Crise du nationalisme haïtien :vers la définitive désintégration de l’Etat-nation ?

Publié le 2020-10-19 | Le Nouvelliste

Le phénomène national reste l’un des phénomènes les plus ambigus de la modernité politique, car se renvoyant à une béance qui premièrement, tend à l’obscurcissement de son sens, mais surtout et deuxièmement, à une nécessité de sa reconceptualisation; sachant que de plus en plus de groupements humains se réclament de nation, d’Etat-nation. Les frontières politiques et identitaires se construisent entre les communautés qui se vouent de temps à autre à l’autonomie et à l’autodétermination, alors que les peuples réclament de plus en plus leur droit à la citoyenneté, à l’intégration nationale.

Cela interpelle une double interprétation de ce phénomène: l’homogénéité qui tend à la construction de chaque nation recherchant l’autonomie politique et la souveraineté du peuple (expression numérique de celle-ci) réclamant la citoyenneté. Cette tendance politique, plus que jamais, a fait un bond significatif au milieu du 18e siècle pour continuer son émergence au commencement du 19e, surtout avec les révolutions américaine, française et haïtienne.

Cette dernière elle-même, dans son aboutissement ou dans ce qu’elle a légué comme résultat historique, est à même d’attirer les chercheurs à un profond essai de compréhension du phénomène de l’Etat-nation comme étant une réalité politique moderne. En effet, au début de sa formation, Haïti a reflété les paramètres auxquels on qualifie une communauté politique d’Etat-nation, à savoir la jonction d’une nation  autonome, à un Etat à qui elle choisit d’attribuer le monopole de la violence légitime (Weber : 1919).

Cependant, même si cet attachement du peuple haïtien à cette instance politique qu’il reconnait et rejette à la fois, cette demande haïtienne de la citoyenneté est souvent  repoussée par une force inhibitrice qui bloque ainsi le processus d’intégration nationale nécessaire à tout Etat-nation; il existe pourtant, d’un point de vue politique, une identification haïtienne se renvoyant à l’homogénéité ayant donné lieu à la formation de la nation haïtienne particulièrement.  La crise de l’Etat-nation  haïtien découle de cette problématique. En ce sens les crises sociopolitiques récurrentes en Haïti découlent-elles de la crise du nationalisme haïtien elle-même ?   Comment, malgré les différentes crises sociopolitiques qui ont secoué le pays, il existe encore cette référence politique à laquelle la nation haïtienne s’identifie? Pourquoi, malgré l’apparent désenchantement  national, les masses populaires réclament-t-elles encore leur droit à la citoyenneté?

Dans ce billet, je me propose d’attaquer la problématique qui tourne autour de la genèse de la construction de l’Etat-nation  haïtien et les pratiques socio-politico-économiques haïtiennes sous-jacentes sur lesquelles l’enjeu de l’histoire politique d’Haïti s’est établi. Cela étant dit, je ferai nécessairement une analyse du nationalisme haïtien qu’on ne doit pas, dans une conception simpliste ou aberrante, confondre au simple attachement haïtien d’avec la patrie, mais plutôt le voir comme un mécanisme sur lequel est construit un «ensemble » politique ayant la vocation d’être Etat-nation qui est en crise récurrente. Ainsi j’aurai à analyser l’impact de l’antinomie existant entre l’idéal républicain ayant été la base fondatrice d’Haïti et le réel du vécu socio-politico-économique du pays sur la vie sociopolitique de ceci ainsi que les différents aspects de la crise de l’Etat-nation haïtien pour ainsi faire une projection sur le futur de ceci.

Du nationalisme à la genèse de l’Etat-nation haïtien

L’histoire de l’Etat-nation haïtien remonte à la révolution haïtienne qui a commencé à la fin du 18e siècle pour aboutir au commencement du 19e siècle. La jonction entre la nation haïtienne d’avec un Etat le représentant (l’Etat haïtien) dans l’année 1804, a été le résultat de cette formation. En ce qui a trait à la formation de la nation haïtienne, les historiens haïtiens ne se mettent pas tout à fait d’accord, dans le sens que certains voient à la date du 1e janvier 1804 celle de la formation de cette nation ( Hurbon ; Hector : 2009), alors que d’autres pensent plutôt que la formation de la nation haïtienne a débuté depuis au début du  déclin de l’ère coloniale (Mannigat : 2001), soit dans l’année 1789.

