Questions contemporaines des relations haïtiano - dominicaines, y compris la migration.

Publié le 2020-10-16 | Le Nouvelliste

Dans le cadre de ses articles sur la République dominicaine, Le Nouvelliste a rencontré DrWatson Denis, auteur, professeur d’histoire de la Caraïbe et de relations internationales à l’Université d’État d’Haïti (UEH). Celui-ci vient de réaliser la publication d’un ouvrage collectif intitulé : La négation du droit à la nationalité en République dominicaine. Situation d’apatridie des Dominicains et Dominicaines d’ascendance haïtienne (juin 2020).

Cet entretien avec le professeur Denis permet de comprendre des pans entiers des relations haïtiano-dominicaines à l’époque contemporaine, y compris la question migratoire dans son évolution et implications. Aussi, l’interviewé propose des pistes de solution pour combattre l’apatridie, qui a généré, suite à l’adoption en septembre 2013 de l’arrêt TC :0168/13 de la Cour constitutionnelle de la République dominicaine, unlot de misères aux personnes victimes de dénationalisation. Dans cette optique, il existe des membres de la communauté internationale qui attendent de la présidence de Luis Abinader des solutions juridiques libératrices sur la dénationalisation et l’apatridie.

Dès aujourd’hui l’entretien sera publié dans plusieurs numéros du journal.

Q. Haïti et la République dominicaine, c’est l’histoire d’une ile et deux pays, ce qui place la question migratoire au cœur des relations. Merci de dresser sur le siècle passé un état des lieux de la situation migratoire entre Haïti et la République dominicaine pour les lecteurs du journal Le Nouvelliste ?

Réponse.Vous commencez l’interview par la fameuse question migratoire, vous admettez que c’est une question complexe. Elle embrasse plusieurs champs dont la politique, l’histoire, la géographie, l’économie, la sociologie, le droit et les relations internationales en ce sens qu’ellejuxtapose les relations existantes entre au moins deux États du système international. C’est pourquoi j’ai toujours considéré la migration ou la migratoire comme une branche spécifique des relations internationales.

Comment se présente à nous la problématique de la migration haïtienne en République dominicaine ?Nous, habitants et citoyens de l’ile d’Haïti, sommes tous, à partir de 1492, des migrants ou fils et filles de migrants venus d’Afrique, d’Europe et d’autres aires culturelles du monde.

L’ile d’Haïti, constituée de 76,500km2 environ, divisée aujourd’hui en deux États indépendants, à savoir la République d’Haïti (autour de 27,750 km2) et la République dominicaine (près de 48,440 km2) sont unies par l’histoire et la géographie. Certes, du point de vue géologique et géographique, l’ile reste une seule entité, mais du point de vue historique et politique, conséquence du colonialisme et de l‘esclavagisme, elle est divisée en deux États indépendants. Du point de vue économique, les indicateurs de développement sont plutôt en faveur de la République dominicaine. Au cours des 30-40 dernières années la République dominicaine s’est transformée et le processus de transformation économique se poursuità un rythme vertigineux, attestent les gratte-ciel qui surplombent Santo-Domingo, l’intensité de la circulation automobile, les voies modernes de communication, la modernisation du système de transport en commun utilisant déjà le métro et la téléphérique. Cette transformation est le résultat d’un ensemble de facteurs dont les investissements importants consentis en République dominicaine. De ce fait, la République dominicaine, par rapport à Haïti, représente un pôle d’attraction pour les Haïtiens en quête de meilleures conditions de travail.

Les investissements sont à même de mobiliser des travailleurs, en quête de meilleures conditions d’existence. Ceux qui sont à même de vendre leur force de travail suivent la route des capitaux ou les chantiers générés par les investissements. C’est ce qui se passe depuis un certain temps dans les relations entre Haïti et la République dominicaine. Les travailleurs haïtiens émigrent de l’autre côté de la frontière en quête d’un mieux-être. En effet, des investissements réalisés en République dominicaine ont attiré la main d’œuvre haïtienne. Ce fut le cas au siècle précédent, c’est encore le cas au cours de ces 20 premières années du XXIe siècle.

Pour répondre directement à votre question, je soulignerai que la migration haïtienne en République dominicaine remonte à la fin du XIXe siècle, précisément avec les investissements étrangers, dont ceux des capitalistes espagnols, cubains, français, italiens et nord-américains dans ce qu’on allait appeler l’industrie sucrière en République dominicaine. Cette industrie sucrière remonte aux années 1870-1880. Déjà quelques paysans haïtiens, vivant dans la zone limitrophe à la frontière haitiano-dominicaine, oisifs et désœuvrés, faute de mieux passaient aux bateys (complexe agro-industriel de production sucrière) ; ils vendaient leur force de travail dans ces premières installations sucrières. La présence de ces paysans haïtiens était à peine perceptible car toute l’attention se portait sur les travailleurs Cocolos qui arrivaient de la Caraïbe anglophone, des sujets de la reine d’Angleterre. Dans leur grande majorité les travailleurs Cocolos étaient des noirs à l’instar des travailleurs haïtiens ; à la différence qu’ils parlaient anglais comme les managers, les administrateurs des plantations. Certains Cocolos, surtout ceux-là ayant une profession manuelle, ne tardaient pas à monter en grade et à occuper des positions intermédiaires dans la chaine de production de l’industrie sucrière qui, d’année en année, prenait de l’essor. La mobilité sociale dans certains cas, mais aussi le travail éreintant dans les bateys, les préjugés sociaux, les discriminations de type racial et les mauvaises conditions de travail en général poussaient bon nombre de Cocolos à abandonner les champs. Au bout du compte, les responsables de l’industrie ont poussé la roue jusqu’à remplacer définitivement les Colocos par les paysans haïtiens. Eux-mêmes, ils étaient bien coincés dans une économie haïtienne non capitalisée et dans une vie politique caractérisée par l’instabilité. Dès cette période jusqu’au début du XXe siècle, les paysans haïtiens se rendaient donc périodiquement dans les zafras (saison de récoltes de la canne à sucre), d’autant plus que ce fut une habitude que les Haïtiens traversaient la frontière, presque sans difficulté.

En fait, au XIXe siècle, le dénuement socio-économique poussait les Haïtiens à émigrer, pour monnayer leur force de travail, par exemple dans les plantations sucrières en République dominicaine et à Cuba.

La migration haïtienne a été intensifiée avec l’Occupation politique et militaire des deux États de l’ile d’Haïti par les États-Unis d’Amérique (Haïti 1915-1934 et République dominicaine 1916-1924). A partir de ce moment je veux croire qu’il s’opérait une sorte de « division insulaire du travail ». A la République dominicaine les investissements de capitaux et à Haïti la mobilisation de la force de travail. Ce schéma a fonctionné pendant le long XXe siècle. Malgré le massacre des Haïtiens, causant l’assassinat de plus de 15,000 personnes, commis en 1937 par le régime du dictateur Raphael Leonidas Trujillo Molina, le mouvement migratoire haïtien ne discontinuait point. A la suite du massacre, la migration haïtienne en République dominicaine allait être réglementée. Cette règlementation était due à l’indignation nationale causée par le massacre de 1937 et à l’émergence des idées de démocratie qui se répandaient un peu partout après la Seconde guerre mondiale. Ainsi il a été signé, par les deux gouvernements, haïtien et dominicain, des contrats d’embauchage en vue d’alimenter les bateys en main d’œuvre haïtienne. Le premier contrat d’embauchage a été signé en 1952 sous le gouvernement du général Paul Eugène Magloire avec le régime du général Trujillo au pouvoir en territoire voisin. D’autres contrats ont été paraphés, tels en 1958, sous la présidence de Dr François Duvalier et en 1982 sous la présidence à vie de Jean-Claude Duvalier. 

A chaque signature de contrat d’embauchage, l’État haïtien devait faciliter le voyage d’un contingent de 10, 000 ou de 12,000 à 15,000 travailleurs pour le fonctionnement régulier des bateys. Ces gens qui partaient pour ces bateys étaient considérés comme des travailleurs saisonniers. Les gouvernements haïtiens successifs ont toujours reçu une forte somme d’argent, dit-on pour les opérations d’embauchage (dont mobilisation et inscription des candidats, tests médicaux, préparation et délivrance de documents de voyage, transport des migrants et nourriture jusqu’au port d’arrivée). En 1983-1984, cette somme tournait autour de 2 millions de dollars américains.

Les contrats d’embauchage ont toujours établi de bonnes conditions de travail en faveur des travailleurs migrants, quant à la paie, au logement, aux soins de santé, aux documents d’identité et même aux loisirs. L’OIT d’une part, et les organisations des droits humains, d’autre part, qui dénonçaient les mauvais traitements subis par les migrants haïtiens poussaient les autorités des deux États à inscrire de bonnes dispositions dans les contrats d’embauchage. Par la suite, constatant le non-respect de ces dispositions, en désespoir de cause, ce sont ces mêmes entités qui dénoncent à nouveau les mauvaises conditions de travail des braceros (coupeurs de canne à sucre). En effet, le non -respect de clauses posa de multiples problèmes dans l’existence quotidienne des travailleurs migrants et de leurs progénitures.

