Un étudiant tué par balle à l'École normale supérieure, les agents de la sécurité présidentielle accusés

Publié le 2020-10-05 | Le Nouvelliste

Grégory Saint-Hilaire, étudiant de l’Université d'État d'Haïti, est passé de vie à trépas, après avoir été atteint d'un projectile lancé par un agent de l'Unité de sécurité générale du Palais national, selon les informations fournies par d'autres étudiants sur place.

Le drame s'est produit, entre 5h et 6h p.m., au moment où un groupe d’étudiants tenaient un mouvement pour réclamer l'application d'un protocole d'accord signé avec le Ministère de l'Education nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) concernant leur stage et leur nomination dans les établissements publics de formation.

« Nous étions en train d’exprimer nos revendications devant l’Ecole normale quand, soudain, s'amenèrent deux véhicules transportant des agents de l’Unité de sécurité générale du palais national (USGPN) qui ont lancé du gaz lacrymogène et tiré en notre direction pour stopper notre mouvement. C’est à ce moment que l'étudiant a été atteint d'un projectile au dos », témoigne, à chaud, un étudiant protestataire. 

Selon ce dernier, les forces de l'ordre ont encerclé ses camarades, afin qu'ils ne quittent pas l'espace de cette institution voisine du Palais national. « Ils nous ont tous assiégés. Il n’y avait aucune possibilité de porter secours à notre camarade blessé, pour l’emmener à l'hôpital général situé à quelques mètres », regrette l’étudiant, visiblement dépité.

Selon les informations parvenues à la rédaction, ce sont les étudiants qui ont dû transporter leur camarade jusque-là en vie, à l'Hôpital de l'Université d'État d'Haïti, dans l'espoir de bénéficier de soins. Jusqu’à 9h du soir,  il était encore dans l'enceinte de l'hôpital sans avoir reçu de soins d'urgence. Sur place, un confrère de la presse a observé que l’étudiant victime était resté au sol à un moment où d’autres groupes d’étudiants tentaient de forcer la barrière de l’hôpital pour pénétrer dans l'espace où étaient remarqués des agents de la police nationale.  

Quelques minutes après, l’étudiant victime a été transporté d'urgence à l’hôpital Bernard Mevs où l'on a constaté son décès. Le cadavre a été ramené dans l’enceinte de l’Ecole normale supérieure. 

Tôt dans la matinée du samedi, les parents de l’étudiant victime, en sanglots, ont été remarqués dans l’espace de l’ENS où le cadavre de l’étudiant se traînait encore jusque vers les 9h. Affaissés, accablés, abasourdis, les mots ne suffisent pour décrire la douleur et la désolation de la mère et du père du jeune étudiant. «  Degaje w ban m manje a pou m manje. Ou konnen m pa konn manje deyò. Grèg men maman w. Kiyès ki pral mande m manje. Kiyès ki pral mande m pote anana pou mwen. Manman, se fri m manje. Pote fri pou mwen. Si m gen fanm, depi m konnen l pap banm fri m pap rete avè l. Banm anana, abriko, melon. Chak jou m gen pistach pou m pote bay pitit mwen. Li renmen pistach griye anpil. Mezanmi, gen jan yon pitit gate w, li se yon pwoblèm...»,  n’arrête pas de répéter la maman terriblement dévastée par la mort de son fils. De son côté, son père, pouvant à peine contenir ses larmes, fait les cent pas dans l'espace. Les mots ne viennent pas. Pas question, pour lui, de rester assis. De temps en temps, il porte un regard sur le cadavre qu'on allait enfin déplacer aux environs de 10h. 

Une biliothèque en feu, des rues barricadées, un début d'incendie au tribunal de paix de la rue de la Réunion 

Une bonne partie de la bibliothèque de l'Ecole normale supérieure (ENS) a pris feu dans la même matinée. Des sapeurs-pompiers étaient sur place. Les étudiants, faisant des allers et retours dans l'espace, pointent, une fois de plus, du doigt des agents de l'USGPN qui auraient également mis le feu à un petit bar situé à l'entrée de ladite faculté. «Ils ont mis le feu à l'école et ils ont voulu faire diversion en incendiant le bar. Ils menacent depuis toujours des étudiants grévistes. Ils avaient déjà bastonné des professeurs et des étudiants fréquentant cette institution», précise un étudiant sur place. 

Parallèlement, les étudiants, en signe de protestation, ont étalé des chaises, des pierres et dressé des barricades de pneus enflammés dans les parages de l'ENS. Il y a un début d'incendie au tribunal de paix situé à la rue de la Réunion. Des agents des forces de l'ordre remarqués sur place ont fait usage de gaz lacrymogène et ont lancé des tirs qui ont semé la panique dans la zone. 

« C’est un cadavre que nous avons reçu à l’hôpital », selon le résident en chef du service de chirurgie de l'HUEH

Contacté par le journal, le résident en chef du service de la chirurgie de l'hôpital évoque une situation de panique totale dans l’enceinte de l’institution, vendredi soir. Il souligne que tous les médecins sur place étaient déjà mobilisés pour recevoir l'étudiant blessé au service d’urgence. 

«  Nous étions déjà prêts à recevoir la victime, après avoir appris la nouvelle. Une fois que l'étudiant a été transporté d’urgence à l’hôpital, pas moins de cinq médecins étaient déjà penchés sur son cas. Nous avons fait des manœuvres pour le réanimer. Mais il était déjà mort. C’est un cadavre que nous avons reçu à l’hôpital. Nous ne pouvions pas le déclarer au même moment, compte tenu de l’aspect émotif des étudiants et pour éviter trop de désordre. S’il n’était pas déjà mort, on lui aurait administré des soins », a soutenu le responsable. 

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