            Par ailleurs, si l’on se réfère au sens d’Enerst Renan de sa définition contractualiste de la nation ; à savoir que celle-ci est « le résultat d’un accord libre et volontaire entre des individus désireux d’unir leur destin à la poursuite d’un projet commun » ; l’on pourrait admettre que le processus de la formation de la nation haïtienne a été effectif bien avant 1804. Parce qu’il s’agissait, par un contrat historique, de la mise ensemble de certains individus qui allaient s’appeler Haïtiens, ceux qui allaient acquérir l’indépendance pour adopter un nouvel Etat ; autre que celui esclavagiste de la France ;  à qui attribuer le monopole de la violence légitime.

Suivant la théorie de Gellner (1989), l’adoption que la nation haïtienne a faite de cet Etat a été guidée par un nationalisme et a ainsi donné lieu à la formation de l’Etat-nation. Car pour l’auteur britannique, c’est un principe qui veut que l’unité nationale et celle politique soient congruentes. La rupture d’avec le système féodal esclavagiste ayant été établi par la métropole française, fut le résultat de cette congruence guidée par le nationalisme haïtien. Pour approfondir avec la pensée d’Hobsbawm (1992), ce nationalisme fut l’attachement des Haïtiens ou de la nation haïtienne à l’Etat haïtien, dans le sens que celle-ci s’est identifiée à cet Etat qu’elle a adopté avec la révolution de 1804. En revanche, le nationalisme haïtien, s’est installé dans l’histoire comme une demande de reconnaissance historique de tous les contractants ayant participé à la construction de l’Etat-nation haïtien, par légation intergénérationnelle de la citoyenneté qui, elle-même, est une sorte de réclamation du droit d’être Haïtien et d’acceptation du devoir haïtien.

Cette approche met en exergue la réalité de la modernité politique dans laquelle l’individu et sa liberté en tant qu’animal politique, est au centre du politique. Pour l’auteure américaine Liah Greenfeld (2006), le nationalisme est le nouveau cadre d’appréhension de la modernité dans le sens qu’il a engendré un nouveau paradigme politique qui tend vers la liberté humaine. L’Etat-nation haïtien au tout début, a emprunté de ce paradigme. Puisqu’il s’agissait, pour sa construction, de la prise en compte de la revendication portant sur la liberté humaine comme étant un impératif politique.

 Ainsi, pour appréhender l’enjeu du présent sociopolitique d’Haïti, le rapport de crise entre les différents acteurs, il est important de faire une approche qui tienne compte de l’histoire de l’Etat-nation haïtien. A rappeler que pour la formation de la nation haïtienne, il fallait la jonction plus ou moins spontanée, de deux classes sociales ( Paquin : 1988)  qui se distinguaient de par les rangs qu’elles occupaient au sein la société coloniale de l’année 1789 ; par une rhétorique qui tendait vers la liberté et l’égalité. Cette rhétorique avait pour mobile, la volonté de rupture d’avec la métropole française, mais aussi celle d’une réelle liberté pour tous dans un cadre républicain. L’idéal républicain, étant la boussole des couches marginalisées, à cet effet, reste encore figé dans le présent politique d’Haïti comme étant une représentation latente, mais qui fait surface de temps à autres comme la logique du nationalisme haïtien.

La genèse de la construction d’Haïti, fusse-t-elle temporaire, a par conséquent, reflété celle d’un Etat-nation ayant choisi un régime politique légitime pour guider son destin. Par contre la désorientation de l’Etat haïtien marquait le début de la fin de la légitimité (dans le sens premier du terme) de ce régime, vis-à-vis du cadre républicain qu’a emprunté la nation haïtienne. En ce sens, comment comprendre le détournement d’Haïti vis-à-vis de son projet républicain ?

