L’appel solennel à l’investissement dans la santé mentale en Haïti

Publié le 2020-10-08 | Le Nouvelliste

Cette année, la journée mondiale de la santé mentale arrive dans un contexte mondial difficile. La crise sanitaire engendrée par la COVID-19 marquera pendant longtemps encore les esprits. Des dizaines de millions de personnes  atteintes et la barre d'un million de morts est déjà dépassée. Au-delà de la bonne prise en charge des patients contaminés, l’Organisation mondiale de la santé appelle les acteurs à investir sérieusement dans la santé mentale. Le confinement généralisé dans certains pays, la perte de millions d’emplois à l'échelle mondiale, le stress et l’anxiété occasionnés par la situation d’incertitude quasi généralisée sur l’avenir, la mort de proches, etc., sont des éléments qui expliquent cette position de l’organisme mondiale.

En Haïti, la COVID-19 est venue s’ajouter à la longue liste de nos déboires et défis quotidiens. Entre la flambée de l’insécurité et des attaques armées sur tout le territoire, l’augmentation des cas de viol, les épisodes de “Peyi Lock”, le ralentissement de la vie économique, la fermeture des écoles, nous faisons face à une série d'événements qui chamboulent nos vies et qui sont pour le moins traumatisants pour beaucoup d’entre nous. Ces derniers compliquent la situation et augmentent la nécessité et l’urgence de l’accès aux soins en santé mentale. Si l’Organisation mondiale de la santé fait de la nécessité d'investissement en santé mentale son cheval de bataille cette année, ce besoin est encore plus vivant dans le contexte haïtien.

Environ 4% du budget de l’exercice fiscal 2020-2021 est alloué au ministère de la Santé publique et de la Population. Je me demande bien comment parler d’investissement public en santé mentale, quand plus de 67% de ce montant couvre les besoins de fonctionnement. De quel fonctionnement parle-t-on quand nous savons que le pays compte seulement deux centres de prise en charge publique de malades mentaux qui sont dans un état dégradant, et seulement une dizaine de psychiatres pour toute la République. De plus, considérant que la santé mentale est un état de bien-être complet, l’investissement dans le service d’autres professionnels incontournables en santé mentale est aussi un impératif. Et jusqu’ici, le domaine public n’a pu rallier qu’un nombre très réduit de psychologues en son sein. Car, ces derniers travaillent majoritairement comme des professionnels libéraux ou avec des organismes non gouvernementaux. Au-delà du domaine public, l’investissement en santé mentale doit aussi passer par le domaine privé à travers les initiatives de la société civile, des organismes non gouvernementaux. Il doit aussi toucher les écoles, les entreprises, les regroupements communautaires, etc.

Actuellement, à défaut de politique efficace de l’Etat haïtien, des professionnels regroupés en association, parmi lesquelles l'Association haïtienne de psychologie offre son aide à la population. Cette association le fait à travers une ligne d’assistance psychologique gratuite destinée à accompagner la population: 2919-9000. Il existe aussi un autre service de télé-assistance psychologique pour les jeunes qui est offert par le ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle en partenariat avec le Volontariat pour le développement d’Haïti(VDH): le 8113. À côté de ces démarches récentes, les professionnels et chercheurs ont l’habitude d’organiser des colloques scientifiques et autres évènements mettant la santé mentale au centre des débats.  Je n’oublierai pas les organisations qui offrent un accompagnement aux victimes de violences parfois avec de faibles moyens. Toutefois, mon plaidoyer est plus que nécessaire, car ces démarches, quoique intéressantes ne sont pas suffisantes.

Mon plaidoyer est pour un investissement humain et économique constant et éclairé pour la prévention et la prise en charge dans le cadre de la santé mentale. Il prône la mise en place de structures d’encadrements dans les diverses institutions, la réhabilitation, le renforcement et le fonctionnement adéquat des centres destinés à aider les malades mentaux. Il est pour une reconnaissance à part entière de la santé mentale comme composante de la santé de l’haïtien.

Je parie aussi que ce n’est pas la première fois que l’on vous informe du manque de soins en santé mentale dans le pays. Vous en avez même fait l’expérience, qui sait. De ce fait, je n’ai pas la prétention de faire le plaidoyer pour un besoin qui n’est pas le nôtre. L’investissement dans la santé mentale qui est le thème retenu à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, ce samedi 10 octobre 2020 est une nécessité. Certes, le travail devra être de longue haleine, mais l’ambition est noble.

Rodginie Dorcent

Etudiante en psychologie

rodginie.dorcent@student.ueh.edu.ht

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