En marge du mois créole

Propositions pour améliorer la graphie du créole haïtien

Publié le 2020-10-26 | lenouvelliste.com

Depuis des décennies, le monde célèbre la Journée mondiale du créole le 28 octobre. Depuis des années, l’Akademi kreyòl ayisyen (AKA) a institué un mois de célébration pour le créole : le mois d’octobre.

Justificatif des  propositions

                  L’Akademi kreyòl ayisyen (AKA) exige une consommation accélérée de la langue créole par les locuteurs haïtiens. Les écrivains, les poètes souhaitent voir leurs livres créoles achetés et lus par leurs compatriotes. Or, les livres créoles ne se vendent pas beaucoup en librairie. Certaines ne les acceptent même pas en consignation. En tant qu’éditeur, j’en sais long.  La langue française est officielle en Haïti depuis l’indépendance en 1804. Mais l’émergence du créole est récente, et ce n’est qu’en 1987 que la Constitution l’a élevé au rang de langue officielle. Toutes les générations précédentes, et la mienne, ont fait leurs études primaires, secondaires et universitaires dans la langue de Molière et de Voltaire.  

Cependant, à  cette date, la lecture  et l’écriture du créole s’avèrent difficiles pour beaucoup, pour ne pas dire la majorité des  locuteurs francophones ou bilingues.  L’une des raisons invoquées, c’est la graphie.  D’autre part, beaucoup de locuteurs créolophones sont bilingues ou trilingues. Ils utilisent ou le français, ou l’espagnol ou l’anglais comme langue seconde. Il arrive parfois, et même souvent, que les locuteurs alternent ou mélangent les deux langues dans l’expression orale. Le ministère de l’Education nationale a institué des cours de créole et beaucoup de professeurs dispensent leurs cours en créole. Ne nous leurrons pas : le glissement du créole vers le français, ou le passage du français au créole  est permanent et inévitable.  Il est même souhaitable si l’on veut atteindre l’objectif du « bilinguisme équilibré. » Alors pourquoi  utiliser une graphie qui éloigne le créole du français, coupant souvent les mots de leur étymologie. Je crois qu’il est nécessaire et urgent de simplifier  ou d’améliorer la graphie officielle pour le rapprocher davantage du français.

J’ai plusieurs propositions pour améliorer la graphie et donc la consommation du créole, tant au  niveau de la lecture qu'au niveau de l’écriture, mais les deux fondamentales sont les suivantes :

Fè lèt Y la ret nan wòl li

L’un des principes de base du créole, c’est que chaque lettre reste à sa place. Or ce n’est pas le cas du Y qui est tantôt voyelle, tantôt consonne. Je propose d’utiliser Y seulement comme une consonne. La lettre i va la remplacer valablement comme voyelle.

Exemples :  

on écrira kamion, et non pas kamyon, 

avion, et non pas avyon,

 lion, et non pas lyon, 

aviasion, et non pas avyasyon, 

soulie, et non pas soulye.

Ayisien, et non pas Ayisyen

Kamionèt, et non pas kamyonèt

À la lecture, tout le monde saura qu’il faut prononcer (lè lekti gen pou fèt, tout moun ap konnen pou yo pwononse ) :

 man-yen et non pas ma-nyen, 

man-yòk et non pas ma-nyòk, 

pan-yen et non pas pa-nyen, 

pen-yen et non pas pe-nyen, etc.

Reconsidérer  l’usage de la lettre W 

La même chose pour la lettre W, au début du mot ou de la syllabe.  Pourquoi est-on obligé d’écrire wòb au lieu de ròb, wout au lieu de rout, Wobè au lieu de Robè ? De même, quand la lettre W remplace le R au milieu de la syllabe.  Pourquoi écrire : twopikal au lieu de tropikal, pwopozisyon au lieu de propozision? Si la prononciation est une convention, on peut toujours s’entendre pour prononcer le mot avec l’accent haïtien ? 

Aussi, il faut bien distinguer la lettre R de la lettre W, c’est-à-dire les deux sons. Le R garde son identité dans des mots comme travay (travail), triye (trier), alors que celle-ci disparait dans d’autres mots comme twa (trois), twoubadou (troubadour).

 On peut écrire pwa, lwa, koulwa, vwa

Deux raisons impérieuses pour modifier la graphie.

Première raison.  Mes propositions faciliteront le passage du créole au français pour les apprenants de l’école fondamentale. Elles faciliteront aussi la lecture du créole par les locuteurs francophones ou en situation de diglossie.

Deuxième raison. Ces modifications à la graphie officielle du créole haïtien permettront d’arriver à une graphie unique, à l’échelle mondiale, comme pour le français, l’anglais ou l’espagnol. Je fais un plaidoyer pour une harmonisation générale. Pour implémenter le projet, un congrès international devrait réunir les représentants de tous les États et territoires créolophones comme la Louisiane, la Réunion, la Martinique, la Guadeloupe, l’île Maurice, les Seychelles, Ste-Lucie, la Dominique...

 Le débat est lancé. J’espère qu’il sera fructueux. L’Akademi kreyòl ayisyen (AKA) devrait instituer les jeudis de l'académie pour permettre à leurs membres ou à d’autres chercheurs de présenter leurs réflexions, leurs recherches ou leurs thèses.

Christophe JP Charles christophecharles1@yahoo.fr
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