L’Etat-nation haïtien et la logique des classes

La construction de l’Etat-nation haïtien, fruit d’une révolution historique, réitérons-le, découlait de la nécessité d’une certaine phase d’évolution humaine survenue dans une étape bien déterminée qu’est la modernité où l’Homme est conscient du fait qu’il est un être libre et qu’il doit jouir de sa liberté par conséquent. Certains auteurs font de la révolution française la principale source d’inspiration de celle-ci tant elles partagent certaines particularités. Cependant il faut noter que même si les principaux auteurs de ces deux révolutions se rejoignent dans le fait qu’ils voulaient chambarder des systèmes de féodalité, il n’en demeure pas moins que les premiers voulaient l’égalité et la liberté dans un système inégalitaire, alors que les seconds aspiraient à l’égalité, la liberté et à l’autodétermination dans une rupture d’avec un système esclavagiste. Ces deux révolutions ont quand même abouti à ce que  Gellner appellerait la congruence entre des unités nationales et politiques autonomes. Congruence, dans la mesure où les deux sociétés sont passées à des sociétés verticales pour devenir des sociétés horizontales dans lesquelles leurs Etats assureraient l’homogénéité.  De là étaient-elles guidées par le nationalisme, principe et mécanisme d’appartenance qui garantisse l’égalité des éléments homogènes d’une communauté de facto et de jure.

            Cependant, si la révolution française fut porteuse de l’idée d’égalitarisme dans l’universalisme, la société française d’après cette révolution fut pour sa part, une société restreinte dans laquelle la totalité du droit à la citoyenneté n’était pas attribuée à tous les contractants, ou plutôt devrait-on dire à l’universel. Il fallait attendre la troisième république pour que le droit de citoyenneté soit attribué à tous les Français. En revanche, l’idéalisme républicain, en France, s’est concrétisé petit à petit.

            La société haïtienne elle, se trouvait ultérieurement de la révolution, au gouffre des dédales de son nationalisme qui avait vocation d’être guidé par l’idéal républicain devant lui assurer son futur. Cette problématique peut être comprise dans l’étude historique de la formation de la nation haïtienne comme nous l’avons mentionnée plus haut. En effet, celle-ci a nécessité la mise ensemble de deux principaux groupes qui autrefois dans la société coloniale de la fin de l’année 1789, étaient antagoniques et avaient des intérêts différents.

Cependant, ces groupes se sont rejoints pour acquérir l’indépendance haïtienne ou plutôt pour former ce qu’on pourrait appeler l’Etat-nation haïtien.  Comme le rapportent certains historiens, les élites mulâtres et celles noires se sont rejoints pour l’acquisition de l’indépendance haïtienne, alors qu’il y avait une masse qui aspirait à la liberté et qui représentait une majorité numérique, qui s’est rejointe à  l’idée de cette indépendance.  Ainsi, dans la formation de la nouvelle Haïti, il allait avoir l’émergence des classes dans le système nationale et d’un point de vue sociopolitique et d’un point de vue socioéconomique alors que la dualité mulato-noiriste s’installait déjà dans le pays comme réalité sociale.

Du point de vue sociopolitique,  la réalité haïtienne juste après l’indépendance, était contradictoire à son nationalisme ou plutôt à l’idéalisme républicain qui a engendré l’Etat-nation haïtien. Il est vrai qu’au départ le pouvoir politique a été investi d’une légitimité attribuée par la vox populi, ceci, cependant, n’a pas tardé à devenir l’objet du despotisme inhibant le droit à la nation, au peuple haïtien de se statuer sur son destin politique, sur son droit à l’intégration politique proprement dite. Cela dit qu’il y avait un blocage, une barrière au départ, ayant empêché au peuple haïtien d’être intégré politiquement dans le cadre de l’Etat-nation, alors que le principe du nationalisme forgeant cette forme d’organisation politique, exige cette intégration.

La réalité socioéconomique d’Haïti au départ n’en demeurait pas moins contradictoire que celle sociopolitique du pays. La structure économique du pays, nous apprend Benoît Joachim (1979), fut une « structure agraire » alors que l’agraire fut reconnue comme un outil de reconnaissance de classe dans le pays. En effet, le rapport déséquilibré de classe socioéconomique en Haïti s’est construit au départ, autour de la question agraire. Dans cette réalité encore, l’inégalité et la non-intégration se sont imposées de manière considérable.

