Au-delà d’Internet : repenser l’avenir d’Haïti grâce à l’économie numérique

Publié le 2020-12-16 | lenouvelliste.com

La pandémie de Covid-19 et la crise économique qu’elle a générée ont mis en lumière l’importance de l’accès à Internet et des compétences numériques. Dans ce contexte, le manque de préparation à la conduite des affaires en ligne est clairement apparu et a élargi la fracture entre ceux qui ont accès au service internet à haut débit, entre autres.

L’accès à une connexion haut débit offre aux populations bien plus qu’une opportunité de naviguer sur Internet ou d’utiliser les réseaux sociaux : cela peut faire la différence dans des domaines aussi variés que la réponse aux catastrophes naturelles, l’éducation, la santé, les filets sociaux, la survie des entreprises et des commerces, et en matière de développement économique dans son ensemble. Certaines études montrent que pour chaque augmentation de 10 % de l’accès à la connexion à haut débit, les pays en développement pourraient voir leur PIB progresser de 0,5 % à 1,5 %.

En Haïti, le développement du numérique pourrait entraîner une réduction des inégalités à travers le pays. Avec une meilleure connectivité internet, les élèves du département des Nippes bénéficieraient du même accès aux apprentissages que ceux de Port-au-Prince. Les pêcheurs de Port-Salut pourraient consulter des données météorologiques avant de prendre le large, et les agriculteurs du Sud pourraient consulter des services de vulgarisation agricole, faire de la publicité sur les réseaux sociaux et trouver de nouveaux marchés. Pour l’ensemble de la population haïtienne, le développement du numérique permettrait d’accéder plus rapidement aux alertes en cas de catastrophe et de garder le contact avec leurs proches.

Cependant, à l’heure actuelle, le manque de connectivité d’Haïti limite la croissance et la compétitivité du pays : avec seulement 35 % de la population ayant accès à une connexion haut débit, le pays est loin de la moyenne régionale de 78 %. D’importantes inégalités existent aussi entre zones urbaines et rurales, et entre les sexes. Les filles et les femmes ne sont ainsi que 7 % à disposer d’un accès à Internet, soit le niveau le plus bas de la région. La vitesse de téléchargement est aussi sensiblement inférieure aux autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Enfin, le prix des forfaits internet est élevé : en Haïti un abonnement mobile de 1GB peut coûter jusqu’à 4 % du revenu par habitant, un coût sensiblement plus cher qu’en République dominicaine, au Nicaragua ou au Guatemala. 

Le gouvernement haïtien a pris la mesure du potentiel des technologies numériques et en a fait une priorité dans ses investissements. Je me réjouis du partenariat de la Banque mondiale avec le gouvernement pour rendre l’accès au service internet à haut débit plus accessible et pour établir les bases de la résilience du réseau numérique face aux chocs, par le biais du Programme d’accélération du numérique pour Haïti, approuvé en octobre dernier. Ce projet vise à connecter 2,7 millions d’Haïtiens supplémentaires à Internet et à rendre l’infrastructure numérique résiliente pour éviter les coupures pendant les catastrophes naturelles.

Le Programme d’accélération du numérique pour Haïti assurera aussi la connexion de près de 1 300 institutions publiques. L’objectif est d’améliorer le fonctionnement de l’administration ainsi que les relations avec les usagers, ce qui permettra davantage de responsabilisation, de transparence et d’efficacité dans la fourniture de services. La fiabilité d’Internet et du matériel informatique faciliterait également les échanges de données entre agences gouvernementales, la publication d’informations budgétaires et l’amélioration des mécanismes de remontée d’informations de la part des citoyens. La capacité de collecte et d’analyse des données permettrait à son tour la conception de meilleures politiques publiques.

L’amélioration de l’accessibilité et de la fiabilité des services numériques faciliterait aussi les envois de fonds de la part des Haïtiens expatriés, ou des habitants de Port-au-Prince à leurs proches vivant dans les zones rurales du pays. Une plus grande connectivité contribuerait enfin au renforcement du secteur privé en attirant davantage d’investissements et en permettant le développement des compagnies spécialisées dans le numérique, des start-up et des entrepreneurs haïtiens.

L’investissement dans la connectivité et les services numériques offrent de nombreuses opportunités, et nous nous réjouissons de contribuer à cette initiative. Ensemble, nous pouvons nous projeter dans un avenir où la technologie numérique en Haïti jouera un rôle moteur dans la croissance, la création d’emplois et l’amélioration des services publics et de leur transparence, et renforcer la résilience.

Anabela Abreu, directrice pays de la Banque mondiale pour Haïti

Peleg Charles

Communication Associate

Anabela Abreu, directrice pays de la Banque mondiale pour Haïti
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