« L’État doit faire du numérique un axe stratégique pour le développement social et économique »

A l’heure actuelle, aucun Etat du monde n’échappe au développement du numérique. Les dirigeants du monde, conscients des enjeux des technologies, s’y investissent, cherchent à s'accommoder, en tirer un profit considérable, afin d’être compétitifs dans le marché. L’avènement brutal de la Covid-19 montre davantage la nécessité de s’y adapter si l’on veut rester dans la ligne. De notre côté, ce secteur ne semble pas constituer une priorité de l’Etat haïtien visiblement en état de somnolence. Pourtant, « Haïti a beaucoup à faire dans le secteur numérique… », estime Jean Marie Altéma, ancien directeur du Conseil national des télécommunications (CONATEL).

Publié le 2020-12-16 | lenouvelliste.com

Il intervenait, jeudi 10 décembre, à une soirée organisée pour honorer et récompenser certaines personnalités et institutions qui font des efforts pour faire développer le numérique en Haïti. Le responsable de Profit Development Consulting, Jean Marie Altéma, organisateur de l’événement, estime que « l’État doit faire du numérique un axe stratégique pour le développement social et économique ».

Pour l’ancien directeur de Conseil national des télécommunications (CONATEL), le progrès technologique dont Haïti rêve doit concerner tous les acteurs : l’Etat, le secteur privé, la société civile, l’Université et les médias. « Aucun de ces secteurs ne peut à lui seul engager et réussir la transformation digitale d’Haïti. La conjugaison de tous les efforts est nécessaire pour réussir ce pari. Et quand je parle de partie prenante, je parle de vous, de ce que vous faites, de ce que vous êtes en train de faire Universités, médias en ligne, entreprises de développement, entreprises d’intégration technologique, banques, fournisseurs d’accès à internet, start-up et autres », soutient Jean Marie Altéma, 

« Haïti a beaucoup à faire dans le secteur numérique, on doit l’admettre », reconnaît l’ancien responsable qui croit que tout n’est pas perdu. « Nous étions parmi les meilleurs de la région Amérique latine et Caraïbes dans le domaine des télécommunications, après les États-Unis et le Canada, notamment avec la création de la TELECO et la station terrienne de télécommunications à Sabourin (Cabaret) qui assurait les communications via satellite. A travers ces installations, les haïtiens pouvaient suivre en direct la retransmission des matchs de la coupe du monde de football à laquelle Haïti avait pris part en 1974. Cette station avait servi de relais à divers pays de la région. Le réseau de transmission de la TELECO comprenait des faisceaux hertziens, des tronçons de câbles coaxiaux au niveau des villes et d’une double boucle de fibre optique (d’une longueur de 100 km environs) dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince », se souvient-il.  

Aujourd’hui, plus que jamais, Jean Marie Altéma croit qu’il doit exister un canal d’échanges sûr entre l’État et les autres parties prenantes. Il faut développer un nouveau modèle pour s’assurer de l’adoption du numérique par la population et encourager l’investissement privé dans ce secteur.  Et, ajoute-t-il, les infrastructures technologiques doivent êtres abordables et accessibles aux citoyens quelle que soit leur position géographique. Des mesures fiscales adaptées sont nécessaires pour permettre à tous les familles, les professionnels, les petites et moyennes entreprises, moteur de notre économie, d’avoir accès aux outils technologiques pour assurer leur croissance et leur transformation, exhorte l’ancien DG du CONATEL qui invite l’Etat à faciliter le progrès technologique et qui accompagne les jeunes qui veulent innover et contribuer au développement numérique dans leur communauté. 

« Nous ne pouvons pas engager les chemins d’hier qui n’ont pas conduits à la croissance économique »

Pour Jean Marie Altéma, la fiscalité doit encourager l’investissement et l’innovation dans le pays. « Le coût d’un ordinateur portable ou de bureau est trop élevé. Il reste un objet de luxe pour les jeunes étudiants et les jeunes professionnels qui désirent se former davantage. Ils ne sont pas accessibles à une large partie de la population. L’investissement dans les infrastructures de réseaux à très haut débit peut être un vecteur important de croissance et de promotion de l’innovation. La qualité du service internet et de téléphonie mobile laisse à désirer ».

Avec les avancées qui se pratiquent dans le domaine, l’ancien DG du Conatel recommande le développement de nouveaux modèles mettant le citoyen au centre de tous les intérêts. Il faut, selon lui, une infrastructure résiliente qui soit essentielle pour parvenir au développement durable et à l’autonomisation des communautés, selon l’objectif 9 de développement durable.

Tirer les leçons de la Covid-19 ?

S’il y a un élément positif que nous devrions tirer du Coronavirus, c’est qu’il nous permet de voir nos grandes faiblesses dans plusieurs domaines, notamment le numérique. Or, pour Altéma, le pays n’a pas su profiter des circonstances ni tiré les leçons pour engager des consultations publiques, asseoir de nouvelles bases pour la modernisation des services publics et créer un environnement propice à la croissance et au développement du secteur technologique.  Même l’Université, en tant qu’espace de réflexion, n’est pas consultée. 

Pourtant, observe ce passionné de la technologie, le monde est en train de se transformer. « On ne peut pas courir le risque de ne pas faire le bon choix stratégique vers les nouvelles réalités : l'intelligence artificielle, la robotique, l’impression 3D et j’en passe. Nous devons justement accompagner ces réflexions d’un arsenal juridique adapté à notre époque », conseille Jean Marie Altéma, afin de rappeler que, compte tenu de la réalité, nous n’avons pas le choix, si nous voulons moderniser l’Etat, rendre nos entreprises plus compétitives et encourager l’innovation. 

Lors de la soirée de la Tech, plusieurs personnalités et des institutions qui travaillent au développement du numérique en Haïti, ont été honorées. Pour Altéma, récompenser des acteurs pour leur accomplissement au profit du numérique est un acte noble, si on tient compte du contexte difficile dans lequel ces personnalités et institutions évoluent. Cependant, elles ont su tenir à leur engagement et développer une véritable passion pour le changement et le bien-être de la communauté haïtienne.



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