Choléra : 10 ans après, les milliers de victimes attendent réparation

Pour ne pas oublier les victimes de l'épidémie de choléra, et exiger réparation pour leurs familles, le Bureau des avocats internationaux (BAI) a organisé, le 19 octobre, une messe requiem suivie d'une marche et délivré un message sur les rives de la rivière Meille. Certaines victimes gardent encore espoir, d'autres sont replongées dans leurs vieilles habitudes en buvant avec leurs enfants l'eau de cette même rivière.

Publié le 2020-10-20 | lenouvelliste.com

Si pour l'Organisation des Nations unies (ONU) l'épidémie de choléra dans ce pays a affecté, depuis octobre 2010, 820 000 personnes et tué environ 10 000 autres, pour le Bureau des avocats internationaux (BAI) les morts avoisinent 30 000 contre 1 million de cas d'infection. La divergence concernant le décompte des victimes n'altère en rien la gravité de l'épidémie de choléra comme la maladie infectieuse la plus mortelle en Haïti. 10 ans après que l'épidémie s'est déclarée à Mirebalais et dans l'Artibonite, 4 ans après que l'ONU a admis que ce sont ses soldats qui ont amené la maladie dans le pays, rien n'est fait pour indemniser les victimes ainsi que leurs familles. 

Depuis un certain temps, c'est le sens du combat de Me Mario Joseph, coordonnateur du BAI, l’un des avocats qui a porté une plainte collective de victimes devant l’ONU, pour forcer l'organisation planétaire à assumer ses responsabilités et engagements envers les victimes. Organisateur de cette marche, il n'a pas mâché ses mots pour critiquer l'ONU qui n'a jusqu'ici fait que miroiter des promesses de 400 millions de dollars pour des interventions en faveur des victimes. 

« Les soldats onusiens ont empoisonné le plus grand fleuve du pays, seulement neuf mois après le séisme dévastateur du 12 janvier, ce qui a aggravé les conditions de vie déjà précaire de la population. Après six ans à nier l'évidence, l'ONU a admis en août 2016 sa faute; on pensait que les victimes allaient enfin recevoir une indemnisation à la hauteur de leur souffrance. En dépit des promesses de l'ONU, rien n'a été fait », a dénoncé le militant de droits humains du haut de l'estrade de l'église de Saint-Louis de Mirebalais. 

Selon Me Mario Joseph, on pouvait organiser autant de marches dans le pays car les victimes sont partout, notamment à Mirebalais. Dans les milieux reculés, la maladie a fait rage vu le manque d'infrastructures, a-t-il indiqué pour souligner combien le décompte est difficile. Pas mal de victimes sont lassées des promesses qu'une partie des 400 millions de dollars annoncés leur sera allouée un jour. Certaines sont furieuses que, même après avoir tenté vainement de nier, l'ONU les laisse se dépêtrer. 

En plus des excuses de l'ONU, l'avocat et militant de droits humains cherche à engager la responsabilité légale de l'organisation planétaire. Mais son plus grand obstacle, à l'entendre parler, reste l'État haïtien. Il souligne que si l'ONU n'a pas voulu admettre que les Casques bleus venus du Népal, où sévissait alors une épidémie, étaient à l'origine de l'apparition soudaine du choléra dans un pays où la maladie n’existait pas, et si éloigné des foyers habituels, c'est à cause de la complicité de l'État haïtien. Aujourd'hui encore, les dirigeants refusent de prendre ce dossier à bras-le-corps. 

Arrivés sur les rives, où plusieurs femmes font la lessive et des enfants prennent un plaisir à prendre un bain, les victimes ont été sermonnées sur la nécessité de continuer la lutte pour l'indemnisation jusqu'au bout, malgré le support quasi inexistant de l'État haïtien. « À cette phase, il revient au gouvernement en place de prendre fait et cause pour vous. Il peut exiger justice et réparation même en sollicitant la Cour internationale de justice (CIJ) sur la base de l'accord de siège signé avec la MINUSTAH », ont affirmé les responsables du BAI.  

Les habitants boivent encore l'eau de la rivière

Entre-temps, les habitants de Meille continuent d'utiliser l'eau de la rivière Meille, un affluent du fleuve de l'Artibonite, pour se baigner, cuire les aliments et la consommer ainsi que leurs enfants en bas âge. L'alternative pour trouver de l'eau potable c'est de se rendre à Mirebalais, à moto-le trajet coûte 50 gourdes- pour remplir son récipient de 5 gallons, coûtant 25 gourdes. Certains se plaignent de gratelle et de maux de ventre après avoir consommé l'eau souillée de la rivière.

  



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