Nations unies

1945 et 1995, d’un anniversaire à l’autre

Publié le 2020-10-28 | Le Nouvelliste

Le 26 octobre a ramené l’anniversaire de la création de l'organisation des Nations unies (ONU). Soixante-quinze ans cette année que la Deuxième Guerre mondiale est finie. Cette guerre ne parle peut-être pas aux jeunes générations d’Haïtiens plus familiers de la guerre du Golfe, mais la fin de la guerre en 1945 est un marqueur historique fort : c’est la liberté retrouvée pour les pays conquis par les Allemands et les Japonais. Nous parlons de la France, de l’Italie, de la Pologne, de la Birmanie, des Philippines et de tant d’autres.

La fin de la guerre ouvre une nouvelle ère pour les peuples colonisés d’Afrique et d’Asie. La décolonisation commence. Pour Haïti, dont l’indépendance conquise 150 ans plus tôt incarne le rêve de tant de peuples à travers le monde, c’est un grand moment. On a oublié le grand élan de ce temps, une position politique forte : la solidarité des pays non alignés, de ces pays qui sortent de la colonisation et doivent se construire une identité, un avenir. Haïti est à l’avant-garde. En janvier 1961, sous la houlette de l’expert principal de l’UNESCO en Haïti, Guy José Bretonès, un premier groupe de 32 professeurs haïtiens quittent Haïti pour l’ex-Congo belge, le Zaïre. Ces départs seront formalisés par un accord entre l’UNESCO et le gouvernement haïtien.  Il s’agit de combler le grand vide éducatif laissé par les colons et le manque de cadres qui font de ces pays nouvellement indépendants des États sans administration. Le prix à payer sera lourd : Haïti perd une grande partie de l’ossature de son système éducatif et, plus largement, de son intelligentsia.

Les Nations unies ont accompagné tout au long cette libération des peuples dont les soubresauts ont fait l’histoire.

Le décor a changé aujourd’hui. Haïti n’est plus le pays où « la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait en son humanité ». L’humanité tout entière semble avoir oublié que nous avons arrêté chez nous l’un des pires crimes contre l’humanité, l’esclavage des Africains, et montré le chemin de l’indépendance à l’Amérique latine.  

Depuis vingt-cinq ans nous sommes dans un autre moment historique de nos relations avec les Nations unies et le 26 octobre est un bon jour pour inviter à comprendre, à dépasser.

Nous avons laissé passer un anniversaire que nous nous efforçons d’oublier tous les jours : le 31 mars 1995 et la passation de pouvoir du contingent de 15 000 militaires de l’opération « Uphold Democracy » (débarqués le 19 septembre 1994) à la force multinationale des Nations unies (MINUAH), composée pour moitié d’Américains. Cette force compte près de 6 000 militaires de différentes nationalités. Et Bill Clinton nous dit ce jour-là : « Tous les hommes naissent égaux, leur créateur les a dotés de certains droits inaliénables dont le droit à la vie, à la liberté, à la quête du bonheur… », Le bonheur ! On l’imaginait autrement.

Depuis vingt-cinq ans, les missions de la paix se sont succédé sur notre territoire sans apporter la sérénité, la prospérité. Membre fondateur des Nations unies, Haïti est en droit de se poser des questions et de les poser avec l’ensemble des pays membres. On s’est peut-être trompé de diagnostic et les missions de la paix n’étaient peut-être pas ce qu’il fallait pour un pays qui n’était pas en guerre avec ses voisins et où il n’y avait pas de guerre civile. Peut-être faut-il avoir une lecture politique mais aussi une lecture anthropologique et historique de ces trente dernières années et enfin se dire que les combattants d’Ethiopie, d’Erythrée, du Congo ne sont pas les gangs d’Haïti. Nous avions envoyé nos instituteurs et nos médecins aux Africains, ils ont envoyé cinquante ans plus tard leurs militaires nous apprendre la démocratie.

Peut-être que la solidarité qu’on souhaitait des Nations unies n’était pas une force armée internationale. Les missions de la paix ont écrasé l’Etat. Peut-être que le BINUH pourrait sortir des chemins tracés par la MINUSTAH et se donner pour tâche de recréer de la responsabilité politique là où la présence militaire étrangère a fait abandonner par l’Etat ses principales responsabilités régaliennes : sécurité et élections.

Le départ de la dernière mission de la paix en 2017 nous a laissés démunis. On voit s’effriter jour après jour le contrôle de l’Etat sur le territoire. On voit jour après jour le peuple haïtien s’habituer à tuer, à lyncher, ses jeunes partir à la dérive ou vers les ailleurs et ses élites partir, se défausser, s’affronter.

Haïti retrouvera son estime de soi, sa confiance en l’avenir et les moyens de lui donner forme. C’est mon vœu d’anniversaire.

Michèle Oriol

28 octobre 2020

Michèle Oriol Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".