Le droit à la sécurité

Publié le 2020-08-17 | Le Nouvelliste

La dignité humaine est une, voire la valeur fondatrice des droits de l’homme. Dignité veut dire, valeur intrinsèque de  la personne humaine. Elle s’oppose à un autre concept, celui du mérite. Le mérite d’une personne dépend de divers critères : de son comportement, sa naissance, sa réputation.

Le mérite donc peut se perdre, une personne peut perdre toutes considérations sociales. Par contre, la dignité ne se perd jamais. La valeur intrinsèque à la personne ne peut être enlevée. L’histoire abonde d’exemples où l’on a traité une personne uniquement en fonction de son mérite mais on a donc nié sa dignité, sa valeur intrinsèque (Ex : un tribunal à Paris a condamné à mort un vagabond, soupçonné d’avoir commis un vol, indiquant qu’il était digne de mourir parce qu’il était inutile au monde. En le déclarant inutile, le tribunal a donc nié sa dignité, sa valeur intrinsèque.

Droits humains et sécurité

Les droits humains sont des droits universels, égalitaires et inaliénables. Comme le veut la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948. Ce sont des droits pré-étatiques, donc peut se prévaloir, chaque être humain en tant qu’individu vis à vis des autorités.  Ce sont des droits pré-étatiques, ils ne sont pas attribués par l’État. En revanche, chaque État doit avoir comme tâche principale de protéger les droits humains.

Le concept de la sécurité humaine.

La sécurité humaine est  là pour protéger le noyau vital de toutes les vies humaines d’une façon qui améliore l’exercice des libertés, qui facilite l’épanouissement humain. La sécurité humaine signifie la protection des libertés fondamentales qui sont l’essentiel de la vie. Elle signifie aussi protéger l’individu contre les menaces graves.

La sécurité publique

La sécurité publique, un phénomène social et mondial qui peut revêtir plusieurs aspects :

Criminalité grave homicide ou trafic de drogue

Prise d’otage et enlèvement

Enquête financière et blanchiment d’argent

Trouble et protestation de masse

Grande manifestation publique

Insécurité routière (accident mortel) comme c’est le cas en Haïti avec les motocyclettes.

En Haïti comme dans d’autres pays de la Caraïbe, l’insécurité publique la plus manifeste est la « violence des bandes armées de jeunes délinquants », phénomène qui se multiplie dans les bidonvilles. Ces bandes armées forment clairement une sous-culture et observe un système de valeurs qui leur est propre :

 Moyenne d’âge 17 ans

Vivant dans des conditions économiques infrahumaines

Evoluant dans des milieux d'où l’État est absent et où les besoins de base (eau, électricité) presque inexistant.

Les adhérents à ces bandes sont motivés par le désir:

d’acquérir un statut aux yeux de leurs paires;

d’appartenir à une communauté;

de se protéger contre d’autres groupes;

de céder à la pression de leurs paires;

Les adhérents sont le produit des conditions socio-économiques difficiles : le chômage et la familles dysfonctionnelles.

Primauté des mesures préventives sur les mesures répressives

En termes de recommandation, les dirigeants doivent se focaliser sur la nécessité d’aider ces communautés, en développant des stratégies telles  que :

création du programme de surveillance communautaire ( community policy program);

amélioration des institutions inter communautaire;

mise en  place de différents programmes sociaux et juvéniles par le gouvernement et les organisations de la société civile;

nécessité d’investir pour combattre les menaces à la sécurité nationale.

Dans le cadre de la politique publique  de sécurité nationale, le gouvernement doit investir un pourcentage raisonnable de son budget national au financement des organismes chargés de la prévention de la délinquance et responsables de la justice pénale. À titre d’exemple, on pourrait :

donner aux organismes de répression locaux des outils et des ressources nécessaires pour protéger le bien-être des citoyens ;

créer une unité d’intervention nationale sur la délinquance composée de plusieurs organismes chargés de tracer des stratégies nationales de prévention.