La réalité socio-politico-économique haïtienne d’aujourd’hui est le reflet historique de celle du départ. En effet, d’un point de vue politique, l’intégration d’un peuple reste bloquée à cause d’une réalité politique paralysée. Les révolutions politiques sous jacentes de celles de la révolution mère de 1804, telles que celles de 1956 et 1986 n’auront pas été  des révolutions porteuses de remèdes immédiats pour la crise politique de l’Etat-nation haïtien.

D’un point de vue socioéconomique, malgré les différentes mutations sociales et économiques des sociétés et celle d’Haïti, surtout avec l’émergence de l’industrialisme et/ou du libéralisme, ce « projet »d’Etat-nation reste et demeure bloqué soit à cause d’un certain clientélisme, paralysé par l’inégalitarisme et la non-intégration économique.

Pourtant, le nationalisme haïtien qui est guidé par l’idéalisme républicain ayant forgé l’Etat-nation, revoie à l’intégration de tous les Haïtiens d’un point de vue politique, social et économique. C’est cette demande de citoyenneté qui identifie cet Etat-nation à l’ensemble des contractants ainsi qu’aux héritiers historiques de ceci, mais qui factuellement, est déclinée par une réalité haïtienne contradictoire. Il se manifeste quand l’intégration n’est pas faite. Comme par exemple quand une majorité exclue gagne les rues pour réclamer ses droits en tant qu’Haïtiens.

La crise de l’Etat-nation haïtien

Les crises sociopolitiques d’Haïti résultent alors d’une contradiction significative relative à la dualité entre l’idéalisme républicain ayant forgé le nationalisme et la réalité socio-politico-économique d’Haïti. En effet cet idéalisme républicain est exigeant envers ce que l’Etat-nation haïtien en tant qu’entité sociale et politique, devrait être : le lieu où se combine liberté, égalité et fraternité. Par contre, la réalité socio-politico-économique d’Haïti se dessine autrement de cet idéalisme. Cela s’est manifesté, depuis au départ, par la non-intégration de tous les Haïtiens et d’un point de vue économique et d’un point de vue politique. Aujourd’hui, la conscience citoyenne d’appartenance est encore vivante chez les Haïtiens alors que l’intégration n’est pas encore.    

            Par conséquent, la demande n’étant pas satisfaite ; à savoir celle nationaliste qui exige l’intégration nationale ; il y a comme une colère et/ouun désenchantement affaiblissant et le patriotisme qui est un aspect du nationalisme, et le nationalisme haïtien même dans ses différents aspects. Les différentes crises sociopolitiques d’Haïti illustrent parfaitement cet état de fait, si tant est que le politique en Haïti est le lieu d’interaction entre les différents acteurs de la crise haïtienne. Elles résultent de cette problématique se construisant autour de la construction de l’Etat-nation haïtien comme lieu de promesse d’un nouvel ordre politique égalitariste dans lequel la liberté est garantie et la réalité inégalitaire d’Haïti inhibant la liberté.

            Ceci est semblable à ce que Edmund Heinz (1947) appellerait la crise du politique. A savoir la crise qui découle de la contradiction entre l’aspiration des Hommes par rapport à la société politique et la réalité politique forgée par l’égoïsme de ceux-ci. La naissance de l’Etat-nation haïtien fut guidée par cette aspiration à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Cependant, la réalité haïtienne dans l’histoire, a été contradictoire à cette aspiration.

            Par ailleurs, la récurrence des crises sociopolitiques en Haïti relève dans le fait, que l’exigence nationaliste  a persisté dans l’histoire et persiste encore aujourd’hui. A cet effet, le professeur Michel Hector souligne dans son essai Crises et mouvements populaire en Haïti, que « l’histoire d’Haïti aux XIXe et XXe siècles nous offre, en plusieurs occasions l’expérience de grande mobilisations populaires autour d’un leader charismatique. En général, elles sont porteuses de revendications socioéconomiques exprimées ouvertement ou véhiculées de façon latente. Chacune a cristallisé soit une vague de projet politique de régénération sociale massivement soutenue par la couche opprimée de la population, soit même une tentative de conquérir le pouvoir central en vue de réaliser enfin l’intégration dans la nation, de large secteurs marginalisées des villes et/ou des campagnes. Réparation, intégration, justice condensent les aspirations et les revendications qui ont traversé l’ensemble de ces grands mouvements populaires ».