Il n’était pas nécessaire de renouveler les contrats d’embauchage sur une base annuelle. Sur cette question d’embauchage il avait une « entente cordiale ». A la veille de la zafra, chaque État de l’ile savait pratiquement quoi faire. A l’approche de la zafra la République d’Haïti s’arrangea pour expédier les travailleurs préposés aux bateys et la République dominicaine passa à la caisse. Si nous analysons les choses sous divers angles on verra, d’une part que cette transaction diminua le chômage en Haïti et les travailleurs migrants envoyèrent quelque somme d’argent au pays natal et, d’autre part, la main d’œuvre haïtienne servit àalimenter et à faire fructifier les plantations sucrières. La migration haïtienne représenta donc une force de travail incontournable pour faire tourner l’industrie sucrière de l’autre côté de la frontière.Dans ces circonstances, ce n’est pas la peine d’ajouter qu’il existait une armée de main d’œuvre haïtienne, encouragée par les propriétaires et les responsables des lieux, qui restait sur place, dans les bateys pour s’occuper pendant toute l’année de la culture de la canne à sucre, du nettoyage des champs, de la récolte en pleine saison, ainsi que du broyage de la canne et de la production du sucre, à proprement parler. Au long des années, cette main d’œuvre stationnaire forma une communauté haitiano-dominicaine. Les enfants de ces travailleurs migrants ayant pris naissance sur le sol dominicain détiennent la nationalité dominicaine en vertu des constitutions dominicaines, antérieures à 1929 et jusqu’à celle de 2010.

La chute de Jean-Claude Duvalier en février 1986 a mis fin à cette question d’embauchage qui avait soulevé des controverses dans le pays et un peu partout. En Haïti, des militants politiques de l’époque avaient même chanté dans les rues de Port-au-Prince, en mars 1986, les funérailles symboliques de l’embauchage. Dès lors l’embauchage était devenu une question tabou, le nouveau pouvoir haïtien, le CNG (Conseil National du Gouvernement) dirigé par le général Henri Namphy, ne saurait répondre aux sollicitations des autorités dominicaines. Le contexte socio-politique ne s’y prêtait pas, mais la réalité économique des secteurs vulnérables de la population exigeait une sortie dans l’immédiat. Cette sortie immédiate et nécessaire se retrouvait dans l’émigration. Et la voie la plus rapide se trouvait du côté de la République dominicaine.

En 1986, l’année de la bamboche démocratique d’Henri Namphy, la politique et l’économique ne se concordaient pas forcément. L’histoire d’Haïti nous enseigne que nous accomplissons des prouesses sur le plan politique, mais nous pataugeons dans le champ économique. De ce fait, l’avènement glorieux de 1986 n’a pas apporté de changements structurels dans le pays. La démocratie proclamée n’avait pas de ressorts économiques suffisants pour apporter le bien-être tant souhaité au peuple haïtien. Ce peuple, dans ses composantes les plus vulnérables, tels que les paysans, les secteurs populaires, devait continuer à bosser comme d’habitude, dans les mêmes conditions ardues et pénibles.

Face aux dures réalités du moment, dont le début de l’instabilité politique, la situation socio-économique désastreuse, l’insécurité qui commençait à se manifester dans les rues, des familles vulnérables, à défaut de ne pouvoir prendre la mer, ont gagné la frontièrepour aller couper de la canne. Dans ce contexte, les braceros haïtiens, bon gré mal gré, devaient continuer sa pénible traversée du désert. Ainsi, bon nombre d’entre eux se faisaient anba fil (migrants irréguliers). D’autres jeunes, intrépides, s’initièrent dans l’aventure dominicaine, amenés par les « viejos » (les expérimentés ou les habitués). Faut-il souligner qu’ils ont étésollicitésà grands renforts de publicité par les autorités dominicaines, les administrateurs de la CEA (ConsejoEstatal deAzúcar – la Compagnie d’État du Sucre). On faisait miroiter monts et merveilles aux yeux des paysans travailleurs. Sans cette main d’œuvre haïtienne la zafradominicaine était compromise ! Les politiciens et les militaires dominicains se mettaient de la partie. Baryè lib, fwontyèouvède batan, tout mounkivleka pase, pase. Tout le monde était devenu si gentil. On attirait les travailleurs haïtiens dans les mailles du filet. Eux, de leur côté, voulaient travailler, répondre à leurs besoins immédiats et à ceux de leur famille.

Les mercenaires ne chômaient pas. Parlant créole et espagnol, ils servaient de facilitateurs intéressés entre les gens d’ici et ceux de là-bas. On mettait des bus le longdes lignes frontalières pour faciliter le voyage des coupeurs de canne. On ne demandait pas de pièces d’identité, l’essentiel est de se retrouver sur les lieux ; l’embarquement se fit aussitôt pour les bateys. La majorité de ces voyages s’opéraient le soir, parfois en plein jour au vu et au su de tous. Les autoritésdes deux côtés de la frontière fermaient les yeux pour la réussite de l’opération. Des intermédiaires arrivaient même en Haïti pour encourager les paysans haïtiens à laisser tomber leur champ pour la coupe de la canne à sucre en République dominicaine.

Ce genre de situation, en dehors d’un contrat d’embauchage formel, se reproduisait de 1986 jusqu’en 1990.

En résumé, depuis 1986, il n’existe pas de contrats d’embauchage mais les Haïtiens continuent à émigrer de l’autre côté de la frontière. Avec le temps cette migration se diversifie considérablement. A côté de l’émigration des paysans, qui a tendance à diminuer pour des raisons évidentes, il y a des étudiants haïtiens (autour de 40,000en 2017) qui se rendent dans les universités dominicaines, les madansara (marchandes de produits de toute sorte qui font le va- et- vient régulier), les éléments des classes moyennes et quelques hommes d’affaires haïtiens qui investissent leurs capitaux en République dominicaine.Dans certains cas les voyages pour le travail, les études, les affaires, les activités commerciales, le tourisme se convertissent en migration définitive. C’est ainsi qu’il y a eu des Haïtiens et Haïtiennes qui se sont émigrés en république voisine pendant le XXe siècle.

La tendance se poursuit de nos jours, malgré les rapatriements et les refoulements. Selon le recensement de 2012 réalisé par l’Office National de Statistiques de la Républiquedominicaine, le nombre d’Haïtiens et d’Haïtiennes vivant dans ce pays s’éleva à 458,000 personnes. Ce chiffre représenta les 87% des personnes immigrées dans ce pays. De 

toute façon on était très loin « d’un million d’Haïtiens » que les secteurs conservateurs dominicains scandaient dès le début de la décennie 1990 pour faire passer leur message « d’invasion pacifique » des Haïtiens de leur pays. Heureusement que les statistiques (donc la science) ont pu libérer les esprits de ce discours politique qui pouvait causer des torts irréparables à la communauté haitiano-dominicaine.

Il est évident qu’après plus d’un siècle de migration haïtienne, il existe une communauté haïtienne et une communauté haitiano-dominicaine qui est de plus en plus visible de l’autre côté de la frontière. Déjà les autorités dominicaines s’attèlent àdiminuer, ralentir, contrôler, de l’extérieur, la migration haïtienne, par l’exigence d’un visa d’entrée qu’on doit obtenir en bonne et due forme dans un consulat dominicainétabli dans le pays. A l’intérieur, il y a des mesures limitatives ou restrictives qui sont imposées aux migrants haïtiens et à leurs progénitures. La dernière en date, qui a créé un tollé international, est le fameux arrêt TC : 0168/13 de la Cour Constitutionnelle de la République dominicaine, adopté le 23 septembre 2013, qui est censé dénationaliser plus de 250,000 Dominicains et Dominicaines d’ascendance haïtienne.

Voilà, grosso modo le tableau de la migration haïtienne en Républiquedominicaine, dès ses débuts méconnus jusqu’au déclenchement de l’arrêt si controversé de dénationalisation des Dominico-Haitianos.

Je dois ajouter un dernier mot qui me semble capital. Jusqu’ici on a disserté sur la migration haïtienne vers la République dominicaine, savez-vous qu’il existe aussi une migration dominicaine en Haïti dont on parlesi peu. La migration est un phénomène circulaire. Elle va dans tous les sens et tourne sur elle-même.Ce phénomène s’applique aussi à nous, Haïtiens et Dominicains, qui vivonssur une ile. Il va de soi que les Dominicainset Dominicaines vivent ici en toute quiétude. Des étudessont àréaliser pour mieux comprendre les contours de la migration des voisins dominicains en Haïti.

Q. Si nous faisons un historique de la relation migratoire entre les deux pays, à quel moment la migration haïtienne vers la République dominicaine est-elle devenue un irritant dans la relation, jusqu’à se transformer en un enjeu électoraliste ?

 R. C’est une question à deux volets. Parlons d’abord de la migration haïtienne comme irritant, ensuite discutons comment la migration haïtienne est devenue un enjeu électoraliste en République dominicaine.

Je pense que c’est à partir de 1991 que la migration haïtienne en République dominicaine devient un irritant comme vous le dites. J’estime qu’il y a deux raisons qui expliquent un tel phénomène : une raison politique et une raison économique.

La raison politique.Les dénonciations internationales contre les mauvais traitements infligés aux migrants haïtiens dans les bateys, dont celles de la Société anti-esclavagiste de la Grande-Bretagne en 1972, de  HumanRights Watch des États-Unis d’Amérique au cours des années 1980, arrivaient à un point culminant en septembre 1991 quand le nouveau présidenthaïtien Jean-Bertrand Aristide, issu des urnes populaires, au sommet de son art d’orateur et d’une popularité politique grandissante, dénonçait à son tour sur les tribunes de l’ONU en pleine Assemblée générale les conditions exécrables de travail et d’existence des braceros haïtiens en République dominicaine, dont les enfants en bas âge. La dénonciation publique, venant pour la première fois d’un chef d’État haïtien, a eu un impact international considérable.

