Bathard, l’enfant du village de Noailles

Publié le 2020-11-30 | Le Nouvelliste

Bathard est un artiste qui vogue entre deux rives : entre le village artistique de Noailles et la communauté des artistes de la résistance. Ses œuvres en fer découpé témoignent d’un même talent que ses sculptures exécutées à partir d’objets électriques et ménagers récupérés. Cela fait de lui un fugitif, un ovni,  l’enfant bâtard  du village artistique de Noailles. Par sa curiosité croissante et son sens poussé du mythe, Bathard semble en route vers un art inclassable, total, global.

Chaque détail compte dans une œuvre de Bathard. Il est trop minutieux pour intégrer des éléments incongrus, qui rentreraient en désaccord avec tout le reste. Ses réalisations sont d’une cohérence à couper le souffle. D’une beauté. Et parfois même d’une violence sismique et abyssale. Il est ce créateur qui pense que l’art doit prendre en compte tous les aspects de notre vie.  Il est un artiste du fer découpé qui se sent obligé de réaliser des œuvres de récupération parce que les objets, qui étaient investis d’émotion et d’attention, ne doivent pas passer à l’état de choses. Dans sa logique artistique, ces nombreux objets hétéroclites jetés çà et là doivent renaitre.  Parce que l’environnement et l'homme, comme deux êtres à part entière, en souffrent. Et l’art, dans tout ça, se doit d’apporter une réponse  face à cette nécessité d’agir sur la vie.

« Saint-Michel Archange », de dimension 27x 35, est la pièce avec laquelle il avait gagné le premier prix lors du concours d’Africamérica au village de Noailles. C’est une œuvre de récupération constituée, entre autres, de barres de fer, d’un ventilateur et de pièces de voitures usagées.  Comme les hiboux, les démons, les crèches qu’il réalise, chacune de ses pièces a une histoire.  Son art se renouvelle à chaque fois. Et si autrefois il était très attaché à l’art du fer découpé, désormais  il s’intéresse à d’autres formes artistiques. Un artiste, pour lui, est un créateur qui est en perpétuelle métamorphose, où chaque nouvelle expérience peut donner naissance à de nouveaux sujets et par conséquent, à d’autres objets artistiques.   Il est passé de fleurs, de plantes, d’oiseaux, à de véritables géants, des montres multiformes et d’autres créatures maléfiques presqu’à la Goya.

Jacques Obenson Bathard, né en 1994 à Port-au-Prince, avait débuté sa carrière d’artiste avec les sculpteurs Jacques Eugène et Jonas Soulouque. C’est là qu’il a appris à manier le burin, le pinçon et le marteau, les outils avec lesquels il fabrique ses œuvres habituellement. Chez cet artiste multidimensionnel, l’art est une véritable obsession. Son besoin de créer ne lui donne jamais de répit. Au village artistique de Noailles, sa création est un souffle nouveau. Par la nouveauté de ses objets, il fera vite école, car il est très attentif aux bruits du monde.

Il s’appelle Bathard. Un nom qu’on n’oublie pas. D’un monde fleuri et chantant, cet artiste est passé à un autre plus sombre, avec beaucoup de gris. « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse » fait partie de ses nouvelles créations où on sent palpiter son énergie, son sens de la nouveauté. Nous sommes en présence d’une autre narration et de nouveaux questionnements sur le temps, sur l’espace et même sur le dévoilement de la fin du monde.

Wébert Pierre-Louis Auteur

Réagir à cet article