URGéo: étude du risque sismique à Fond-Parisien

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Publié le 2021-01-12 | Le Nouvelliste

« Ce travail de recherche a permis de distinguer, pour Fond-Parisien, des zones où l’on peut très bien construire. Celles-ci sont localisées dans la partie nord et englobent le parc Quisqueya et les terrains situés à l’est de ce parc ainsi que le village "La Source" dans la partie sud. Cependant, de potentiels risques d’inondation doivent être pris en compte dans le village. Dans le reste de Fond-Parisien, soit la partie centrale et la partie sud, on devrait construire avec prudence en tenant compte de la forte influence de la faille d’Enriquillo et des couches de sédiments fins sur l’amplification du mouvement sismique ». Ainsi se conclut la thèse de doctorat de Sophia Ulysse sur le risque sismique à Fond-Parisien.

La catastrophe du 12 janvier 2010 a dévoilé plusieurs décennies d’anarchie en Haïti et à Port-au-Prince en particulier. Nous nous sommes rendus compte de la pire des manières de nos mauvaises pratiques de construction et de l’occupation de l’espace. Au lendemain du 12 janvier 2010, le débat battait son plein sur que faire de Port-au-Prince, cette ville construite anarchiquement. Devrait-on détruire les maisons mal construites et les reconstruire en mieux ? Et les maisons mal positionnées, devrait-on les démolir tout bonnement ? Quel serait le coût le l’opération ? Rien qu’en posant ces quelques questions, on voit qu’il s’agirait d’une opération gigantesque et délicate qui poserait forcément des problèmes sociopolitiques majeurs. Pourtant, il y a eu de grandes promesses de reconstruction. Les autorités se sont-elles posé les bonnes questions ? Jusqu’ici, la reconstruction reste un slogan, et même le nouveau code de construction élaboré par le ministère des Travaux publics en 2012 reste sans application.

Face à la complexité de la reconstruction, d’autres opinions vont carrément dans le sens du déplacement de Port-au-Prince. Si aucun plan ne semble être retenu par l’État haïtien, les constructions anarchiques continuent de plus belle et l’extension de la ville avance à grands pas. La communauté scientifique haïtienne s’est penchée sur la question et anticipe une extension vers l’est. Ces nouvelles agglomérations feront-elles face à un risque sismique moins élevé qu’à l’ouest ? L’Unité de recherche en géosciences (URGéo) de la Faculté des sciences de l’UEH a étudié le risque sismique local à Fond-Parisien, zone probable d’extension de la capitale. L’étude menée par Sophia Ulysse a fait l’objet d’une thèse de doctorat réalisée en cotutelle entre l’UEH et l’université de Liège en Belgique.

Cette thèse intitulée « étude des zones faillées et des formations superficielles de Fond-Parisien et Gros-Morne en Haïti à partir de méthodes géophysiques, géotechniques et microsismiques en vue d’évaluer le risque sismique » a été soutenue le 21 décembre 2020 au local de l’URGéo devant un jury international qui, Covid oblige, était majoritairement en visioconférence.

Bien qu’on sache que la presqu’île du Sud, y compris la plaine du Cul-de-Sac sont à haut risque en raison de la présence du système de failles d’Enriquillo, étudier des morceaux du territoire est très important pour des cartes de risque précises dans une perspective d’aménagement du territoire. Dire « Haïti est un pays tropical qui reçoit beaucoup de pluie par an » ne suffit pas. Quand on étudie le territoire haïtien en détail, on s’aperçoit qu’il y a des microclimats : des zones plus ou moins humides (surtout dans les département du Nord et de la Grand’Anse), mais aussi des zones arides (surtout dans le Nord-Ouest). Ces détails sont donc importants pour les cartes de risque d’inondation.

Revenons au risque sismique. Sophia Ulysse a caractérisé les 15 premiers mètres du sol sous les habitations et évalué les réponses aux ondes sismiques de chaque couche de sol rencontrée. Le changement de comportement des ondes sismiques en fonction des milieux traversés porte le nom d’effet de site.

Plusieurs méthodes combinées ont permis une échographie précise du sous-sol de Fond-Parisien. L’on pouvait voir que les ondes sismiques y avaient le plus souvent de faibles vitesses de propagation. Ici, faible vitesse n’est pas synonyme de faible risque sismique. Des ondes se propageant faiblement ont tendance à être piégées et amplifiées, ce qui augmente les secousses. Le Dr Ulysse a interprété ce résultat par l’activité tectonique, la présence de sédiments fins et par l’infiltration et le stockage d’eau saumâtre dans les couches souterraines.

L’amplification des ondes sismiques peut aussi être due à la morphologie de certaines montagnes, comme cela a bien été mis en évidence dans cette thèse sur le site de Gros-Morne, une petite colline entièrement construite et située plus près de Port-au-Prince. Ces travaux de l’URGéo, en collaboration avec le Bureau des mines et de l’énergie, sont déterminants pour améliorer et mettre à jour la carte de microzonage sismique de Port-au-Prince.

Newdeskarl Saint Fleur newdeskarl@gmail.com Auteur

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