Aussi, la réaction dominicaine a été rapide et tranchante. Le président dominicain d’alors, Dr Joaquin Balaguer, a aussitôt publié un décret de rapatriement d’Haïtiens et de refoulement des personnes à peau noire, qui s’apparenteraient à des Haïtiens. Veuillez noter les deux tranches d’âge qui devaient être envoyés en Haïti, des enfants en bas âge jusqu’à des adolescents âgés de 15 ans et des adultes de 58ans et plus. Même dans la colère incontrôlableet les représailles commanditées le bon sens commandait que les jeunes, les braves et les gaillards, les expérimentés (donc les soldats de l’industrie sucrière de 16 à 57 ans) devaient rester sur place pour s’occuper des menus travaux des plantations sucrières. Déjà on comprenait que la République dominicaine ne pouvait se passer d’une partie importante de la main d’œuvre haïtienne et dominico-haïtienne. Par conséquent, elle devait rester sur place dans les bateysà la disposition des propriétaires des plantations sucrières.

Nous savons déjà ce qu’il advint de l’ordonnance présidentielle de rapatrierles migrants haïtiens et de refouler desDominicains à épiderme noire et d’autres personnes présentant la physionomie stéréotypée d’Haïtien ou d’Haïtienne. Le gouvernement haïtien recevait, malgré lui,les compatrioteshaïtiens, des Dominicains et des congénères qui sortaient presqu’en même temps de tous les pores de la frontière. Ce gouvernement qui avait seulement sept mois au pouvoir n’était pas préparé à une telle avalanche de personnes qu’il fallait recevoir (dans la dignité), nourrir, héberger et prendre soin en général. Il a fallu faire au plus pressé. Visiblement le gouvernement était dépassé par un tel événement. Des associations d’aide, d’entr’aide, de solidarité ont émergé aussitôt. Ce fut au milieu de ce tourbillon migratoirequele GARR (Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés), par exemple, a pris naissance. Des instances de la communauté internationale, qui ne sont jamais trop loin d’ailleurs, se mettaient aussi de la partie. Ce fut au milieu de ce problème migratoire inhabituel mettant aux prises les deux États de l’ile quele président Aristide perdit pied et perdit le pouvoir le 30 septembre 1991. Il gagnât l’exil, d’abord au Venezuela, puis aux États-Unis d’Amérique.

L’année 1991 représente donc un tournant dans les relations entre Haïti et la République dominicaine, en particulier en ce qui concerne d’abord la question migratoire. Ce fut dans ce même contexte que le commerce dominicain a pris du relief sur le marché haïtien.

Tout de suite après la chute d’Aristide, le gouvernement de Balaguer a développé une sorte de politique d’humanisme à l’égard d’Haïti. Le schéma est le suivant : les préposés à l’artificeprésententHaïti comme un pays pauvre, un État instable, qui ne peut passe diriger lui-même, et la Républiquedominicaine est compatissante àson égard, à preuve elle reçoitsur son territoire des milliers de migrants haïtiens. Toutefois ils font comprendre à qui de droit que les chargesd’Haïtisont trop lourdes pour tomber seulement sur le dos de Santo-Domingo. Il revient plutôt à laFrance, qui avait colonisé ce territoire dans le temps, et aux États-Unis,qui l’avait occupé pendant 29 ans,de le prendre encharge en vue de son développement.

Un tel discours avait un impact certain lors du coup d’État (1991-1994). Vous savez que le gouvernement de Joaquín Balaguer n’avait pas respecté l’embargo international décrété contre Haïti. Des produits agricoles et autres types de marchandises passaient par la frontière pour arriver en Haïti. Il se disait alors dans les couloirs officiels de la République dominicaineet dans la presse proche du pouvoir de Santo-Domingo que le président Balaguer prit une telle décision en vue d’aider le peuple haïtien à ne pas mourir de faim. Il y a du vrai et du faux dans cette déclaration. Toujours est-il que ce fut à cette période de troubles, de conflits politiques interne en Haïti que les produits dominicains ont gagné, avec force, le marché haïtien. En d’autres termes, les commerçants, les capitalistes, les entrepreneurs dominicains ont découvert, à partir de la frontière commune entre les deux États, les potentialitésdu marchéhaïtien et ils ont exploité la situation.

Ils ont vendu au comptant à Haïti tout ce qu’elle ne pouvait acheter ou se procurer sur le marché international à cause de l’embargo, tels que les produits de première nécessité (lait, huile de cuisine, hareng, morue, vermicelles), matériaux de construction (fer, ciment, peinture, clous, matériels hydrauliques et électriques) et facilité l’entrée du carburant sur le sol national.On s’affairait à la frontière, certaines personnes ont de bonnes affaires. En gros, l’embargo international décrété contre Haïti était préjudiciable à l’économie haïtienne. Par contre, il était profitable à l’économie et au commerce dominicain. 1991-1994, période de cet embargoqui a amenuisé les potentialités de la production nationale, représente, sur le plan des relations commerciales, une phase importante dans l’évolution des deux pays.

Raison économique.La raison économique ayant poussé les autorités dominicaines à se libérer d’une partie de la main d’œuvre haïtienne dans les bateys est la suivante. A la fin des années 1970 et au début de 1980, la République dominicaine a changé la matrice de son économie. D’une économie qui tournait essentiellement autour de l’industrie sucrière, (avec quota assuré sur l’étranger dont les États-Unis d’Amérique) ellea adopté une économie de services focalisée dans le tourisme, l’hôtellerie et les zones franches. De ce fait, l’économie dominicaine n’avait plus besoin d’une main d’œuvre nombreuse cantonnée dans les bateys. Dans l’entendement des stratèges dominicains d’alors il y avait un trop plein de main d’œuvre dans les bateys qu’il fallait se défaire au plus vite pour éviter les problèmes de chômage et d’oisiveté que cela pourrait causer. Donc en 1991, le président Balaguer était en mesure de repousser vers Haïti, selon l’arrêté qu’il a adopté, les « invalides » des bateys, ceux et celles que l’industrie sucrière ne pouvaits’en occuper pour le moment. Mais, nous savons tous, dans l’application de cette mesure, d’autres choses se sont survenues. 

Pour répondre au second volet de votre question relative à la migration haïtienne comme enjeu électoraliste en République dominicaine je dirais que cette problématique est un épouvantail politique tendant à mobiliser et à rassembler si possible les secteurs socio-économiques conservateurs qui réclament leur « dominicanité » à tout bout de champ.

Je crois que cette question remonte également au début de la décennie 1990 à un moment que l’économie dominicaine pouvait se passer d’une partie de la main d’œuvre haïtienne ou d’origine haïtienne dans les plantations sucrières. Sur le plan politique j’avancerai que cette question a été soulevée à causede la figure de Dr José Francisco Peña Gómez, personnalité d’ascendance haïtienneet de son parti, le PartidoRevolutionarioDominicano (Parti Révolutionnaire Dominicain, PRD). Ce leader politique de renom pouvait mobiliser des foules immenses, il avait une emprise certaine dans les secteurs populaires ; il dirigeait le parti depuis 1973 à la suite de la démission fracassante du professeur Juan Bosch qui allait former le PLD (Parti de Libération Dominicaine).Peña Gómez, cet avocat de profession,orateur hors pair, a dominé la vie politique dominicaine de la décennie 1970 jusqu’à sa mort en 1998. Depuis UlisesHilarion Heureaux (Lílis), homme politique, puis chef d’État,de 1882 jusqu’à son assassinat en 1889, aucune figure d’origine haïtienne n’a dominé autant la vie politique dominicaine comme celui-là. Peña Gómeza été secrétairegénéral du PRD, vice -président de l’International socialiste, il a été maire de Santo-Domingo, la capitale de la République dominicaine, l’anti-chambre à la présidence du pays. Comme dirigeant du PRD, par son leadership et sa popularité, il a tour à tour porté au pouvoir MeSalvador Jorge Blanco en 1978-1982 et l’homme d’affaires Antonio Guzmán Fernández (1982-1986). Son ascendant sur ces deux chefs d’État étaient reconnus. Sans doute, à cause de problèmes liés aux préjugés raciaux dont on fit référence dans son pays, il ne se lançait pas à la présidence bien avant la décennie 1990, malgré son prestige d’homme politique. Quand il avait décidé enfin de se porter candidat à la présidence il était déjà trop tard. Avec le temps s’il avait perdu de son aura, il avait raté son momentum le plus favorable. Enfin, il a été ce candidat malheureux aux élections présidentielles de 1990, de 1994 et de 1996.

Quand il avait perdu les élections en 1994 face au président Joaquin Balaguer,mieux quand celui-ci a confisqué le pouvoir à son profit, la République dominicaine était à bord d’une guerre civile. Il a fallu trouver une solution au plus vite, maintenir les résultats économiques déjà obtenus dans le pays. L’économique y est privilégié sur la politique, pas de question de tout briser et de mettre le feu un peu partout dans le but exclusif d’accéder au pouvoir. De ce fait, les leaders politiques impliqués dans la crise ont joué l’apaisement. Dans une lettre historique, en date du 9 août 1994,PeñaGómez a écrit au président Balaguer en ces termes : « Une crise politique est pour la société une maladie qui requiert une opérationchirurgicale la plus urgente ». Ce fut une demande de négociations politiques, pour sortir de l’impasse. Balaguer, le vieux routier de la politique dominicaine, a accepté la perche qui lui a été offerte.Dans les négociations le leader du PRD s’est présenté avec un projet, celui de reformer le système politique et électoral dominicain. Cette réforme politique d’envergure est connue sous le nom de « Pacte pour la démocratie ». Il l’a conduit et réussi haut la main. Dans cette action entreprise au benefice de l’État dominicain, il s’est comporté comme un véritable homme d’État.

