David André s'ouvre à l’avenir

PUBLIÉ 2020-08-10
Il est l’un des grands noms de la mode en Haïti. Le 17 juillet, une année de plus s’est ajoutée à sa vie. Pour David André qui compte une carrière très riche à son actif, c’est l'occasion de s’ouvrir à l’avenir, de découvrir ce qu’il lui réserve en dépit des grandes difficultés qui submergent la mode par les temps qui courent. Apprenez davantage sur le designer dans cette entrevue.


Dans quel état d’esprit vous abordez ce nouveau printemps (sa fête, le 17 juillet) ?

J’aborde ce nouveau printemps avec beaucoup de gratitude envers Dieu, de sérénité et de joie. C’est tout simplement un chiffre qui est ajouté à ma vie, mais je garde un esprit jeune, créatif, ouvert avec plus de maturité et discernement. 

Vous avez réalisé beaucoup de choses au cours de ces deux dernières années où le pays était constamment en troubles. Pouvez-vous nous présenter ces réalisations ?

Bon, je dois dire que je me suis, en effet, retiré pendant un temps de ma bulle, J’ai beaucoup voyagé pendant ces deux dernières années pour travailler sur des projets. J’ai  suivi des formations dans la mode et aussi pour le développement de ma marque sur certains marchés caribéens. Je suis resté en résidence de mode à l’université UTT pendant deux semaines à Trinidad & Tobago avec d’autres designers de la Caraïbe. J’ai participé à Carifesta à Trinidad & Tobago, qui a été une très belle expérience. J’ai présenté, sur invitation du comité organisateur, ma collection homme-femme 2020 à la fashion week de Philadelphia. Un bel article a été publié à mon sujet dans BBC News. J'ai développé des relations commerciales avec des boutiques qui vendent mes créations à la Jamaïque, à Trinidad & Tobago, en Guadeloupe, à Miami. Même si on ne m’entend pas, je ne cesse de travailler pour faire connaitre mon nom ailleurs et montrer qu'Haïti n’est pas simplement la misère et les troubles politiques malheureusement, mais c’est la mode, la beauté, l’art, la musique. Pour rester plus près de moi, j’invite les lecteurs à me suivre sur les réseaux sociaux (Instagram, Twitter, Facebook).

Quelles sont vos ambitions actuellement ?

Lancer ma griffe sur les grands marchés internationaux de la mode. Ce n’est pas chose facile, mais je crois qu'avec beaucoup de travail, de pensées positives, de prières j'arriverai à atteindre ce but. Je suis déjà sur la bonne voie, Dieu merci, et j’en suis extrêmement reconnaissant.

Comment un designer comme vous vivez le confinement ?

Je suis rentré deux semaines après la fashion week à Philadelphia avant le lockdown en Haïti. Je devrais repartir sous peu pour Los Angeles ; mais comme quasiment tout le monde, le Covid-19 nous a pris par surprise, comme un mauvais rêve. J’ai dû apprendre à me protéger en portant un masque, ce qui n’est pas toujours évident, me laver les mains à longueur de journée, respecter les mètres de distance, bref, m’adapter à ces nouvelles règles de vie. Il faut savoir que qu’on le veuille ou non, on devra intégrer cette nouvelle façon de vivre dans nos habitudes journalières. En tant que designer, le confinement m’a permis de me poser beaucoup de questions sur la vie, le pourquoi de notre existence sur terre, des questions sur ma carrière, sur l'après de la pandémie. Malgré tout je n’ai jamais cessé de travailler sur de nouvelles collections qui attendent de voir le jour. J’ai dû faire des arrangements afin de garder mon atelier et mon staff. On a dû se mettre à la production de masques de protection en tissu. Le milieu de la mode mondiale souffre beaucoup, tout comme beaucoup d'autres secteurs, mais je reste confiant qu’on va remonter la pente. Le soleil se lève et brille tous les jours, ce qui veut dire qu'il faut garder espoir.

La présentation de vos produits est différente de beaucoup d’autres créateurs locaux, c’est quoi votre secret ?

Je pense que chaque créateur a sa créativité, son style qui permet au public de reconnaître sa touche, sa stratégie marketing et le développement de sa griffe. Je veux et je me bats chaque jour pour offrir un produit de qualité, bien fini, qui répond aux standards internationaux, tout simplement par respect pour le client. La mode pour moi c’est proposer et vendre un rêve à un client. 

La mode en Haïti a pris une pause longtemps avant la crise du nouveau Coronavirus. On est maintenant en pleine pandémie, comment envisagez-vous l’avenir de la mode en Haïti et le vôtre ?

Oui, on était sur une bonne voie avec Haiti Fashion Week qui était une bonne plateforme pour faire connaître nos créateurs de mode (vêtements, accessoires, etc.) ; mais tout s’est arrêté. Je ne veux pas rentrer dans les détails, mais il n’est jamais trop tard pour apprendre des erreurs et rebondir. Le talent existe en Haïti. On a besoin d’appui et d’accompagnement de l’État, de structures éducationnelles, d'événementiels et de pouvoir d’achat afin de vendre nos créations à des prix compétitifs. De mon côté, je suis en train de finaliser la conception de mon site afin de me lancer dans l'e-commerce, vu que tout se vend en ligne à présent et que depuis la pandémie il y a une hausse des ventes de produits en ligne. 

Des projets proches ?

Ma tête déborde de projets, mais j’en parlerai au moment venu. J’ai appris à être patient et à ne pas tirer sur la corde du processus de la vie.

Comment avez-vous fait pour tenir vingt-deux ans dans le métier ? 

La recette est un mélange de passion, de créativité, de dévotion, de détermination, de respect de soi, de professionnalisme, de la capacité d'être à l’écoute du temps, de toujours se relever après un échec. Pour faire court, j’adore ce que je fais tous les jours, je ne m'en lasse jamais.

Des mots à ceux qui vous sont chers ?

Je ne vais pas citer de nom, pour éviter de faire des jaloux, mais ils se reconnaîtront. J’aimerais tout simplement leur dire merci pour leurs support inconditionnel. Merci de me prêter leurs oreilles dans les bons et mauvais moments de ma vie et de ma carrière. Merci de m’accepter comme je suis et d’être sincère, sans superflu.



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