Le CARDH écrit au Premier ministre sur l’état « révoltant » et « inacceptable » des détenus et des prisons

Publié le 2020-10-01 | lenouvelliste.com

Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme a adressé une correspondance au chef du gouvernement Joseph Jouthe en vue d’attirer son attention sur la situation dans plusieurs centres carcéraux du pays. Le directeur exécutif du CARDH, qui a paraphé cette correspondance adressée au Premier ministre Joseph Jouthe, recommande la formation d’un task force formé de représentants de l’État, des barreaux et des organismes de défense des droits humains pour évaluer la situation des détenus dans les dix départements du pays, et particulièrement pour enquêter sur certains cas. Il recommande aussi l’élaboration de critères juridiques, moraux et éthiques capables de contribuer à la réalisation de procès rapides dans les tribunaux, les centres de détention, les commissariats afin de voler à leur secours.

Les responsables de l’organisme de défense des droits humains ont pris cette décision après avoir visité, du 21 août au 5 septembre, le pénitencier national, la prison de Mirebalais, la prison de Miragoâne et celle des Cayes. L’état des détenus et des prisonniers est « révoltant », jugent les responsables du CARDH, qui voient dans cette situation une « négation des droits humains et de la dignité humaine ».

«  Les conditions sanitaires des détenus sont les premiers indicateurs de ce drame humain. Reçue généralement deux fois par jour, aux heures irrégulières, leur nourriture ne contient  pas de vitamines nécessaires à l'organisme humain. Parfois, les produits sont avariés et ont des mites », note le CARDH dans la lettre adressée au chef du gouvernement.  Au pénitencier national par exemple, soulignent les défenseurs des droits humains, le dispensaire n’a pas la capacité ni en termes de matériel ni en termes de médicaments de desservir les malades.

Dans la prison de Miragoâne, c’est la situation des femmes qui a notamment retenu l’attention des enquêteurs du CARDH. «  Dans ce centre, les femmes sont quasiment nues, en raison de la chaleur et du manque de vêtements. En outre, elles n’ont pas de matériel sanitaire. L’odeur qui se dégage suffit pour comprendre à quel point elles sont déshumanisées. Certaines d’entre elles, lors de la visite des enquêteurs, ont caché leur corps face au mur, d’autres sont restées à même le sol », rapporte le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme.

Le CARDH a fait état de tortures physiques et de châtiments corporels dans les centres carcéraux visités. «Nous avons pu constater au pénitencier national, par exemple, des détenus dans un petit cachot où ils peuvent seulement rester debout pendant deux jours, d’autres dans un même espace avec des bras, jambes et omoplates blessés, enflés, fracturés », lit-on dans la correspondance.  « À la prison des Cayes, un grand nombre d’enfants en détention prolongée sont entassés dans des cellules sans condition de réinsertion. Ayant commis des larcins, certains d’entre eux y sont depuis des années », toujours d’après l’organisme de défense des droits humains.

Le CARDH n’a pas manqué de souligner la surpopulation carcérale.  « On comptait  3 521 détenus et condamnés au pénitencier national, 750 à la prison des Cayes, 390 à la prison de Mirebalais, 40 à la prison des Nippes , 4721 au total dans les prisons visitées. »

Cette réalité inacceptable révolte la conscience et inquiète le staff du Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme qui se prépare à présenter son rapport sur l’application par l’État haïtien du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ( PIDCP) à la 130e session du Comité des droits de l’homme des Nations unies.

  

Danio Darius
Auteur


Réagir à cet article