On notera que dans la résolution de la crise les deux principaux acteurs se sont effacés eux-mêmes, ils ont mis une sourdine à leur lutte pour le pouvoir--. Peña Gómez cessa aussitôt de réclamer la victoire aux élections présidentielles de 1994 et le président Balaguer accepta d’écourter son mandat de deux ans. Appuyés chacun par des secteurs économiques puissants, ils avaient fait le choix de l’institutionnalisation de la vie politique. La réforme politique a donné lieu, entre autres, à l’adoption d’une nouvelle constitution, à la révision du système électoral et à l’organisation de nouvelles élections présidentielles dans deux ans et des élections générales à tous les niveaux.Ces élections présidentielles anticipées de 1996 ont été remportées par le jeune tribun Dr Leonel Fernández, mais le PRD avait gagné la majorité des sièges au Parlement et la majorité des municipalités.

Toutefois tout le mérite n’appartient pas à Peña Gómez. Les 3 dirigeants politiques qui dirigeaient les 3 partis politiques les plus ont joué leur partition. Certes le leader du PRD a porté le projet de toute sa force, mais il a été accueilli par le président Balaguer, qui pouvait le chambouler s’il entendait de la sorte, car son régime politique avait le support des deux instituions-matrices du pays, à savoir l’armée et l’Église catholique, tout au moins la hiérarchie locale de cette église. Aussi, on ne doit pas sous-estimer la contribution du PLD. A l’époque des négociations, ce parti dont son candidat professeur Juan Bosch, venait en 3e position, ne jouait pas un rôle de protagoniste, mais il ne s’opposait pas aux changements institutionnels. Toue déclaration de ce parti de l’opposition pouvait basculer les négociation politiques. Entendez que l’ancien président Bosch était lui-même victimede Balaguerlors des électionsprésidentiellesde 1990. Il est crédité dans l’opinion publique qu’il aurait gagné ces élections de 1990, mais la victoire officielle incombait à Balaguer. Les membres du PLD, les partisans et sympathisants du professeur Bosch commençaient à gagner les rues pour réclamer leur vote, après un certain temps les démonstrations de rue ne furent pas encouragées par le leadership du parti. Sur ces entrefaites, le bon président Balaguer déclara qu’il séparera la poire en deux morceaux. Il restera 2 ans au pouvoir et après cette période il cèdera la présidence àJuan Bosch pour les deux ans restants. En d’autres termes, il commencera le mandat constitutionnel de 4 ans et son compère de l’opposition historique le terminera. Le 16août 1992, les 2 ans étantécoulés, le chef d’État dominicain resta au pouvoir, sans broncher du palais présidentiel. Il n’avait pas tenu parole. Faut dire qu’il n’y avait aucun accord formel sur cette question. Parait-il que le professeur Bosch ne portât pas foi non plus à la déclaration du président Balaguer ; il n’avait pas lever le petit doigt pour réclamer le pouvoir. Il se cantonnait dans son rôle prestigieux de chef de l’opposition.Une fois de plus Balaguer avait gagné, sa promesse de partager le mandant présidentiel, répercutée dans la presse, avait contribuéàrefroidir l’ardeur de ses adversaires politiques.

Pour revenir à la question de la migration haïtienne en République dominicaine comme enjeu électoraliste, je crois qu’elle est liée à la personnalité de Peña Gómez à qui il est prêté une descendance haïtienne. De ce fait, un grand nombre de personnes au sein de la communauté dominico- haïtienne se reconnaissait en son leadership. Par affiliation, sympathie naturelle ou autre.En reconnaissance à ce leader politique qui avait du répondant, une bonne partie de la base du PRD était constituée de gens vulnérables, dont des Dominico-Haitianos. Les partis opposés au PRD et à Peña Gómez lors des élections, critiquaient le parti et ce leader sur la base de son origine haïtienne. Il était « el haitiano » ! En République dominicaine, el haitianoo la haitianaestune expression qui s’assimile à un quolibet ;parfois, dans certaines circonstances,elle est lancée comme une injure sociale et politique. C’est un qualificatif dévalorisant aux yeux des autres. Dans un contexte électoral, qui charrie souvent la passion politique, lancer l’invective d’Haïtien, c’est lancer une flèche à l’adversaire en vue de l’atteindre à la poitrine et l’abattre. En 1994, Peña Gómez avait reçu ces assauts aussi plats que téméraires à la figure, mais il a failli gagner. En 1996, ces mêmes assauts se répétaient pour qu’il ne gagnât point. Les deux adversaires politiques depuis la décennie 1960, le professeur marxiste Juan Bosch, écrivain, penseur, fondateur de partis politiques,  dont le PRD (en 1939) et le PLD (en 1973), ancien président de la République (février- septembre 1963) et Dr Joaquin Balaguer, écrivain, homme politique expérimenté, qui a gouverné son pays depuis l’époque de Trujillo jusqu’en 1996, le politicien de plus 6 mandats présidentiels, parfois légitimes, des fois contestés, se sont  ligués contre le leader du PRD dans une alliance politique, la fameuse « Alliance patriotique » que la presse libérale dominicaine aqualifié alors « d’alliance contre nature ». Dans cette conjoncture électorale troublée, marquée aussi par la passion et l’affolement, l’idéologie proclamée importait peu ; l’objectif principal c’était de se défaire de Peña Gómez. Les deux gourous de la politique dominicaine, qu’on pensait que tout divisait, y sont parvenus. Soustraire la présidence de la République dominicaine à Peña Gómez fut leur dernier acte politique, qu’ils ont accompli en commun. Dès lors ils se sont retirés de la scène politique où ils ont régné et dirigé pendant plus de 50 ans, laissant la place à une nouvelle génération de politiciens.

Toujours est-il que la réforme politique propulsée par Peña Gómez a fait de lui un grand réformateur du système politique dominicain. Là-bas, il est considéré comme un démocrate, un homme d’envergure d’un chef d’État, sans jamais parvenu à la présidence. Officiellement, il a perdu la présidence, mais il a su gagner le respect de son peuple. L’establishment dominicain n’était pas prêt, semble t-il, à accepter un Noir, encore moins un Noir d’origine haïtienne dans un pays où la question haïtienne Haïti suscite certaines controverses. Le monde n’avait pas encore connu un Barack Obama a la tête des États-Unis d’Amérique ! Aujourd’hui il y a plus de 2 partis politiques, dont le PRD (le parti historique de ce leader) et le PRM (Parti Révolutionnaire Moderne de l’ancien président HipólitoMejía et de Luis Abinader) qui réclament l’héritage politique de Peña Gómez. Tout cela affirme le dicton que veut que pour mériter l’estime de son peuple et l’estime tout court, on n’est pas obligé d’être chef d’État à tout prix. Dans n’importe quel champ, un individu peut apporter sa contribution à sa communauté et à l’humanité toute entière.

Au cours des dernières élections présidentielles,  celles de 2020, le spectre PeñaGómez étant absent dans la campagne électorale, la migration haïtienne comme enjeu électoraliste n’a pas fait recette. Les partis politiques ont débité d’autres discours. Par exemple, l’un d’entre eux s’est focalisé sur le changement et la corruption, un autre a mis l’accent sur les réalisationset la transformation de la République dominicaine.A la date convenue, ils se sont opposés aux urnes tout bonnement. Peut-être que COVID a été pour quelque chose. Le temps nous dira si cette question d’Haïti, d’haitiano et/ou de la migration haïtienne, disparaitra dans le discours politique au cours des joutes électorales et si elle disparaitratout aussi bien au moment des querelles partisanes et des conflits au sein des classes dominantes.

Je voudrais revenir sur un point, essentiel à mon sens. Il s’agit du discours sur Haïti, sur l’État haïtien et son peuple, porté parla République dominicaine sur la scène internationale.

On parlait tantôt du discours humaniste dominicain à l’égard d’Haïti sous le régime de Joaquín Balaguer, ce discours a été repris sous le règne de Leonel Fernández, ce professeur d’université, ce spécialiste des relations internationalistes, et propulsé comme un segment important dans la politique extérieure de la République dominicaine. Sur la scène régionale et internationale, les diplomates dominicainscontinuèrent à parler de la pauvreté d’Haïti, de l’instabilité chronique de ce pays et de la bienveillance de la République Dominicaineà l’égard du peuple d’Haïti. En mêmetemps, et c’est le plus important, on fit comprendreà la communautéinternationale que la Républiquedominicaineest à même de représenter Haïti sur la scène internationale.Certains acteurs dominicains allaient aussi loin en déclarant adroitement : donnez-nous l’aide humanitaire destinéeàHaïti et nous serons en mesure de la gérer et la canaliser. L’épisode le plus connu de cette posture dominicaine a été le clash qui a eu lieu en Espagne en décembre 2006, lors d’une conférence internationale sur le développement économique et social d’Haïti,entre le Premierministre Jacques-Edouard Alexis et Don Carlos MoralesTroncoso,ancien vice-président de Balaguer et ministre des Relations extérieuresde Leonel Fernández. L’intervention du chancelier dominicain entrait dans le cadre de la politique humaniste dominicaine à l’égard d’Haïti ; la réaction du Premier ministre haïtien consista à monter les bretelles à celui-ci.Le journal Le Nouvelliste avait titré à l’époque : « Alexis a mis Troncoso à sa place ». De toute façon, Santo-Domingo a dû interpréter la réaction énergique du Premier ministre Alexis comme un incident de parcours, il continua d’assumer cette posture d’humaniste par rapport à Haïti, la Première république noire du monde. Les discours des officiels dominicains sur la scène régionale et internationale, dont quelques interventions à l’Assembléegénérale de l’ONU, surtout lors des moments troublés entre les deuxÉtats, peuvent en témoigner. En gros, la République dominicaine profite de la faiblesse économique et l’instabilité politique du pays, des reculs structurels et institutionnelsde l’État haïtien pour s’imposer en tant que principal acteur et l’interlocuteur de l’ile d’Haïti.La République dominicaine entend jouer à plein régime son hégémonie acquise sur l’ile.