D’autre part, le gouvernement  se doit de  reconnaitre que cette violence ne devrait pas uniquement relever de la justice pénale, elle devrait être vue comme une condition compliquée comportant plusieurs facteurs : santé mentale, économique, sociaux, culturelles, le chômage, les relations familiales instables, la marginalisation sociale. D’où la nécessité d’un plan polyvalent de réduction de la délinquance qui inclut les actions suivantes :

la mise en œuvre de programme conçu pour attaquer les problèmes sociaux comme la toxicomanie, et la violence dans les foyers;

la promotion du règlement des conflits par des moyens non violents;

la mise au point de programme scolaire comportant des initiatives de style de vie, en leur présentant des mentors modèles, afin de sensibiliser les enfants haïtiens à l’importance des choix judicieux et la non-violence;

De surcroît, dans ces quartiers défavorisés, le gouvernement doit :

promouvoir la formation des jeunes en apportant un support accru aux activités parascolaires (loisirs sains, sport, etc.);

 encourager des compétitions saines entre les jeunes, encourager les intelligences en créant une source de financement pour ceux qui aspirent à devenir des  entrepreneurs;

créer des lycées techniques dans ces zones défavorisées;

Expansion de la formation professionnelle et technique dans le système scolaire publique comme c’est le cas dans le (collège Canado-Haïtien)

Développer des attitudes positives face à la vie et d’expérience enrichissante chez les jeunes en encourageant la sensibilisation culturelle, les services à la communauté, et l’assainissement de leur environnement.

Le but de ces activités est :

le développement et l’apprentissage de l’autonomie chez les jeunes;

la possibilité d’avoir accès aux chances d’éducation pour la vie;

le perfectionnement professionnel;

leur participation positive dans leur communauté;

l’acquisition des compétences améliorant leurs emplois et leur habilité;

Partant d’accès au marché du travail

Il y a des facteurs de risque à considérer:

culture matérialiste (vêtement haut de gamme, voiture luxueuse, téléphone, etc.) exerce un attrait irrésistible

intervention tardive des forces de l’ordre;

une haute densité d’armes illégales au sein de cette communauté;

l’aliénation de la société conventionnelle;

absence de parents;

manque de déboucher;

mauvaise performance à l’école;

disponibilité d’arme a feu illégale;

piètre modèle;

existence d’une culture de gang;

pénétration culturel étrangère.

L’expérience dans d’autre pays a montré que la répression, tout en étant nécessaire, ne suffit pas pour arriver à bout des bandes armées et leurs activités criminelles. La Police nationale se doit d’entreprendre un vaste programme d’intervention sociale à titre de contribution aux efforts d’application des lois, d’où la nécessité d’une police communautaire de proximité qui doit entreprendre :

des initiatives de gestion de la paix en cherchant à désamorcer les conflits intérieurs inter-gang avant leur escalade;

un programme de sécurité et de justice pour les citoyens;

des unités d’appui aux victimes;

ses initiatives pour la sécurité des citoyens;

une Fondation pour le règlement des conflits;

Tout ceci se doit d’être accompagné :

d’un cadre juridique;

d’un système judicaire indépendant;

des législations traitant des stupéfiants, des armes à feu, du blanchiment, des trafics de stupéfiants, à mettre en œuvre;

d’une politique de sécurité nationale;

de poursuites juridiques des bandes armées;

Leur condamnation

Sur fond de tout cela, des dispositions administratives de la PNH, en matière des droits humains, des enfants, des adolescents et des jeunes doivent être respectées. Des centres de réadaptation pour les toxicomanes et les alcooliques, et de réinsertion sociale pour les jeunes en conflit avec la loi constituent des éléments importants dans la lutte contre la criminalité et la détention préventive prolongée comme c’est le cas en Haïti.

Nous ne terminerons pas sans signaler le programme de villa nueva, établi au Guatemala  dans le cadre d’une collaboration avec la police, les procureurs et la communauté, pour empêcher les crimes et trouver les coupables. Ce programme coordonne son activité avec un programme communautaire avec la USAID. Ce programme a créé  une ligne téléphonique permettant d’établir des tuyaux confidentiels sur les activités des gangs. Mieux, ce programme forme une équipe d’enquêteurs chargée de suivre les pistes et de trouver les coupables ou de décourager les activités des gangs.

Port-au-Prince, le  12 aoùt 2020

Jean Claude DESGRANGES, MD, FAGS

Président de la Fondation du Troisième Age

Email :jcdesgranges77@yahoo.fr


 

Jean Claude Desgranges, MD, FAGS Auteur

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