Présidentielles américaines 2020 : entre antécédents ethniques et implosion de deux Amériques hétérogènes

Publié le 2020-11-10 | lenouvelliste.com

Le 20 janvier 2009, Barack H. Obama est élu président des Etats-Unis. L’avènement de celui-ci coïncidait aux velléités et à l’impatience d’une portion de la population américaine pour forcer un débat de fond : la question raciale, marque d’une Amérique paradoxale. Obama a laissé la Maison Blanche en janvier 2017. Malgré l’éloquence d’une rhétorique prometteuse, il n’a pas pu modifier l’antagonisme ethnique que vit l’Amérique depuis le XVIIe siècle jusqu'à l’interdiction de la discrimination raciale au XXe siècle.

On se rappelle dans cette terre dite démocratique et de valorisation des droits de l’homme, le racisme avait une acceptation légale à travers laquelle une série de privilèges et de droits a été accordée aux américains blancs et non aux américains d’origine asiatique, africaine, etc. Face à cet état de fait, le pays étoilé a connu plusieurs moments historiques de turbulences, de guerres civiles pour poser la problématique de reconnaissance identitaire de l’autre portion de l’Amérique.

En 2008, lors de l’élection du premier président Noir des Etats-Unis, l’unanimité s’inscrivait déjà dans une démarche vaine et désespérée. L’hostilité de la portion blanche de l’Amérique et le refus d’accepter la reconnaissance des minorités ethniques ont donné naissance à la montée de Donald Trump.

L’élection de Trump en 2016 parait comme une réponse aux appréhensions et aux connotations erronées accordées à la nature du vote exprimé en faveur de Barack Obama, notamment sur la question raciale. Trump est arrivé au pouvoir et depuis lors, il n’arrête pas de défrayer la chronique en propulsant l’exaltation d’un nationalisme tourné vers la xénophobie et le chauvinisme qui finit par renforcer la crise sociale, ouvrir les plaies ethniques et  compliquer davantage le processus de conciliation des deux Amériques.

Malgré sa défaite aux élections de 2020, son électorat de plus de 50 millions d’électeurs traduit qu’il existe un «  Trumpisme » en formation et qui reste à confirmer dans l’espace et dans le temps.

En dépit des acharnements et des mécontentements contre la posture conservatrice et le discours immodéré de celui-ci, certains se demandent : pourquoi une telle adhésion de la part de ces électeurs «  Pro-Trump » ?

Si l’on se réfère à la mise en contexte de cet article, il est clair (qu’entre Biden et Trump) qu’ils s’expriment en fonction de celui qui incarne leur allégeance et qui veut réinventer l’ère raciale. L’hostilité de l’aile conservatrice de l’aigle vis-à-vis de Barack Obama était la crainte de voir que ce dernier arrive à faire plier l’Amérique dans une ère post raciale. La colère de Trump contre Obama rentre dans le registre même de ce discours, lorsqu’on se rappelle des accusations proférées à l’encontre d’Obama sur l’effectivité de sa nationalité américaine. A cette époque Barack Obama a dû organiser une cérémonie spéciale pour apporter les preuves contre les allégations de Trump sur son statut d’appartenance.

Le discours de Trump, dans l’imaginaire collectif de cette majorité blanche, traduit le confort de cette constante historique de l’Amérique. La personnalité de Trump est l’expression même de cette Amérique. Il est donc l’incarnation de cette Amérique divisée, « antagonisée ». Bref, il incarne le chauvinisme américain.

Autrement dit, la majorité – hostile aux minorités ethniques, fortement issues de l’immigration- se retrouve dans la démarche ultranationaliste de Trump, avec toutes les fractures culturelles, sociales et économiques que cela implique.

Les résultats serrés du vote au cours des trois jours précédant l’officialisation du scrutin soutiendraient l’insinuation d’un raisonnement ordonné chez la majorité des électeurs-trumpistes : l’Amérique est effectivement un pays conservateur et non progressiste.

Le chiffre intéressant de Donald Trump confirme que son élection de 2016 n’était pas une coïncidence historique. En d’autres termes, il confirme que la tendance «  Trumpienne » porte la marque de l’identité américaine. Néanmoins, le refus d’accepter cette défaite électorale indique que la démocratie américaine est attaquée et sa prétention de sacralisation est donc dénaturée au regard des caprices irritantes de la démographie blanche et son poulain.

Après « l’affaire Georges Floyd », les événements qui entourent l’impasse ou l’impossibilité du renouvellement du mandat de Trump lèvent le voile sur la version obscure de l’Amérique. Les hostilités des électeurs de Trump, notamment la mouvance d’extrême droite QAnon, montrent bien que la première démocratie du monde est en agonie. Et cette agonie de la démocratie américaine est marquée par la bifurcation de deux Amériques très paradoxalement hétérogènes.  Donc, les problèmes ethniques, anthropologiques et sociologiques de cette Amérique sont bien réels. Les effets seront éventuellement en stade de confirmation devant la « victoire » électorale des minorités.

Joe Biden, le gagnant de cette bataille de deux conceptions différentes de l’Amérique, s’efforcera á tout prix pour faire accepter la légitimité acquise au bout du scrutin du 3 novembre ; en raison du fait que, les clivages réels vont certainement perdurer. D’ailleurs, au sein du Parti Républicain, Trump arrive même á museler les modérés et laisse le champ libre aux extrémistes pour faire sa loi. Voila pourquoi, la majorité blanche, très hostile au camp démocrate, ne s’identifie pas dans le profil et l’offre politique de l’élite politique traditionnelle américaine. L’impossibilité de parvenir à minimiser le discours haineux et les stéréotypes de tout bord, constitue, déjà un poids á surmonter. Par conséquent, la remise en cause de la problématique de l’éventuelle administration se précise déjà. Parce que définitivement, il sera difficile pour le nouveau président de concilier ces deux mondes historiquement contraires et que Trump n’a fait que renforcer un tel paradigme.  En revanche et dans un autre angle de vue, un autre segment d’analyse s’impose :

En quoi consiste l’échec électoral de la majorité blanche en dépit de leur différence démographique d’un point de vue quantitatif ?

La presse américaine qui est l’organe officielle et ou traditionnelle de publication et de divulgation des élections présidentielles a donc confirmé la victoire de Biden dans la matinée du 7 Novembre (The Associated Press en premier). Cette victoire, serrée au départ, a deux grandes explications.

Tout d’abord, le refus de ce qu’incarne Trump par les minorités. Ces dernières constituent la principale victime de la politique d’exclusion ethnique de l’administration rouge.

D’un autre côté, et c’est la leçon même de cette élection, la population blanche (40% de la population totale) doit comprendre que la démographie américaine est évoluée et qu’il est désormais impossible de maintenir la constance historique relative aux questions raciales. Elle n’a pas d’autre choix que de composer. Aux travers de ce tournant historique, elle doit reconsidérer leur position, pour parvenir, á avaler leur vieille fierté et revoir leur perception quant au refus d’accepter ou de considérer l’autre Amérique. Sinon, elle va finir par subir la loi des minorités qui commencent désormais par devenir une force électorale  effective. L’entêtement dans l’hostilité vis-à-vis des populations issues de migrants va déjouer leur influence et imposer un mutisme systématique de l’aile conservatrice aux grandes décisions de nature élective. Il suffit de regarder les statistiques, la population électorale issues de l’immigration est en pleine accélération démographique et  va être augmentée davantage dans les prochaines décennies. 

GERMAIN Erlain, Historien 

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08.11.2020

   

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