Tout cela porte à souligner que nous avons du pain sur la planche. Si la politique néfaste des uns et des autres, celle de la destruction continue des vies et des biens qui s’opère en Haïti depuis trop longtemps, pouvait stopper, pouvait donner une chance à l’économique, le pays pourra redémarrer pour de bon. Ainsi il sera mieux traité sur la scène régionale et internationale. De même, les compatriotes haïtiens, du lieu de terre d’accueil, seront respectés, tout au moins compris.

Q. En quoi l’avènement de Luis Abinader peut-il changer les relations haïtiano-dominicaines en matière de migration ?

 R- L’avènement de M. Luis Abinader au pouvoir en République dominicaine suscite une certaine euphorie dans certains milieux politiques en Haïti. Cela traduit, il me semble, une certaine bienveillance des Haïtiens et des Haïtiennes à l’égard du nouveau président dominicain. Si c’est bien le cas moi aussi je salue l’accession au pouvoir de M. Luis Rodolfo Abinader Corona et je lui souhaite la bienvenue dans l’arène tumultueuse des relations haitiano-dominicaines.

Ces préalables de bon voisinage étant accomplis, mettons les pieds sur terre. Certainement, le nouveau chef d’État dominicain est issu d’un parti social-démocrate dans son essence, de ce fait, dans les approchesmettra t-il une certaine forme dans les actions. Je veux dire  nous devonsmettre une sourdine à notre enthousiasme démesuré. En politique, tout comme dans le champ des relations internationales, les intérêts commandent la motivation des États et des différents acteurs. Le chef d’État dominicain défendra les intérêts des Dominicains et de la République dominicaine, d’ailleurs il est appelé au devoir pour s’y occuper en son âme et conscience. Rien n’arrivera par magie.Il y a eu et il y aura des déclarations de bonne volonté.Jusqu’ici les instances qui définissent l’armature des relations haïtiano-dominicaines restent en place. D’autant plus que le nouveau pouvoir aura besoin du temps pour s’ajuster et imprimer sa marque. De toute façon, quelle que soit la volonté qui pourra animer un gouvernement dominicain à l’égard d’Haïti, il revient d’abord aux différents acteurs (consciencieux) haïtiens de prendre les choses en main et de changer le cours de l’histoire.

Q. Quels sont les grands chantiers, selon vous, à adresser par le nouveau président dominicain en matière migratoire et que peut faire en amont les autorités de Port-au-Prince de leur côté dans une perspective de renforcement des relations entre les deux pays ?

R- Il y a un dossier brulant qui attend le nouveau pouvoir dominicain. C’est bien la question de la dénationalisation des Dominicains et Dominicaines d’ascendance haïtienne. Vous devez vous rappeler sans doute que la Cour constitutionnelle de la République dominicaine avait adopté en septembre 2013 un arrêt qui est censé dénationaliser plus de 250,000 Dominicains etDominicaines d’ascendance haïtienne, qui de par leur naissance sur le sol dominicain (principe de jus soli) et en vertu des constitutions dominicaines de 1929 jusqu’à celle de 2010 devaient continuer à jouir de cette nationalité d’origine. Cet arrêt, étonnant, saugrenu, avait causé un tollé sur la scène régionale et internationale. La république voisine se retrouvait du jour au lendemain sur le banc des accusés. Plusieurs États du monde, dont la République d’Haïti, des organisations régionales et internationales se sont prononcés contre cet arrêta-historique. Aussi, des voix se sont élevées en Haïti et en République dominicaine pour condamner cet arrêt. Aujourd’hui c’est avec plaisir que je constate que des personnalités politiques dominicaines qui se sont prononcées avec raison contre cet arrêt se retrouvent en bonne position dans le gouvernement de M. Luis Abinader. On attend donc ce gouvernement à l’œuvre.

A bien considérer, cette œuvre juridique qui pourrait bannir l’apatridie en République dominicaine aura besoin de compromis, de consensus et d’abnégation entre plusieurs secteurs de la vie politique dans ce pays où la problématique haïtienne soulève des passions dans l’opinion publique et se présente dans les hautes sphères du pouvoir dominicain comme une question d’intérêt national. Comme les bons amis dominicains croient dans la réputation internationale de leur pays, je pense qu’au terme de leurs fructueusesdiscussions ils finiront par accepter ce compromis historique pour se défaire de cette marque d’apatridie. 

De toute façon, il ne faut jamais tout laisser aux autres ; Haïti ne peut laisser tout à fait la destinée d’une partie importante de sa diaspora dans les clivages légitimes d’un pays voisin. Le pouvoir dominicain pourra ne rien faire sur ce dossier d’apatridie si Port-au-Prince ne s’éveille pas. Ce dossier est important, un consensus international peutêtre retrouvé si les meilleures approches sont mises en œuvre. 

Q. Quoique partageant plus de 300 kilomètres de frontières, il n’existe actuellement aucun accord migratoire entre les deux pays. Le président Abinader a manifesté sa volonté de renforcer les marchés bi-nationaux tout en proposant de les tenir sur 6 jours. Est-ce que cela ne nécessiterait pas un accord migratoire devant réguler la circulation des biens et des personnes ?

R-  Il va de soi, tout gouvernement dominicain a et aura intérêt à faire fonctionner 7/7, 24/24 les marchés dits bi-nationaux entre Haïti et la République dominicaine. Dans ses relations commerciales bilatérales, la République dominicaine est le pays producteur et fournisseur de biens et de produits agricoles tandis qu’Haïtireprésente un marchéde consommation de ces biens et de ces produits. Un tel schéma,une telle réalité,favorise l’économie dominicaine. Le marché haïtientel qu’il évolue pour le moment pourvoit au renforcement de l’économie dominicaine. C’est de l’échange inégal. En d’autres termes, il y a un déséquilibre du coté haïtien. Ce commerce inégal, ce déséquilibre, crée une certaine domination dominicaine (le mot n’est pas trop fort).

Ce qui peut modifier le coup des échanges commerciaux inégaux, tel qu’il se présente aujourd’hui, c’est l’augmentation de la production en Haïti et l’acceptation des produits haïtiens sur le marché dominicain. A coup sûr, l’introduction de ces produits haïtiens aura besoin de négociations avec la république voisine. Tout peut être négocié s’il y a de la valeur, une certaine qualité dans la marchandise produite.

La question de la circulation des biens et des personnes est fondamentale dans les relations des deux États. Cette question doit être l’objet de négociations politiques au plus haut niveau en vue de définir les modalités y afférentes. Ne faut pas se méprendre, on doit reconnaitrequ’il existe bel et bien une circulation de biens et de personnes entre les deux pays. Les activités de toute sorte qui se déroulent, d’ailleurs à longueur de journée, le long de la frontière et sur les lignes frontalières sont un exemple frappant. Jusqu’icice mouvement de biens, de marchandises et de personnes, d’échanges commerciaux et de transactions financières, se fait dans uncadre non réglementé,et ce au préjudice de l’Étathaïtien. Par exemple, le fisc haïtien subit les conséquences ou les contrecoups de cette non-règlementation.Une étudepubliée en mai 2019, par un think tank, établi à Washington DC, le Center for Strategic and International Studies (CSIS), a estimé que le trésor public haïtien perd, la rondelette somme de 7 millions de dollars à la frontière haitiano-dominicaine, à cause de la corruption et des activités de contrebande. Vous imaginez ce que cette somme, encaissée et valorisée à bon escient pourrait résoudre dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la formation professionnelle pour les habitants de la frontière. Cette somme pourrait aussi servir à l’aménagement modernisé du territoire de la frontière haitiano-dominicaine.

La frontière haitiano-dominicaine reste et demeure un territoire à apprivoiser et contrôler à tous les points de vue.

Du point de vue personnel, je crois que le nouveau président Luis Abinaderdoitêtre familier à la problématique haïtienne. En tantqu’homme d’affaires, il a dû croiser de nombreux haïtiens dans son pays et en tant qu’homme politique, la question haïtienne ne peut lui être inconnue ; du fait que cette question est présente au quotidien dans la vie politique, économique, sociale et culturelle de l’autre côté de la frontière. Dois-je vous rappeler que le candidat à la présidence du PRM, Luis Abinader a fait campagne en Haïti en 2016. Il y a un encart publicitaire qui est publié dans le journal Le Nouvelliste que je puis vous communiquer. En d’autres termes, Luis Abinader cherchait des voix dans la communauté haitiano-dominicaine en République dominicaine.  Tout cela porte à croire que l’électorat dominicain d’origine haïtienne ne lui était pas étranger dans ses transactions politiques pour son avènement au pouvoir. Je n’ai pas remarqué de telle publicité au cours des élections présidentielles de 2020 dans les organes de presse en Haïti. Au pouvoir, le président Luis Abinader, d’origine libanaise, issu des entrailles de la migration à l’instar des Dominicains et Dominicaines d’ascendance haïtienne, fera tout ce qui est possible pour défendre les intérêts de la République dominicaine. Il voudra bien continuer la croissance économique et poursuivre la modernisation de son pays. Dans cet objectif fondamental, il n’aura pas d’état d’âme.

