Maikadou : une légende de la culture haïtienne s’est éteinte

PUBLIÉ 2020-10-23


Comment faire revivre l’homme et sa magie quand ses bras sont croisés à jamais sur sa poitrine ? Cet homme à mi-chemin de son œuvre, entre beauté et innovation, qui a déposé trop tôt ses outils, dans un pays, dans un monde en quête chaque jour d’un nouveau visage.

Pierre Edouard Rosier, dit Maikadou, est né à Port-au-Prince, dans la commune de Carrefour, le 10 avril 1979.

Il a toujours été attaché à sa mère, Mme Marie Denise Paul (décédée en 2017), qui, selon lui, avait su compenser l’absence de son père Jean Edouard Rosier mais surtout celle de sa sœur Marie Chrisly Rosier et de ses frères Paul Edouard Jean-Baptiste et Edson Jean-Baptiste qui vivent aux Etats-Unis.

A la recherche de lui-même, il fonda dans les années 90, à Delmas, avec deux amis, Kenny et Patrick « Impulse », un groupe musical à tendance néo soul qui performait lors des journées récréatives et des festivals de quartier.

Peu de temps après, c’est un Maikadou qui apprit à voir la vie en grandeur réelle et qui a toujours tenté vigoureusement d’homogénéiser couleurs et formes qu’on allait compter parmi les mannequins du talentueux Harry Lafond.   

De la musique au mannequinat, il fut diplômé de l’une des écoles de cosmétologie les plus prestigieuses de la capitale, l’institut Michel Hair Design, ce qui lui a valu une place de maquilleur au salon de beauté de Michel Chataigne et à Artcho Danse.

Maikadou, de son vrai nom Pierre Edouard Rosier, a consacré treize années de sa vie à la création et l’interprétation des besoins de maquillage. 

Maquilleur, acteur, danseur, chanteur, chorégraphe, peintre, mannequin, homme de théâtre, Maikadou fut pour plus d’un "un Leonardo de Vinci" du monde culturel haïtien.

Son talent en expansion graduelle était connu et respecté en République dominicaine, à la Jamaïque, à la Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à New York. Son génie était au service d’une certaine diplomatie sans lettre de créance ni termes de référence. 

Certifié en mode et photo à Millenis en Guadeloupe en 2005, Pierre Edouard Rosier, dit Maikadou, était le maquilleur principal dans plusieurs films tels "We love you Anne", "Le XIe commandement" et "La Rebelle"  où il a interprété son premier rôle d’acteur. 

Du cinéma à la télévision, Maikadou fut le maquilleur en chef de "Horizon Lointain", un documentaire sur Haïti avec les journalistes écrivains Olivier et Patrick Poivre.

Sa trousse de maquillage n’avait jamais de congé. Ses outils étaient successivement à l’œuvre dans la tournée des Antilles françaises du spectacle "Toussaint Louverture", "Les défis de la liberté", "Danses de l’araignée" au Carnegie Hall avec Dany Glover et Emeline Michel à New York, "Danses de l’araignée et Transes" à  African American Cultural Center, à Miami, "Bal Rouge" de Lord Duice, la cérémonie de la remise du prix Prince Claus Award en 2008 à Amsterdam, au spectacle présenté  à l’occasion du sommet des chefs  d’Etat de la CARICOM, Montego Bay, en Jamaïque, l’exposition "Vodou Arrangement", encore à Amsterdam en Hollande, organisé par la compagnie Tropentheater.

Pierre Edouard Rosier était un artiste unique, un passionné de son pays qu’il a refusé de quitter en bon patriote, un rude travailleur, ambitieux mais humble, qui attachait autant d’importance aux actions qu’aux idées.

Sa bonne humeur, sa fougue, sa détermination de réussir et sa joie de vivre étaient contagieuses. 

Maikadou disait souvent qu’au-delà d’un simple plaisir, le maquillage est aussi un moyen certain de se séduire, de se faire accepter.

Il a maquillé des peines, des mensonges, des blessures et des non-dits pour le bien des spectateurs de toutes couches sociales. 

Il a mis en relief des traits insoupçonnés mais tellement utiles à l’accomplissement de l’artiste.

Ainsi Maikadou a travaillé jusqu’à s’oublier, jusqu’à ce qu’un immense drap noir humide de larmes recouvre le pays. Ainsi, il a rendu l’âme le vendredi 9 octobre 2020, assassiné à son domicile en plein cœur de son rêve inachevé.

Repose en paix, Maikadou. La magie de ton art gardera ton nom vivant dans nos mémoires. 

                                                                                         

Deborah Jean



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