L’Université haïtienne, le cadet des soucis des autorités

Publié le 2020-10-19 | Le Nouvelliste

N’est-il pas nécessaire ces derniers temps de pencher sur la situation des universitaires en Haïti ? L’existence même de ce dilemme université et l’État d’Haïti, m’intéresse sur la dichotomie l’ignorance de la compétence et la volonté d’être en Haïti. Depuis 1986, la politique éducative de la République d’Haïti suscite beaucoup d’interrogations vis-à-vis de la volonté des organes étatiques d’améliorer le système de l’enseignement public. Qu’il soit au niveau scolaire ou universitaire, la dégradation de l’idée moderne de la formation d’une société basée sur l’éducation continue de perdre sens aux yeux des autorités haïtiennes. Haïti fait partie des pays où les actions publiques éducatives peinent encore à produire des effets positifs, si nous regardons les facteurs explicatifs de l’augmentation du taux d’analphabétisme en Haïti entre 2000 à 2020, et la non-volonté des autorités haïtiennes de mettre en valeur les aspects éducatifs. Toutefois les jeunes de la classe appauvrie qui ont eu la chance de fréquenter un établissement scolaire, après avoir terminé, cherchent désespérément à trouver une admission dans les facultés publiques. Malgré leurs efforts d’intégration, ils sont souvent minimisés, maltraités,  parfois injuriés suivant les entités fréquentées par des propos vulgarisés maladroitement par certains.

L’un des plus gros fardeaux peut-être d’un étudiant en Haïti, c’est d’avoir choisi d’être un agent du changement ou de la transformation sociale. Historiquement, les étudiants haïtiens sont souvent partie prenante dans les luttes libératrices contre le système néocolonial. En ce sens nous pouvons citer la bataille estudiantine contre Lescot dans les années 40-45, contre le régime Macout en 86, contre Aristide en 2004. Notons que cette dernière reste catastrophique si nous prenons en compte l’instrumentalisation de la classe bourgeoise de cette lutte. Ces exemples semblent le poids lourd des étudiants haïtiens vis-à-vis de l’État haïtien. D’habitude, ces luttes sont des actions d’attaques contre un système prédateur qui empêche le développement de la classe prolétarienne. Or, depuis 1806, nous avons un pays sous la domination de l’oligarchie et de l’international. C'est ce qui explique ce combat perpétuel d’une population contre son « Etat ».

Certains font le choix d’une définition restrictive de l’étudiant en tant qu’une simple personne en train de recevoir des formations bénéfiques à la société, dans un sens plus profond, un conformisme au système ou au service du système. Cette définition imaginaire semble rester coincée dans l’imaginaire haïtien. À priori, on ne voyait pas un étudiant comme agent du changement ou de transformation. De ce fait, à chaque lutte menée par les étudiants, l’État ne recourt qu'à la violence au service de l’oligarchie. Puisque rien ne change ou à chaque fois qu’on veut changer la modalité archaïque de l’éducation haïtienne, la bataille pour le bien-être devient automatiquement partie intégrante de la vie d’un jeune étudiant. Ainsi, moins de compréhension du fonctionnement de la société, plus d’opportunité de manipuler la conception populaire. Le fait d’adopter une vision restrictive de la vie étudiante, c’est limiter les possibilités et potentialités des jeunes en Haïti de prendre progressivement son autonomie intellectuellement satirique.

Parlons de la situation des universitaires à l’UEH. Faute de moyen et manque de volonté étatique vis-à-vis de l’UEH, l’un des problèmes majeurs pour les jeunes universitaires c’est d’acquiert de l’expérience. À l’École normale supérieure par exemple, les étudiants n’ont pas accès à un stage et c’est ce qui soulève souvent la colère des étudiants. Ces luttes pour une société nouvelle basée sur la formation académique ont même causé la mort à plusieurs étudiants, le dernier en date est Grégory Sait-Hilaire tué par un agent de l’USGPN. L’État qui devrait, à travers l’université, construire l’avenir du pays tout en assurant et animant une citoyenneté active et démocratique, car l’université qui est le vecteur d’émancipation pour les nouvelles générations, mais l’État préfère de mobiliser les moyens machiavéliques pour restreindre les réflexions scientifiques. L’activité universitaire est souvent dans son ensemble appuyée par l’État et qui est également une source importante d’innovation sociale. Imaginative, insoumise, subversive, elle permet de faire évoluer les mentalités et de développer des nouvelles pratiques utiles à la société. Elle ne s’embarrasse pas des a priori et bouscule les frontières : elle mobilise et invente les outils permettant aux jeunes de découvrir, d'acquérir, de créer et de diffuser les compétences et connaissances qui alimentent la créativité et l’innovation des nouvelles générations. 