Q. Ces dernières années, les cas de déportations et de rapatriements à la frontière se sont multipliés, souvent en faisant fi du respect des normes internationales si l’on s’en tient aux dénonciations des organismes comme le GARR. Comment adresser selon vous ces cas dans le cadre d’un éventuel accord migratoire entre les deux pays ?

 R. Le rapatriement de compatriotes haïtiens, qui s’accompagne parfois de déportations et de refoulements, devient depuis 1991, comme je l’ai expliqué antérieurement, une constante dans la politique dominicaine à l’égard d‘Haïti. Il y a des hauts et des bas dans l’application de cette politique. La dynamique dépend, en grande partie, de la politique intérieure en république voisine et des conjonctures politiques en Haïti. La République dominicaine n’est pas insensible à ce qui se passe en Haïti.  Nos moindres faits et gestes sont scrutés et analysés, les autorités dominicaines ont mis le paquet pour arriver à ce stade. 

En 1991, on a eu une forte vague de rapatriements et de déportations. Ce fut  encorele cas en 1997-1998 sous la présidence du professeur Leonel Fernández.  Le torrent s’était calmé en l’An 2000. Autant que je me rappelle le gouvernement de HypólitoMejía(2000- 2004) n’a pas rapatrié en grand nombre des migrants haïtiens chez eux, ni envoyés leurs descendants en Haïti. Toutefois ce fut ce gouvernement, issu du PRD, un parti social-démocrate,dans un souci d’actualisation du cadre juridique, qui a remplacé la Loi de Migration de 1939 par la loi de 2004. La nouvelle loi allait donner un caractère officiel à un quipro quo juridique,celui de l’expression de « personnes en transit ». Parfois des articles de cette nouvelle loi sur la migration sont cités en référence par les partisans de la dénationalisation des Dominicains et Dominicaines d’ascendance haïtienne.

Par ailleurs, dois-je souligner qu’il y eut plusieurs épisodes et plusieurs tendancesau sein de la classe politique dominicaine concernant ce problème de rapatriement et de déportation. Le gouvernement de Danilo Medina, suivant le style mesuré de l’homme, a touché le problème avec dosage, mais avec un rythme continu. Il envoya constamment, parfois sans tambour ni trompette, des migrants haïtiens et leurs progénitures en Haïti. Par exemple, selon les estimations établies par GARRque vous avez cité, les autorités dominicainesavaient rapatrié de janvier à mi-novembre 2019 près de 100,000 personnes. Un chiffre important !

Des institutions nationales, telles que le GARR, et autres entités internationales, à l’instar de l’OIT et des organismes des droits humains, reconnaissent que les normes et les protocoles en matière du processus de rapatriement ne sont pas toujours respectés. Il existebel et bien un protocole d’accord sur les mécanismes de rapatriement, signé en 1999 entre les deux États. Ce protocole a été paraphé sous le gouvernementde Préval et celui de Fernández. En gros, ce protocole exige à l’État haïtien le contrôle de la frontière en vued’empêcher le passage irrégulier de migrants et fait obligation à l’État dominicain de respecter des droits des migrants à rapatrier, tels que la récupération de leurs biens et la non-séparation des familles et d’informer au préalable le gouvernement haïtien des personnes qui seront rapatriées. Force est de constater, de part et d’autre, qu’on est aujourd’hui à mille lieux des clauses de cet accord de bon voisinage et qui reflète aussi l’idéal des normes et des principes du droit international en la matière.

Ce protocole mérite une actualisation. La diplomatie haïtienne a montré cet intérêt en 2014-2015, mais l’initiative n’avait pas abouti ; la République dominicaineavait rétracté. Les deux parties ont intérêt à se mettre ensemble pour l’ajuster à la réalité du moment.

Voilà un autre dossier sur lequel le nouveau gouvernement de Luis Abinader pourra prouver ses bonnes intentions. Pour danser le tango, il faut deux partenaires qui veulent marquer les pas harmonieux, même les plus difficiles.

Pour répondre à la dernière partie de votre question, je ne sais pas s’il est vraiment nécessaire que les deux États signent un accord sur la problématique de la migration. Nous avons déjà eu une expérience en la matière qui n’a pas marché, jusqu’ici. Faut-il reconnaitre que les contrats d’embauchage dans le passé représentent des éléments de politique migratoire entre les deux États. Des deux côtés,les termes de ces contrats ne furentpas respectés. Je peux même ajouter avant ces contrats d’embauchage, il y eut des instruments juridiques, dès le début du XXe siècle, qui permettaient aux Haïtiens et aux Dominicains de s’installer et de travailler dans l’un ou l’autre pays. A ce niveau il est impératif de réfléchir et déterminer, sur la base de l’asymétrie politique, commerciale et économique de la République dominicaine par rapport à Haïti, ce qui peut être fait, de concret, dans le respect des lois et des normes du droit international.

En définitive, de par sa taille et sa place dans le concert des nations, Haïti a intérêt à se positionner sur les principes démocratiques fondamentaux qui gèrent la société internationale tout en recherchant ce qui le mieux aux convenances du vivre-ensemble. Il y a une réalité incontournable qu’on ne peut excuser pour aucune raison : c’est la vie des deux peuples à la frontière haïtiano- dominicaine. Le poète et romancier haïtien, René Philoctète a titré un roman :  Le peuple des terres mêlées. En effet, s’il y a quelque chose tangible qui illustre que les Haïtiens et Dominicains sont unis par l’histoire, la géographie et j’ose même avancer aujourd’hui, par la culture, c’est la frontière. La frontière haitiano-dominicaine est un troisième état situé entre la République d’Haïti et la République dominicaine. A la frontière il y a des échanges de toute sorte, il y a une co-pénétration, une co-existence entre les deux peuples. En inter-actions au quotidien, les échanges économiques, commerciaux, politiques, culturels et spirituels génèrent certes des conflits, des malentendus, des disputes regrettables conduisant certaines fois à mort d’hommes. Pour résorber de tels malheurs, il serait recommandé que les représentants des deux États aboutissent à un Modus operandi relatif aux habitants vivant dans les zones frontalières. Par exemple, si ces habitants de la frontière pouvaientobtenir une carte d’identité et de migration les habilitant à traverser la frontière dans les deux sens et de vaquer à leurs occupations, ce serait un pas important dans la bonne direction. Ce serait quelque chose qui renforcera, à coup sûr, les relations entre les deux États.

Q. La nouvelle administration présidentielle en République dominicaine peut-elle revenir sur l’arrêt TC :0168-13 du tribunal constitutionnel de la Républiques dominicaine ?

R- En fait cet arrêt évoque la dénationalisation de personnes, nées sur le sol dominicain qui de par les constitutions antérieures à celle de 2010 avaient le droit à la jouissance de la nationalité dominicaine se basant sur le principe de jus soli. Cet arrêt, du jour au lendemain, est censé leur enlever ce droit à la nationalité dominicaine. Cette dénationalisation est dénoncée par des États prépondérants de la communauté internationale, dont les États-Unis d’Amérique, la France, le Canada, la Grande-Bretagne. Aussi, la République d’Haïti a dénoncé cet arrêt par voie diplomatique. De même, des organisations régionales et internationales, telles que l’ONU, l’OEA, l’Union européenne, l’Union africaine, la CARICOM et la Commission Inter-Américaine des Droits Humains, ainsi que des centres de recherche et centres spécialisés en droit et en droit constitutionnel, sans mentionner les ONGdans plusieurs parties du monde se sont prononcés contre cet arrêt inexplicable. Le gouvernement de la République dominicaine, face à ces pressions internationales, avait tenté en mai 2014 d’apporter une solution, à travers la Loi Medina, mais cette loi qui a remis en vigueur le PNRE (Programme National de Régularisation des Étrangers) n’a pas puéliminer la situation d’apatridie des personnes lésées. Le problème de fond demeure. C’est ce problèmed’envergure qui mérite d’êtrerésolu, une fois pour toutes.

Ce problème a déjà fait couler beaucoup d’encre sur le plan bilatéral, national, régional et multilatéral. Aussi, il a été amplement étudié et analysé.

En Haïti nous ne sommes pas restés les bras croisés. Par exemple, le Centre Challenges que je dirige a organisé maintes conférences et réalisé plusieurs séminaires spécialisés sur la question. Aussi, le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti a organisé en 2014 un symposium international pour débattre de la question. Sans oublier la Chaire Louis-Joseph Janvier de l’Université Quisqueyaqui a dédié en 2014 le Volume I, Numéro 1 des Cahiers de la Chaire à cette problématique. Bien sûr, il y eut d’autres efforts et initiatives que je ne mentionne pas ici ou que j’ignore moi-même. De la sorte, l’Université haïtienne, des personnalités de différents secteurs et des intellectuels du pays tententd’apporterleur pierre dans la résolution de ce problème si cuisant.

