L’assassin que, peut-être, vous croisez

Publié le 2020-09-07 | Le Nouvelliste

Nous perdons pied dans tout. Nous savons qu’il nous faut craindre la prochaine heure, tant tout est incertain, fragile, hors contrôle. Chaque événement nous prépare au pire, comme dans un jeu macabre, où la cruauté le dispute à la violence.

Nous avons vu avec effarement pendant la semaine des dizaines de personnes, forcées d’abandonner leurs logis, leurs quartiers et marcher vers le Champ de Mars, hurlant, après que des gangs armés ont mis le feu de manière indiscriminée et tué leurs proches. Les photos sont passées sur nos fils WhatsApp en laissant dans leur sillage des questions sur la misère, les niveaux de responsabilité, l’altérité et l’injustice.

La colère s’exprime partout. Elle est légitime. Mais comment la rendre efficace sans augmenter le niveau de violence et d’intolérance ? La réponse devrait être institutionnelle, mais les institutions sont dépassées depuis très longtemps. Ces 35 dernières années, elles ont été vidées de leurs missions. Nous avons eu la naïveté de croire qu’elles étaient solides, immuables et avons oublié de les adapter aux nouveaux modes de pensée, de vivre, aux besoins des citoyens et citoyennes.

Les images que nous avons vues sur les réseaux sociaux rappellent étrangement ceux des Rohingyas du Myanmar, des Congolais du Nord-Kivu fuyant la mort, traqués par leurs propres compatriotes pour aller former des camps insalubres, où la mort est toujours certaine mais plus lente. On parle, quand il y a des déplacements obligés de population dans leur propre pays, de crise humanitaire et aucune crise de cette sorte n’est de courte durée.

Le processus de dégradation a commencé il y a longtemps, elle s’est accélérée de manière alarmante ces dernières années. Ghettoïsation, folklorisation, recherche de bons mots pour désigner les inégalités, sans jamais prendre les mesures pour les réduire véritablement, ont permis que se développent littéralement des enfers, de vastes zones de non-droit et de non-devoir, dans lesquels la République brûle déjà. Les déflagrations dans les quartiers de Bel-Air, de la grand-rue, qui s’entendent de très loin sont celles d’armes de guerre tenues par des mains assurées de jeunes gens pour qui la vie, la leur, et celle des autres, est d’une grande banalité.

Il est bien loin le temps du populisme bon enfant. Les politiques, comme le simple citoyen, savent au-dessus de quel volcan nous marchons et combien nos souhaits et nos intérêts peuvent se heurter si nous n’établissons et ne respectons pas les lois.

Chaque mort est une charge supplémentaire sur le radeau fragile où nous nous trouvons tous. Il n’y a que l’existence et l’application de sanctions qui peuvent dissuader les criminels, auteurs intellectuels et seconds couteaux. S’il n’y a pas de la place pour tout le monde, il n’y a en aura pour personne. Ceux qui fournissent des armes, ceux qui permettent et encouragent des jeunes gens à tuer et à s’entretuer vont forcément voir la violence s’approcher de leurs lieux de vie qu’ils croient protégés. C’est dans l’ordre des choses. 

Si notre société devait défendre une seule valeur aujourd’hui, ce devrait être celle du droit à la vie. Que l’on s’appelle Monferrier Dorval ou Mamoune Régis, personne ne devrait avoir le droit de réduire quiconque au silence et de compter sur le système pour vivre tranquillement, comme s’il ne s’était rien produit.

Et puis, c’est insupportable pour le commun des Haïtiens d’avoir des doutes sur celui qu’il croise tous les jours. Il y a trop d’assassins en liberté.

Emmelie Prophète Auteur

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