le beau est une question d’agencement.

Initié dans l’art traditionnel du village  par le sculpteur Pierre Claude, Edner est un artiste qui croit notamment que l’art peut l’aider à changer  sa condition matérielle d’existence, mais en même temps celle de sa communauté. 

Passionné et fougueux,  Edner Germain, malgré l’insécurité qui secoue Haïti et la terreur au quotidien, n’a pas peur de sillonner toute une ville à la recherche d’un élément manquant pour la réalisation d’une œuvre. Il croit certes dans le talent mais il se passionne du travail. Il peut passer plusieurs  heures pour mettre au point un  petit aspect  dans l’expressivité de ses personnages. Pour lui, l’art est aussi et surtout une affaire d’organisation. « Un artiste doit savoir organiser son univers mental mais aussi  les pièces dans leur réalité concrète,  physique et matérielle », a-t-il souligné.

Wébert Pierre-Louis webertpierrelouis94@gmail.com
Auteur


Réagir à cet article