Cette problématique d’apatridie est exposée en Haïti, par exemple,dans un ouvrage collectif paru sous ma direction en juin 2020 intitulé : La négation du droit à la nationalité en République dominicaine. Situation d’apatridie des Dominicains et Dominicaines d’ascendance haïtienne. Dans cet ouvrage, il est analysé, sur différents angles, la migration haïtienne en république voisine et la problématique de la nationalité des descendants des travailleurs migrants haïtiens nés sur le sol dominicain. L’un des meilleurs spécialistes du droit de la nationalité en Haïti, MeMonferrier Dorval, docteur en droit, qui vient d’être lâchement assassiné, y a publié un article au titre évocateur de : « Les irrégularités de l’arrêt TC : 0168/13 de la Cour constitutionnelle de la République dominicaine » (pages 251-288) dans lequel il avait largement expliqué le fond de la question. D’autre part, dans mon article publié dans ce même ouvrage, chapitre IX, sous le titre de : « L’arrêt TC :0168/13 de la Cour constitutionnelle de la République dominicaine : dispositif juridique ou décision politique », (pages 197-242), à la suite de mon analyse du problème et l’exposition des ressorts politiques qui le sous-tendent, je formule des recommandations pratiques et judicieuses en vue de sa résolution.

Pour cela pour dire qu’il existe des études et analyses qui permettent de comprendre la nature et les objectifs de la dénationalisation. De même, il y a des pistes de solution qui sont étalés sur le tapis. Il revient aux acteurs de bonne volonté de prendre les taureaux par les cornes.

Q. Si la migration et le commerce sont les points centraux de la relation entre les deux pays, existe-t-il en Haïti des études et des recherches pour permettre de bien appréhender la situation ?

R-Il y a eu récemmentdes initiatives pour mieux étudieret comprendre la république voisine, mais ces efforts n’ont pas duré dans le temps. Malheureusement la science et la recherche ne s’imposent pas encore dans notre milieu. Jusqu’ici c’est la politique, dans toute sa petitesse, qui dirige notre esprit et guide nos actions au quotidien. Pourtant il y a des chercheurs en Haïti, qui potentiellement pouvaient s’adonnerà la recherche et au travail scientifique, mais l’université se cantonne encore dans l’enseignement, et surtout l’enseignement du premier cycle.Pas la peine de mentionnerqu’il y a un manque de moyens disponibles pour la recherche scientifique,sansinvoquer les problèmesstructurels, la dynamique académique de centres de recherche, des problèmes d’électricité, d’offre numérique, de la conditionexistentielle des professeurs, chercheurs et l’environnement global du paysqui ne permetpas toujoursde faire des prévisions et de pouvoirréaliser des travaux selon un plan, un chronogramme. Tout ce qui se passe dans la société affecteà un titre ou à un autre le travail des professeurs et des professionnels à l’Université.

Dans l’ensemble la recherche qui se fait dans le pays dégage une certaine essence patriotique, d’honneur et de défense nationale ; ce n’est pas, à proprement parler, la recherche institutionnelle, encore plus la recherche savante. Cela se comprend aisément, il n’y a pas un projet véritable de développement national qui mettra la science de la recherche en valeur. Au cours des 20-30 dernières années il y a un grand nombre d’Haïtiens et Haïtiennes qui sont formés avec des titres de doctorat, du fait que l’accès à l’université a été démocratisé, mais revenus au pays, ils ne sont pas toujours intégrés dans une structure de recherche pour donner toute la mesure de leur talent, de leur bagage intellectuel, de leurs pratiques professionnelles et de leur savoir scientifique. Hélas ! Tout ce qu’on a maintenant ce sont des initiatives éparses qui donnent des résultats, à leur juste valeur, mais qui ne s’inscrivent pas dans un projet d’ensemble. La science et la recherche guident les changements matériels et spirituels du monde, je crois que ce sera la même chose en Haïti.

Q. On a comme l’impression que du côté haïtien on y va au coup par coup, les positions haïtiennes sont prises dictées par l’actualité. Est-ce une façon de mener des relations ?

R- La diplomatie haïtienne reflète la politique haïtienne qui se manifeste suivant l’évolution et la composition du marché politique. Je puis ajouter, pour mieux exprimer mon idée, qu’un État possèdela diplomatie de son économie, de son système politique et éducatif et de sa politique intérieure. La projection internationale d’un État ou d’une puissance indique déjà ce qui se passe,éventuellement,à l’intérieur de ses frontières.Partout c’est la même chose, Haïti n’est pas l’exception.

Les bons résultats obtenus en diplomatie sont déterminés par la nature des choses. Haïti aura une diplomatieplus performanteà partir du moment que le pays aura de bonnes universités, des centres de recherche qui sont valorisés, de grands partis politiques et une vision du monde partagée au sein de la société. Je veux dire quand l’économie décolle pour de bon, la nation se construit sans exclusion, les principes de droit et de démocratie sont respectés, les institutions de l’État jouent véritablement leur rôle. Les institutions solides sont les clés du succès dans une République, surtout qui se veut démocratique.

En gros, depuis des lustres, la diplomatie haïtienne se caractérise par des hauts et des bas. Parfois elle fait entendre sa voix sur les questions sacro-saintes, les idées politiques et les valeurs philosophiques ayant donné naissance à l’État haïtien ;des fois elle est muette. Quand les autorités du pays activent notre diplomatie sur la base des fondamentaux historiques de l’État, tels que la lutte pour la liberté, les droits de l’homme, l’émancipation politique ou le droit des peuples à l’autodétermination, le combat opiniâtre contre le racisme, les préjugés et les discriminations, Haïti agrandit son rayonnement sur le plan international. Par contre, quand on s’écarte de tels préceptes et principes cardinaux on s’éloigne de notre propre identité politique, diplomatique et culturelle. Il est évident, les fondamentaux de la politique extérieure d’Haïti doivent s’adapter avec l’évolution du temps, il n’en demeure pas moins vrai que les structures d’exploitation économique, de domination politique, de sujétion sociale de l’humain par l’humain, de maux séculaires basés sur des nuances épidémiques et les difficultés sans nombre ayant poussé à l’émergence de l’État haïtien sur la scène internationale persistent de nos jours. Principes et contexte historique doivent constituer notre boussole dans la conduite des affaires du pays !

Revenons au temps présent. Je répète que la diplomatie haïtienne reflète notre état d’existence à l’heure actuelle. Des brèches sont en train d’être colmatées heureusement pour répondre aux défis de la conjoncture.

Depuis un certain temps déjà, la diplomatie haïtienne se réveille de sa léthargie. Qu’elle continue de se manifester dans cette dynamique de réveil. Au-delà des relations bilatérales très importantes à consolider, j’entrevois que nous pourrons ou devrons investir aussi dans le multilatéralisme, qui est un champ très prometteur. 

Q. Jusqu’à 2010, les deux pays sur l’ile vivaient en se gardant à distance, que s’est-il passé de 2010 à 2020 ?

R- 2010 est l’année dramatique du séisme dévastateur, ce phénomène a largement secoué le pays. Le tremblement de terre a démontré qu’ilexistait une amitié personnelle entre le présidentRenéPréval et le président Leonel Fernández. En toute vraisemblance cette amitié a permis une certaine entente ou compréhension au niveau des deux États. Préval a laissé le pouvoir en mai 2011 et Fernandez a passé le maillet à son compagnon de parti en août 2012. Dès lors « l’alchimie » qui existait entre les deux chefs d’État de l’ile a disparu. Les successeurs de Préval et de Fernández ont eu des relations formelles, protocolaires mais le cœur n’y était pas. Qu’on le veuille ou non l’arrêt TC : 0168/13 de la Cour constitutionnelle de la République en septembre 2013 n’a pas facilitéle rapprochement entre les dirigeants des deux pays. Depuis cet événement inattendu, les relations haïtiano-dominicaines gardent un caractère diplomatique formel.

Mieux, les faits et les événements ayant précédé et suivi l’arrêt de septembre 2013 n’ont pas contribué à arranger les choses. En effet, avant cet acte si étonnant il y avait la crise de salamis, puis l’interdiction d’importer les produits avicoles (œufs et poulets dominicains et de viande contaminée) sur le territoire national à cause d’une grippe aviaire qui sévissait de l’autre côté de la frontière et qui y causait déjà des morts.La partie dominicaine, qui vend presque sans contrepartie ses marchandises sur le marché haïtien, n’a pas « toléré » ou accepté de telles mesures. Elle avait réagi avec véhémence, pour forcer les autorités haïtiennes à lever les mesures phytosanitaires.

Vous rappelez que je vous disais que l’embargo international décrété contre Haïtien 1991 a été profitable à l’économiedominicaine,tout ceci est illustré par les chiffres. En 1996, malgré le retour à l’ordre démocratique, avec le retour physique d’Aristide au pouvoir en Haïti, les exportations dominicaines atteignirent le chiffre de 25 millions de dollars américains. En 2001, soit 5 ans plus tard, ces exportations se chiffraient à 72 millions de dollars. En 2012, une décennie plus tard, Haïti acheté de la République voisine des produits et des marchandises totalisant 1,14 milliard de dollars. 2012, deux ans après le séisme dévastateur de 2010, la République dominicaine a fait de bonnes affaires en Haïti ; d’ailleurs l’aéroport international de Port-au-Prince et le port principal du pays étaient endommagés toute l’aide internationale destinée au pays passait par Santo-Domingo. Ce chiffre d’affaires de plus d’un milliard de dollars d’échanges avait converti République dominicaine en deuxième puissance commerciale d’Haïti après les USA. C’est étonnant que ces bonnes affaires n’aient pas arrangé les choses entre les dirigeants des deux pays. Des épisodes d’incertitude montraient que la concorde et la compréhension mutuelle n’existaient pas encore.

