Adieux émouvants à Me Charles Dumond Point-Du-Jour

PUBLIÉ 2020-09-28
Les obsèques de Me Charles Dumond Point-Du-Jour ont été chantées ce lundi 28 septembre au Parc du Souvenir, à Tabarre. Un moment pour la famille, les amis, les confrères avocats et les élèves du défunt de lui faire leurs adieux. Me Point-Du-Jour, père de Mackendy Talon, dit Mac-D, lead vocal du groupe Harmonik, est décédé le 20 septembre suite à une attaque cardiaque survenue lors de la messe de requiem du bâtonnier Me Monferrier Dorval.


En ce mois de septembre 2020, la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE) de l’Université d’État d’Haïti et l’ordre des avocats de Port-au-Prince ont enterré au moins deux des leurs. Me Charles Domond Point-Du-Jour, professeur d’histoire du droit, vice-doyen de la FDSE, avocat inscrit au tableau de l’ordre depuis le 8 juillet 1999, a rendu l’âme le 20 septembre 2020. Deux jours plus tôt, il assistait à la messe de requiem organisée en l’église Saint-Pierre en hommage à Me Monferrier Dorval. C’est là qu’il a ressenti un malaise à la suite duquel il a été conduit d’urgence à l’hôpital.

Les enfants du défunt le décrivent comme un père aimant, qui ne montrait pas trop ses émotions certes, mais qui les couvait de signes d’affection. « Papi aimait tous ses enfants, quelle que soit leur situation. Il les aimait tous », insiste Mac D dès le début de sa prise de parole. Ouvert d’esprit, Me Point-Du-Jour ne s’est pas opposé quand son fils a voulu faire de la musique. « ‘’Papi, quand viendras-tu me voir jouer ?’’, lui demandais-je au début. ‘’Quand tu seras un artiste connu’’, répondait mon père. Quand je suis devenu très populaire et que je me produisais un peu partout à travers le pays, c’est mon père qui venait me parler de ma musique. Et je lui disais : ‘’Papi, c’est l’heure maintenant de venir me voir." Je pensais tellement qu’il serait là pour encore plus longtemps. Je pensais tellement que j’avais du temps, j’attendais la bonne occasion, me demandant chaque fois quel serait le meilleur bal pour inviter mon père. Je voulais un bal chic parce que c’était un homme de classe », confie l’artiste ému jusqu’aux larmes.

« Au secondaire, j’étais l’un des plus crétins de ma classe. Un jour, mon père est venu me saluer à l’école. Après son départ, le professeur m’a demandé "Point-Du-Jour est ton père ?" Je lui ai dit “Oui”. Alors il m’a répondu : « Kòman ou fè sòt konsa ? » Depuis, je suis passé des cinq derniers de la classe au premier, parce que je n’avais besoin que de me focaliser sur mes études », révèle le chanteur, avant d’enchaîner avec le morceau « You raise me up » avec son confrère Nickenson Prud’homme au keyboard. « Papi, je n’ai pas eu le temps de chanter pour toi. Alors maintenant je chante, en célébrant ta vie », laisse-t-il tomber, avant de conclure son oraison funèbre par un « I love you papi. »

Jennifer, la benjamine de la famille, elle aussi, est inconsolable. « Je suis comme mon père. Je ne montre pas mes émotions envers les gens. Je n’ai jamais dit "je t’aime" à mon père, parce que je lui ressemblais trop. Un jour que je lui écrivais sur WhatsApp, il m’a dit “Jennifer, je t’aime.” J’ai sursauté. Et je n’ai pas répondu au message, parce que j’étais étonnée. Je n’ai jamais dit je t’aime à mon père, j’espère qu’il va me pardonner. Pourtant j’aime mon papa », se lamente la jeune fille entre deux sanglots face à la dépouille de l'avocat.

De son côté, une nièce ajoutera : « C’est très étrange. La dernière fois que j’ai vu mon oncle, il y a de cela deux ans, on s’était promis que je le ferais s’asseoir devant moi, afin que je puisse l’enregistrer pendant qu’il racontait l’histoire de la famille. Un orateur de son calibre, une personnalité comme la sienne devait enregistrer son histoire pour la postérité. L’année dernière, je n’ai pas pu rentrer en Haïti pour toutes sortes de raisons. Mon projet a échoué, je n’ai pas pu venir le voir. La surprise a été grande d’apprendre son départ. »

L’éloge funèbre présentée par Me Rose-Berthe Augustin, conseillère de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, met l’accent sur les raisons qui ont provoqué le départ aussi soudain que brutal de son confrère. « Me Point-Du-Jour était profondément humain, d’une grande sensibilité. C'était un époux, un père de famille, un ami. Il a été frappé par la fin brutale d’une amitié et son cœur en a été brisé. Son corps a exprimé un chagrin létal. Au-delà du bilan médical qui veut que Me Point-Du-Jour ait eu un malaise, que son état de santé se soit rapidement détérioré et qu’il ne s’en soit pas remis, Me Point-Du-Jour a succombé à cause de l’effondrement de notre société et de ses valeurs. Il a succombé à cause de la banalisation de la vie qui se manifeste tant par l’impunité dont jouissent des assassins que par l’absence d’hôpitaux capables de prodiguer des soins d’urgence, de poser rapidement des gestes médicaux qu’un cas nécessite. Il est temps que les droits constitutionnels à la vie et à la santé soient garantis et ne restent plus des vœux pieux », martèle l’avocate.

Enseignant à la FDSE depuis 1998, Me Charles Dumond Point-Du-Jour dispensait aussi des cours à l’Académie nationale diplomatique et consulaire (ANDC). Beaucoup de ses étudiants ont fait le déplacement pour les funérailles de ce professeur que l’on surnommait affectivement Mr Hamourabi à la FDSE, tant il aimait parler du Code de Hammourabi, texte juridique babylonien daté d'environ 1750 av. J.-C., à ce jour le plus complet des codes de lois connus de la Mésopotamie antique, dans son cours d’histoire du droit. Outre l’UEH, Me Charles Dumond Point-Du-Jour avait aussi travaillé pour plusieurs autres institutions étatiques, dont le ministère de la Planification et de la Coopération externe, le ministère des Affaires étrangères et des Cultes. Par ailleurs, il avait été consul haïtien aux Bahamas. Notons qu’à ses funérailles, outre les nombreux avocats et étudiants, quelques rares têtes du HMI étaient présentes, parmi lesquelles les membres de Harmonk Nickerson Prudhomme, Sanders Solon ec Sachiel Termilus, mais aussi le manager Fred Lizaire et Harry Luc de Handzup Group.

Winnie Hugot Gabriel et Daphney Valsaint Malandre



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