La Constitution, un pacte de corruption : l’ancien constituant Georges Michel répond au chef de l’État

Publié le 2020-10-28 | Le Nouvelliste

Le président Jovenel Moïse s’est fait remonter les bretelles par l’historien Georges Michel sur la question de la nouvelle Constitution. Celui qui avait fait partie de l’Assemblée constituante qui avait travaillé sur la Constitution de 1987 n’a pas été du tout tendre envers le chef de l’État qui, dans son adresse à la nation vendredi, avait déclaré que « cette Constitution est comme un pacte de corruption signé entre une catégorie de gens dans le pays ». « Là où l’on plume le coq d’Inde, la poule ne rit pas. Le président doit regarder autour de lui afin d’identifier la corruption et les corrupteurs. En ce qui le concerne, il n’est pas encore sorti de l’auberge, son nom est cité dans le rapport PetroCaribe. Qu’il aille doucement dans ses accusations contre les gens », conseille un Georges Michel, très remonté mardi sur Magik 9.

Si l’historien a toujours maintenu que la Constitution de 1987 mérite « une toilette », il condamne la façon dont le président Jovenel Moïse tente de résoudre les problèmes liés à l’application de la Constitution par voie référendaire. « Même si le président disposerait de la meilleure constitution qu’il voulait offrir à la population, il n’aurait pas le droit de faire un référendum. C’est inconstitutionnel. C’est interdit », a soutenu Georges Michel.

En 1935, le président Sténio Vincent avait remplacé une constitution démocratique par une constitution dictatoriale à travers un référendum. Le président Sténio Vincent s’est octroyé tous les pouvoirs et a décidé de prolonger son mandat de cinq ans. « Je me demande si ce n’est pas la même chose que le président Jovenel Moïse nous réserve », analyse l’historien. Le chef de l’État promet qu’il ne sera pas candidat dans les prochaines élections qui devraient avoir lieu après le changement de la Constitution. « W ap pran garanti nan men li. Yon nèg ki prete sèman pou l respekte yon Konstitysyon k ap kraze li », interroge Georges Michel. « Li mèt di sa li vle, bonjou li pa laverite », assène l’ancien constituant, qui assimile le chef de l’État à un « mythomane ». Il reste convaincu que le président Jovenel Moïse va se tailler une « constitution sur mesure » à travers ce référendum. Georges Michel évoque à titre d’exemple plusieurs chefs d’État africains qui se sont arrangés pour rester au pouvoir en effectuant des référendums.

« La Constitution ne correspond pas à la réalité du pays, la façon dont nous comprenons nos autorités. Ces constats constituent un blocage dans la gouvernance du pays », a critiqué Jovenel Moïse, faisant savoir que nos institutions ne peuvent fonctionner avec cette Constitution. Pour justifier la nécessité de changer la Constitution, il a pris comme exemple un président élu directement par le peuple mais qui est obligé de nommer un Premier ministre, le chef du gouvernement « qui exécute un programme qui parfois ne respecte pas les engagements pris par le président lors de sa campagne électorale. Souvent, a-t-il dénoncé, le Premier ministre et les ministres ne reçoivent d’ordre que des sénateurs et des députés.

«  Le président est un citoyen haïtien, il peut avoir ses propres opinions. Mais il n’a pas le droit de les imposer à la nation à travers un référendum arrangé et anticonstitutionnel », lâche Georges Michel.

Accusant le président de prendre tout le monde pour des imbéciles, Georges Michel invite toute la société à se mettre debout comme un seul homme pour s’opposer au projet de Jovenel Moïse de violer la Constitution. Un référendum ne fera qu’aggraver la crise du pays, selon Georges Michel.  

Georges Michel fustige également la classe politique qui aime trop la transition. « Il faut apprendre à respecter le mandat des élus. Notre classe politique est généralement trop pressée à prendre le pouvoir au moyen de la transition », analyse Georges Michel.  « Tranzisyon an dous pou yo », a-t-il dit.  

Danio Darius Auteur

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