Il y avait un autre épisode qui rendit le rapprochementencore plus difficile. En septembre 2015, dans le but de contrôler la frontière, de lutter contre les activités de contrebande,le gouvernement haïtien, à travers le ministère de l’Économie et des Finances publia dans un communiqué, devenu historique ou célèbre, la liste de 23 produits ou marchandises qui seront autorisés à débarquer exclusivement dans le port de Port-au-Port-Prince et de celui du Cap-Haitien. Le deuxième paragraphe du communiqué précise : « Ces mesures sont adoptées dans l’objectif d’un meilleur contrôle de qualité et en vue de mieux assurer la sécurité de la population ». Les commerçants dominicains, se sentaient visés par ces mesures d’interdiction, ils protestèrent et démontrèrent leur mécontentement.L’Étatdominicain protesta,la diplomatie dominicaine riposta comme elle put sur la scène internationale. Cette question a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Dès lors, ce pays voisin opta pour dénoncer Haïti sur la scène internationales afin de l’affaiblir et lui faire revenir sur sa position. Les autoritésdominicaines avaient mêmemenacé de porter plainte contre Haïtipar-devant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Haïti mobilisa également sa diplomatie etparvint, malgré les assauts et les soubresauts, à tenir la dragée haute. Jusqu’ici la résolution de l’affaire des 23 produits n’est pas bien connue dans l’opinion publique. Un fait est certain, de tels faits ne permettent pas le rapprochement politique, diplomatique entre les deux États.

Je veux bien ajouter un autre point. Je constate qu’en période de disputes, la République dominicaine utilise l’arme du rapatriement de migrants haïtiens et du refoulement des Dominico-Haitianos. C’est ainsi qu’elle a procédé au rapatriement d’un grand nombre de compatriotes et au refoulement de congénères, par exemple en septembre 1991 (suite au discours du président Aristide à l’ONU et dans la longue conjoncture de 2012 - 2015 marquée par la crise des salamis, des produis avicoles et l’interdiction des 23 produits). Tout cela explique,dans une conjoncture particulière de démonstration de force, de malentendus et de conflits larvés, l’impossibilité des relations harmonieuses, au-delà du vouloir des uns et des autres, entre les dirigeants des deux États pour la période que vous avez mentionné.

Enparticulier, la conjoncture 2012-2015 représente une période tumultueuse dans les relations entre les deux pays. Le fond de ces tumultes réside dans les échanges commerciaux et la migration. Il résulte que les différents épisodes et incidents mentionnés plus haut ont causé la diminutiondes échanges entre les deux pays. Par exemple, en 2017, la République dominicaine a importé pour 852, 053 000 dollars et la République d’Haïti a exporté là-bas pour 36, 031 000 dollars. En termes de pourcentage, les exportations dominicaines vers Haïti représentent plus de 24% que celles d’Haïti vers ce pays. Les chiffres de 2018 à 2020 pourront indiquer la santé des relations politiques entre les deux Etats.

Q. Quel accord serait-il le meilleur pour Haïti dans ses relations avec la République dominicaine… un accord migratoire, un accord commercial ou un accord qui mélange les deux sujets ?

R- Au-delà de ce qu’on répète le plus souvent, je crois que les deux États ont des intérêts dans les deux questions, à un titre ou à un autre. A mon humble avis, les deux questions ne sont pas aussi divisées qu’elles apparaissent au premier abord. Je veux prétendre que la question migratoire preoccupe la République dominicaine au même titre qu’Haïti est fort intéressée ou devrait être intéressée à la question commerciale. Au risque de me tromper, je pense qu’Haïti (secteur public et secteur privé) aimerait voir que les produits haïtiens franchissent (sans entrave) la frontière haitiano-dominicaine et s’écoulent sans acrimonie sur le marché dominicain. D’ailleurs, les relations de bon voisinage, prônées par le nouveau président dominicain, recommandent des échanges fructueux à tous les niveaux. Il y aura toujours des problèmes si le schéma des échanges né au cours de la décennie 1980 persiste entre les deux États. C’est-à-dire la République dominicaine continue à produire et à vendre ses produits en Haïti et les Haïtiens continuent à consommer les produits dominicains. Cela créera une asymétrie de telle magnitude dans les relations commerciales, par exemple, que la migration haïtienne de l’autre côté de la frontière ne connaitra pas une issue favorable.

Q. Comment voyez-vous l’avenir des relations entre les deux pays ?

R- J’aimerais être un bon devin pour prédire ce qu’il adviendra dans les 2, 4 ou 10 prochaines années dans les relations entre les deux États de l’ile. A défaut d’être un prophète qui prédit l’avenir, je puis me fixer sur l’existant, sur les points essentiels qui caractérisent aujourd’hui les relations entre les deux pays.

Considérant les différents points discutés dans cette interview, je crois qu’il est essentiel de porter, du côté haïtien, une attention soutenue à trois questions fondamentales : le commerce, la migration et la politique de bon voisinage entre les deux peuples.

A l’analyse, mieux, selon les données qui sont disponibles, je perçois que la République dominicaine continuera à dominer pendant des années les échanges commerciaux entre les deux pays et la migration haïtienne restera une constante dans ces relations. Bien que,de nos jours,cette migration ait tendance à se faire dans un sens circulaire. De part et d’autre, bien qu’elle soit plus prononcée d’Haïti vers la République dominicaine.

La migration et le commerce font naitre des relations entre les deux États, les deux pays, les deux sociétés et les deux peuples. Mieux les deux peuples se comprennent et se parlent, mieux les affaires peuvent prospérer entre eux et mieux ils pourront vivre dans la paix, la concorde et la solidarité. La migration et le commerce ontexisté sur l’ile, ils se sont étendus pendant la période coloniale et se poursuivent aujourd’hui. Ils sont inévitables ou incontournables entre deux peuples qui vivent sur une même ile dans une économie ouverte de part et d’autre. Si la migration et le commerce permettent de développer entre les deux peuples une culture du bon voisinage, il est fort à parier qu’ils seront bénéfiques aux deux États et à la communauté insulaire en général.

La politique extérieure d’Haïti, depuis le début du XXe siècle, se joue sur deux pôles, Washington et Santo Domingo. Cette réalité n’a pas changé depuis lors. Ces deux pôles sont commandités par la géographie, la politique, la géopolitique et l’économie.

Le pôle Washington s’explique aisément, c’est la superpuissance du monde se trouvant d’ailleurs en Amérique du Nord, dans les Amériquesà l’instard’Haïti, qui se baigne dans la mer des Caraïbes.Port-au-Prince se situe à 1h 30 de Miami par vol direct. Haïti vit dans le voisinage politique immédiat de Washington. Dans ce cas on ne saurait ne pas rechercher la compréhension de cette superpuissance pour son poids considérable dans les affaires du monde et au sein des organisations internationales et les instances financières et monétaires. D’autant plus qu’il existe de nos jours une forte diaspora haïtienne aux USA qui cherche sa voie ;

Le pôle Santo-Domingo est également compréhensible. Du point de vue géographique, la République dominicaine est le voisin le plus immédiat d’Haïti. Se fâcher avec son voisin d’à côté, c’est ouvrir son flanc à ses ennemis, proches et lointains et même les trouble-fêtes se trouvant dans son propre sein. La diplomatie haïtienne a donc grand intérêt à cultiver de bonnes relations avec ce pôle stratégique. C’est une question de souveraineté, d’existence même de l’État. D’autant plus qu’il existe aussi une importante communauté haitiano-dominicaine qu’il importe de mieux choyer.

Toujours est-il que les relations haitiano-dominicaines sont à construire ou à reconstruire. Cette reconstruction commence à l’intérieur. La puissance d’un État commence d’abord à l’intérieur de ses frontières pour se projeter ensuite à l’extérieur.

Dans le cas spécifique de la reconstruction de la politique extérieure d’Haïti à l’égard de la République dominicaine,faut-il réellement mettre le paquet. On y arrivera par le travail, la constance, la production, une vision partagée de l’État, le développement harmonieux des relations sociales, une projection à propulser vers le monde extérieur. Le réveil doit se faire dès aujourd’hui.

Pour le moment je crois qu’on a intérêt à faire fonctionner, selon les règles de l’art,  la Commission mixte de coopération haitiano-dominicaine, qui recèle des potentialités en ce qui concerne le dialogue politique, les discussions avantageuses sur des questions techniques et un cadre de coopération (entre autres dans le domaine de l’agriculture,  de la santé,  du commerce,  de la migration, de la problématique de la frontière, des douanes, de la sécurité) entre d’abord les professionnels, les techniciens, les experts et ensuite entre les autorités et dirigeants politiques  des deux États.

Pour finir, je vous dirais que nous n’irons nulle part, aujourd’hui à demain ou même dans 5-10 ans, si nous n’agissons pas comme cela se doit- autrement. Les Haïtiens et les Haïtiennes doivent se réconcilier entre eux pour réaliser des miracles. Pour répéter un politicien haïtien de la décennie 1980, en l’occurrence MeGrégoire Eugène : le miracle haïtien est possible.  Sans la réconciliation nationale, on ne bougera pas d’un iota.

Nous sommes appelés à travailler sans relâche, dans tous les secteurs, l’éducation, le civisme, l’agriculture, l’enseignement supérieur, la science et la recherche, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), les arts et métiersen vue de retrouver un certain équilibre avec la République dominicaine. Des solutions viables à nos problèmes séculaires résident dans la science et la recherche. Nous devons nous atteler à la tâche à l’instar des ingénieurs et des mécaniciens impénitents en vue de changer dans le bon sens le cours de notre histoire. Aussi, nous ajouterons sans la stabilité politique et un pacte pour la gouvernance et le développement socio-économique du pays, on ira nulle part. Nous serons toujours le dindon de la farce humaniste des uns et des autres.

Propos recueillis par Frantz DUVAL et Patrick SAINT-PRE 

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