Noailles : Wood-Kerley Dérat entre surface et symbole

Publié le 2020-11-25 | lenouvelliste.com

Initié en métal découpé par Jean-Joël Noël,  le jeune artiste Wood-Kerley Dérat, né en 2002 à Croix-des-Bouquets, travaille désormais dans son propre atelier où il se fait remarquer par ses œuvres multiples et variées.

Wood-Kerley Dérat respecte la création de tous les artistes du village de Noailles. Il  rend hommage à tous les grands maitres  indistinctement, depuis Georges Liautaud jusqu’à Serge Jolimeau, Gabriel Bien-Aimé, etc. Mais  il n’a jamais considéré personne comme son idole, le point culminant à atteindre pour se considérer comme un artiste accompli. Lui, il croit dans la création elle-même et pense que tout artiste détient un pouvoir insoupçonné de parvenir à l’absolu.

« Haïti » est le titre de la pièce à laquelle il avait participé au concours Africamérica.  Cette œuvre de métal découpé et d’assemblage, de dimension 29x 32, représente un immense arbre aux mystérieuses écosses qui a perdu ses feuilles. Elle fait penser à un mapou qu’on poignarde, qu’on assèche. Dans l’une de ses branches, se trouve un homme pendu. Et c’est ça, Haïti, un spectacle où le désenchantement bat son plein. Pour une fois, le pays est représenté sous la forme d’un arbre et non d’une femme souffrante enveloppée du bicolore.

D’autres œuvres de ce jeune artiste montrent la surface pour mieux pénétrer le symbole et vice versa. C’est le cas d’une de ses œuvres qui represente le soleil, debout dans un environnement maritime, avec des poissons, des tortues et d’autres espèces aquatiques tout autour.  Est-ce l’image du soleil qui se reflète dans l’océan ? Est-ce une façon de dire que ces deux dimensions, le ciel et la mer, se rencontrent et se mélangent dans un même carnaval d’êtres, de couleurs ou de beauté ? En tout cas, chez Wood-Kerley, les  êtres et les choses se balancent dans une même obscurité, un même mouvement, une même douceur ou une même platitude.

Sacrifice. Spiritualité.  Nature. Autant de termes qui reviennent chez lui. Il les aborde dans un même élan, comme si les éléments hétéroclites de l’univers formaient un tout cohérent, un et indivisible. C’est ce qui fait la force de cet artiste et l’originalité de ses pièces dont la plupart sont colorées.  Là où il y a la surface, il faut absolument chercher le symbole, et inversement. Dans l’univers de Dérat, la créature artistique est un dialogue entre le réel et l’imaginaire, entre le monde qui s’offre à nous et celui qui se ce confine dans les chambres obscures du rêve.

Wébert Pierre-Louis
Auteur


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