Ces principales revendications reflètent l’aspiration à la réelle citoyenneté qui motive le peuple haïtien comme l’expression numérique de la nation haïtienne.  Elles reviennent aujourd’hui encore dans les périodes récentes dans lesquelles on a vu de grands bouleversements ayant paralysé le pays.

A la désintégration nationale ?

La crise de l’Etat-nation haïtien amènera-t-elle à la désintégration de la nation  haïtienne? Haïti a résisté  à tant de crises sociopolitiques  dans son histoire qu’il nous est impossible de nous empresser à répondre à cette question  par l’affirmative. Cependant, selon la pensée d’Edgar Morin, les systèmes sociohistoriques tels que les Etat-nations comme Haïti, sont appelés  à se désintégrer à s’auto-réactualiser.

 La survie historique d’Haïti; bien qu’elle ait connu de grandes  crises qui ont même abouti à sa scission; témoigne du fait que ce pays s’est auto-réactualisé pour traverser les époques.  Par contre le désenchantement  national aujourd’hui se fait de plus en plus remarquer.  Il révèle une sorte de mort lente et progressive du nationalisme haïtien dans tous ses aspects, donc du nationalisme qui l’a engendrée.  Nous allons expliciter notre constat en ce qui suit.

Le nationalisme; nous l’avons compris; est le noyau de la nation, de l’Etat-nation  en tant que forme d’organisation politique. Nous admettons de ce point de vue, que la cohésion de l’Etat-nation dépend du nationalisme qui le forge. S’il est l’identification d’une unité dite nationale  par rapport à une unité politique, ce principe maintien la survie de la nation dans le temps historique dans son besoin d’autodétermination politique. Est-ce à dire que la fin du nationalisme marque la fin de la nation, de  l’Etat-nation ?

Dans le cas d’Haïti, il est vrai que l’exigence citoyenne est encore présente et pressante, mais il est tout autant vrai que le nationalisme haïtien se porte mal. Plusieurs causes peuvent corroborer notre constat.

Dans un premier temps, prenons les problèmes liés à la nation haïtienne en tant que groupement humain. Certains clivages sociaux, d’un point de vue historique, ont la tendance à séparer les différents éléments en droit  de faire partie de celle-ci. Ainsi la nation haïtienne est fragmentée ou morcelée en des groupements plus ou moins considérables cherchant à satisfaire leurs intérêts.Cette problématique est encore d’actualité dans le processus de construction du pays sous ses différentes formes, d’autre en plus qu’elle crée des antagonismes plus ou moins significatifs entre les différents groupes faisant partie de la nation. 

Dans un second lieu, l’Etat haïtien comme choix politique, ne satisfait pas dans sa mission politique ou à travers ses différentes réalisations, la demande nationale haïtienne. En effet, cette instance politique ne parvient pas à finaliser le projet d’Etat-nation haïtien d’un point de vue politique, ou plutôt devrait-on dire qu’il ne parvient pas à réguler l’interaction des différentes unités faisant partie du système socio-historique haïtien dans un cadre national. Par conséquent, les principales revendications pour la liberté, l’égalité et pour l’intégration en Haïti vont à l’encontre du politique pour interpeller l’Etat. 

 Les problèmes relatifs au projet d’Etat-nation haïtien dans tous ces aspects peuvent amener à l’effondrement du système socio-historique qu’est Haïti. Même s’il ya aujourd’hui encore la reconnaissance nationale haïtienne vis-à-vis d’un cadre de vie politique qui se manifeste constamment, il n’en demeure pas moins qu’Haïti reste un lieu de fragmentation, d’antagonisme et de crises récurrentes. Celui qui gagne les rues, prétend, par pulsion nationaliste, qu’il a des droits en tant qu’Haïtien dont il doit jouir, car il se réfère à un cadre politique qu’il reconnait, à qui il est contraint de léguer la légitimité. Cependant, il fait partie d’un cercle marginalisé qui se distingue de la classe des privilégiés socioéconomiques du système qui, par une forme de répulsion, d’exclusion,  inhibe son intégration nationale, paralyse le processus de la construction et de la légation de sa citoyenneté haïtienne.

