Tu ne mourras pas, tu vivras!

Publié le 2021-01-07 | Le Nouvelliste

Ô toi, mère de la liberté et source d’inspiration pour toutes les autres nations qui rêvaient de goûter à cette liberté tant convoitée.

Aujourd’hui, tu pleures le jour comme la nuit, tes larmes te servent de nourriture et tu n’as personne sur qui compter. Ceux et celles que tu as accueillis à cœur et à bras ouverts hier, se sont mis avec tes oppresseurs, une fois parvenus à leurs fins, pour exploiter tes richesses et t’appauvrir.

Tu deviens misérable, au grand concert des nations. Ta voix est presque toujours inaudible et quand elle ne l'est pas, tu sonnes faux. Tes propres fils et tes propres filles t’ont vendue pour des miettes, faisant de toi une mère anémique au visage cadavérique.

Tes villes deviennent des cimetières à ciel ouvert et tes rues des sites d’enfouissement, tes jeunes filles et tes femmes deviennent des proies privilégiées de prédateurs agissant au vu et au su des autorités qui détiennent le monopole de la violence. Tu n’as plus de loisirs : pas de salles de cinéma ni de salles de spectacle. Tes plages et tes restaurants sont déserts.

Tes prisons sont surpeuplées et regorgent d’innocents tandis que des bandits légaux font la loi et circulent sans aucune crainte. Les magistrats assis et debout ont les yeux non bandés, les oreilles hermétiquement fermées et la bouche cousue.

Ton peuple tout entier gémit…Travailler devient un luxe, tes filles doivent se prostituer pour décrocher un bon emploi. Tu ne peux compter le nombre d’enfants monoparentaux qui demandent l’aumône en pleine rue, même s’ils ne sont pas en sécurité.

Dans ta détresse, tu t’adresses à tes élites, mais elles brillent par leur absence et leur silence. Les églises semblent impuissantes ou leurs prières ne sont pas exaucées. Les hommes politiques ne pensent qu’à leur ventre, les gens de la classe économique ne s’intéressent qu’à leur profit, les journalistes n'ouvrent leur micro qu'au plus offrant, les parlementaires monnaient leur vote, la justice est remplacée par l'exaction,  les gangs et les policiers forment des jumeaux siamois. Entre-temps, le peuple est abandonné à lui seul et croupit dans la misère.

Le Corps groupé te dit qu’il entend tes cris et tes gémissements, mais au fond il jubile, car il en profite pour placer ses pions et ses bottes de fer sur ton  cou, t’empêchant ainsi de respirer.

Même si tu deviens la risée de tes contemporains, sèche tes larmes, arme-toi de courage et garde l’espoir, car de tes cendres surgiront de vrais visionnaires, de vrais patriotes, de vrais leaders incorruptibles, de vrais petits-fils de Toussaint Louverture, de Dessalines, de Christophe et de Dumarsais Estimé, qui travailleront d’arrache-pied pour redorer ton blason et hisser à nouveau ton bicolore de dignité sur le podium du concert des nations.

Patriotiquement

Carl-Henry Désir

Enseignant, Montréal, Québec

Auteur

Réagir à cet article