Les préoccupations économiques du moment

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Publié le 2021-01-05 | Le Nouvelliste

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

En 2020, les prix à la pompe ont enfin baissé. Après une longue attente. Même quand le barril de brut baissait considérablement sur le marché mondial, les autorités haïtiennes se refusaient à suivre le mouvement. La raison : les droits perçus sur le gallon de gasoline garnissent le trésor public. Les syndicats de transporteurs espéraient une baisse plus importante, mais le gouvernement n’a pas été en-deçà de 201 gourdes le gallon. Une réduction de 24 gourdes. Dans les jours suivants, le kérosène a, pour la 2e fois, été ramené à la baisse. Ainsi que le prix du gallon de diesel.

Depuis, les prix n’ont pas bougé. Mais n’oublions pas que le ministre des Finances n’a pas cessé de prévenir qu’au fil des arrivages les prix fluctueront. Façon de dire que les prix peuvent être, à tout moment, révisés. À la hausse ou à la baisse.

Tout cela est survenu dans la foulée de l’appréciation de la gourde en septembre 2020. Contre toute attente, la monnaie haïtienne s’est redressée par rapport au dollar. De 120 gourdes pour un dollar, le change a fléchi de moitié, passant à 60 gourdes. Prenant de court les spéculateurs. La Banque de la République d’Haïti (BRH) jouant le rôle de Banque centrale attribue ce spectaculaire renversement de tendance à sa décision d’injecter 150 millions de dollars dans le système financier. D’autres observateurs croient que la menace de manifester devant les succursales de banques y est pour quelque chose dans l’appréciation de la gourde. William Savary, économiste, croit que dans l’entourage présidentiel il y avait deux camps : l’un s’attachant au dollar et l’autre percevant leurs revenus en gourde. Enregistrant trop de pertes de change, le second, ayant l’oreille du président, a fini par l’emporter dans ce genre de tractation. D’où la chute du dollar. Que faut-il croire dans ce genre de révélation ?

Malheureusement, dans l’opération de redressement de la gourde, les bénéficiaires de transferts de migrants sont floués. La BRH ayant décidé que dès le 3 novembre 2020 les transferts devaient être payés en gourde. Les sous-agents dans les maisons de transferts dénoncèrent la mesure, ils manifestèrent une fois dans les rues pour obtenir le retrait de la circulaire 114-1 après avoir tenu leurs guichets fermés. Rien n’y fit. La BRH ne recula pas. Dr Réginald Boulos, homme d’affaires et leader du Mouvement pour une troisième voie (MTV), y voit là une grande injustice. Comme en Haïti les chefs n’écoutent pas, font la sourde oreille, le problème reste entier. Un point négatif en 2020.

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Point positif : la baisse du propane constatée au début de 2021. Le ministre Michel Patrick Boisvert reconnaissait que le prix du gaz propane était à un niveau trop élevé et qu’on devait s’attendre à sa décélération. C’est chose faite : le consommateur paie désormais la bonbonne de 25 livres ou de 5 gallons à 900 gourdes au lieu de 1000 gourdes, économisant ainsi 100 gourdes.

Revenons au regain de force de la gourde en septembre 2020. Les prix à la consommation avaient fini par fléchir. L’automatisme a pris du retard mais a fini par jouer. Un ami commerçant nous confiait que les commerçants feraient mieux de jeter du lest en donnant satisfaction au peuple. En effet, les gens, les ménages, surtout les petites bourses n’en pouvaient plus avec une forte inflation causée par un change défavorable. Les prix fléchirent, effectivement.

Cependant, on ne s’attendait pas à ce que la spéculation reprenne de plus belle. La BRH n’avait pas prévu que sur le marché parallèle le change reparte à la hausse. De sorte que sur le marché formel, c’est-à-dire les banques le taux de change soit contenu entre 62 gourdes et 68 gourdes. Pendant que la même BRH affiche un taux de référence de 73 gourdes. On attribue cette hausse du change à la forte demande de dollars en décembre pour les besoins d’importation. Mais au niveau des banques commerciales elles-mêmes on enregistrait une rareté de dollars. Bref, les dollars étaient introuvables. Encore une fois, pour calmer les esprits la BRH annonçait pour janvier 2021 une nouvelle injection de 150 millions de dollars sur le marché. Le gouverneur Jean Baden Dubois affichant sa détermination à venir à bout de ces poussées spéculatives. De toute façon, les réserves en devises sont fortes, rassure-t-il, la BRH maintiendra ainsi le cap et ne reculera pas devant les menées des spéculateurs.

L’année 2020 s’est achevée en demi-teinte. L’inflation a été contenue dans des limites raisonnables. Du côté du ministère de l’Économie et des Finances, et de la BRH, des dispositions sont prises pour contrôler le déficit budgétaire. Le ministère du Commerce et de l’Industrie ne démord pas pour forcer les commerçants à afficher leurs prix en gourde, etc. Par-dessus tout, le choix est à faire entre le statu quo et la dédollarisation complète. Manifestement, les autorités veulent limiter l’emprise du dollar dans les transactions internes, mais cette prépondérance ne peut être contrebalancée que par la relance de la production. Produire local devient plus que jamais un impératif. Les importations créent un besoin incessant de dollars. Le dilemme est là. Le cercle vicieux se forme et il est urgent d’en sortir.

Jean-Claude Boyer

Lundi 4 janvier 2021

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