À l’Université d’État d'Haïti particulièrement, la majorité des étudiants pour ne pas dire la totalité provient de la classe paysanne des quartiers défavorisés. Cette image reflète quand même pour chaque être la volonté populaire d’acquiérir de la connaissance. Certains étudiants sont obligés de quitter leur ville natale pour venir s'installer à la capitale. Ce qui exige encore un grand effort économique des parents pour leur assurer du logement, de la nourriture, le déplacement entre autres. Pas de cafétéria dans les facultés, pas de dortoir, pas de moyens pour répondre aux premières besoins estudiantines. Autrement dit la formation universitaire en Haïti est ignorée par le gouvernement haïtien à tous les point de vue. Pour connaître l’importance qu’un gouvernement donne à l’éducation de son pays, il faut seulement regarder le budget alloué aux institutions de l’enseignent supérieur.

En 2018 par exemple, un protocole d’accord signé entre l’UEH et l’État haïtien, où ce dernier s’était engagé à déterminer un pourcentage adéquat du budget national pour le fonctionnement de l’Université d’État d’Haïti. Pourtant, dans l’exercice fiscal 2018-2019, l’enveloppe en faveur de l’UEH était évaluée à 1.15 % du budget national. Pour cet exercice 2019-2020, l’enveloppe destinée à l’Université d’État d’Haïti a été revue à la baisse et a diminué de 7.32% en comparaison du précédant. Ce qui veut dire l’UEH avait disposé de « 100 808 835.00 gourdes » en moins par rapport aux deux exercices antérieurs. Le pourcentage alloué à l’UEH est alors passé à 0,64 % dans le budget de 2019-2020. Pour cet exercice fiscal (2020-2021), l’Université d'État d'Haïti a reçu une enveloppe évaluée à 1,985,940,525 soit 0.78% du budget national. L’enveloppe de l’UEH n’arrive même pas à 1% du budget de l’année fiscale. C'est ce qui explique que le manque de volonté de consolider la formation universitaire en Haïti et le niveau le plus bas ne sont même pas pris en compte.

Si nous faisons référence à l’étude de l’UNICEF sur les enfants en dehors du système scolaire haïtien en 2017, presque 2 enfants sur 10 de 6 à 11 ans ne fréquentent pas l’école primaire et environ 6 enfants sur 10, âgés de 6 ans, entrent en 1re année. Le taux net de scolarisation dans le primaire est plus faible dans les zones rurales (80 pour cent) que dans les zones urbaines (91 pour cent) et nettement plus faible dans certains départements. En Haïti, seulement 63 pour cent des enfants de 36-59 mois fréquentent un programme d’éducation préscolaire. L’offre éducative est principalement non publique, avec plus de 80 pour cent des écoles appartenant au secteur non public, lit-on dans ce rapport. Nous pouvons donc dire qu’en Haïti qu’il y a une société sans objet social.

Pourtant, c’est à partir d’un objet social qu’une société se donne comme activité, comme projet commun ou comme programme. On constitue une société pour un but légal, pour réaliser un bénéfice et le partager entre associés ou pour profiter d'une économie. En ignorant le fondement scientifique, l’État haïtien ne peut affirmer pourquoi on constrtuit une société. Or toute société doit avoir un objet licite qui doit être constituée dans l'intérêt commun. En pratique, c’est le rôle de l’université de le rédiger tout en indiquant par exemple que la société a pour activité la commercialisation de biens, qu'elle a pour activité la production. On ne peut pas construire un pays avec n'importe quelle forme sociale, ni avec n’importe quelle forme de gouvernance. Le fait de minimiser l’université tout en pratiquant des activités visant la destruction de milieu universitaire, l’ignorance de la compétence reste le fondement destructif de cette société. Si une société se donne pour objet une activité réglementée sur une base scientifique, une activité pour laquelle il y a de telles exigences, on saura qu'elles sont requises parce qu'on le voit dans l'objet de cette société.

                                             

  Max Rosebert Shoewer LUBIN Auteur

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