La persistance d’une telle distinction rend fragile l’organisation socio-politico-économique d’Haïti et paralyse d’autre en plus le projet d’Etat-nation haïtien. En effet certains phénomènes comme des guerres civiles, des génocides peuvent surgir d’un jour ou l’autre dans le pays, ce qui rend l’avenir incertain. Mais pour l’instant, comme aiment le dire les Historiens, Haïti est assise sur un baril de poudre dont la moindre étincelle pourrait faire sauter et continue de survivre malgré lui.

           

In fine, retenons que le projet d’Etat-nation haïtien a été interrompu par les pratiques socio-politico-économiques en Haïti. Cependant, l’idéal républicain reste encore encré dans le vécu politique haïtien si tant est qu’il se transforme en réclamation ou demande citoyenne non satisfaite, car l’intégration nationale que prévaut le nationalisme haïtien, est déclinée à travers la réalité socio-politico-économique haïtienne. En ce sens, la crise du nationalisme haïtien surgit quand cette intégration n’est pas faite ou quand la demande citoyenne n’est pas satisfaite.

Haïti, dans son histoire, a connu  des crises sociopolitiques récurrentes qui d’un point de vue systémique, paralysent son projet d’Etat-nation. Celles-ci viennent en effet, de la dualité ou de l’antinomie  entre l’idéal républicain et la réalité du pays. Mais malgré tout, elle reste le milieu de reconnaissance et de rassemblement des Haïtiens qui interagissent dans leur unicité et dans leur antagonisme. Par ailleurs l’Etat haïtien qui est un choix politique, ne parvient pas dans sa mission, à réguler le rapport crisique des éléments faisant partie de la nation.

Si les crises persistent encore aujourd’hui en Haïti, c’est que l’antinomie entre l’idéal républicain et la réalité socio-politico-économique et que l’Etat haïtien. Celles-ci peuvent amener à l’effondrement de l’organisation du système sociohistorique qu’est Haïti dans la désagrégation de la nation haïtienne et/ou de l’Etat-nation dans la déflagration des éléments antagoniques. Cependant, elle peut tout autant amener à un ordre établi par la logique de rapport de force, de façon à établir defaçon continuelle, un système inégalitaire qui inhibe la liberté.

©Jonas Réginaldy Y. DESROCHES, Mémorand en Philosophie et en Science Politique à L’IERAH/ISERSS de L’UEH.

Références :

GELLNER Ernest, Nation et nationalisme, 1989, Paris, Payot.

HECTOR Michel, HURBON Laënnec, La genèse de l’Etat haïtien (1804-1859), Port-au-Prince, 2009.

HECTOR Michel,Crises et mouvements populaire en Haïti

HOBSBAWM Eric, Nation et nationalisme depuis 1780,Paris, Gallimard, 1992.

GREENFELD Liah, Nationalism : Five Roads to Modernity, Havard university Press, 1992.

GREENFELD Liah, The Spirit of Capitalism:Nationalism and Economic Growth, Havard University Press, 2001.

GREENFELD Liah, Nationalism and the Mind:Essays on Modern Culture, Oxford: Oneworld, 2006.

HEINZ Edmund, Die krise des politischen, Nürenberg, Bamberg, Passau, Glock und Lutz, 1947.

JOACHIM Benoit, Les racines du sous-développement en Haïti, Port-au-Prince, Editions Henry Deschamps, 1979.

MANNIGAT Leslie F., Eventail d’histoire vivante d’Haïti, Tome 1, Port-au-Prince, 2001.

MORIN Edgar, Pour une Crisologie, In : Comnunications, 25, 1976. La notion de crise. Pp, 149-163.

PAQUIN Lyonnel, Les Haïtiens. Politique de races et de couleurs, Port-au-Prince, Imprimerie le Natal, 1988.

VILLAVICENCIO Susana, La république, la nation et la démocratie à l’épreuve de la diversité, Presse Universitaire de France, 2007.

WEBER Max, Le savant et le politique, Traduction de Julien Freund. Introduction de R. Aron. Paris, Plon, 1959.

Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".