PrEP, un nouveau traitement préventif contre le VIH

Publié le 2020-08-04 | Le Nouvelliste

Nous sommes très loin du temps où l’on mourait systématiquement du sida. À l’heure actuelle, outre les méthodes de prévention liées aux comportements sexuels des individus, à savoir l’abstinence, la fidélité et l’usage des préservatifs, il existe une autre stratégie de prévention très efficace contre la contamination au VIH. Il s’agit de la prophylaxie pré-exposition ou PrEP, un traitement préventif qui s'adresse aux personnes VIH négatives, autorisé par le MSPP et disponible gratuitement en Haïti depuis environ un an.  

La PrEP ou encore prophylaxie pré-exposition est une méthode de prévention du VIH avant exposition au virus destinée aux personnes VIH négatives, qui n’utilisent pas systématiquement le préservatif lors de leurs rapports sexuels et qui sont à haut risque de contracter le VIH.  En effet, confie le Dr Bélimaire, professeur des universités et consultant en santé publique et soins VIH à l’Institut PANOS, « la PrEP peut s’utiliser dans deux circonstances. Premièrement, dans un couple sérodiscordant, c’est-à-dire un couple où l’un des partenaires est un PVVIH (personne vivant avec le VIH) et l’autre est saine. Secondement dans le cas des gens qui ont des comportements sexuels à risque, notamment les homosexuels, les travailleurs et travailleuses  du sexe exposé(e)s à des rapports sexuels non protégés, ou encore les jeunes en général qui côtoient des partenaires dont ils ignorent le statut sérologique vis-à-vis du VIH ». En cas d’exposition au VIH, ce médicament antirétroviral empêche la contamination. 

Autorisé par le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) en Haïti entre fin 2018 et début 2019, la PrEP est un traitement qui se prend par voie orale soit de façon continue à raison d’un comprimé par jour si l'on vit avec un PVVIH, soit de manière ponctuelle deux pilules deux heures avant le rapport sexuel, puis une pilule, 24 heures puis 48 heures après le rapport sexuel.  

La personne qui désire faire l'expérience de la PrEP doit se rendre à un des centres de santé dans lesquels le traitement est disponible. Après une consultation médicale, l'intéressée devra être testée pour le VIH. Si elle est négative, et après d’autres examens de laboratoire, elle sera éligible pour la prise de la PrEP. Cette dernière sera suivie médicalement tout au long des mois, trimestre et semestre après le début du traitement préventif pour s’assurer que les molécules soient bien tolérées et le tester pour le VIH et d’autres infections transmissibles sexuellement (IST).  

La PrEP a jusqu’à ce jour fait ses preuves. « Avec la PrEP, la personne séronégative est protégée du virus du sida, même si elle a des rapports sexuels non protégés avec un partenaire sexuel infecté au VIH », fait savoir le Dr Bélimaire, même s’il conseille de combiner la PrEP avec une autre méthode de prévention telle que l’utilisation du préservatif pour une sécurité maximale. S’agissant des effets secondaires, il ajoute: « Les effets secondaires sont tolérables, négligeables et gérables par les médecins. Tout comme pour les ARV en général, des fois quand on commence à les prendre, le corps ne s’adapte pas automatiquement. Certains peuvent ressentir des nausées,  des vertiges ou une petite diarrhée. Mais avec le temps ces symptômes vont disparaître.  La majorité des gens tolèrent très bien les médicaments ». 

Un traitement qui fait déjà des heureux 

Nadia et Jean sont deux personnes qui font actuellement l'expérience de la PrEP. Tous deux ne cachent pas leur satisfaction. Pour Nadia, 27 ans, mère et travailleuse du sexe, ce traitement est venu trop tard dans un monde trop vieux. “Je suis très heureuse de faire l'expérience de la PrEP. M pa santi okenn efè segondè, li ban m apeti. Cela fait déjà sept mois et depuis je ne m'inquiète pas comme je le faisais autrefois quand j’avais des rapports sexuels non protégés avec un client. Ça me donne une telle paix d’esprit que j’ai déjà emmené plusieurs de mes compagnes se faire tester et prendre le traitement et elles me sont très reconnaissantes. Maintenant ma seule préoccupation c’est les infections». En effet, si la PrEP protège contre le virus du sida, elle ne protège pas contre les autres IST comme la syphilis par exemple. Elle est aussi contre-indiquée chez les porteurs du virus de l’hépatite B. 

Jean, 41 ans, père de trois enfants, de son côté témoigne. « Depuis le jour où l'on a présenté ce traitement à mon bureau, j’avais trouvé que c'était une nécessité de le prendre. Si l’on sait que l’on a plusieurs partenaires dont on n’est pas sûr du statut sérologique pour certains, il faut mieux se protéger. La PrEP est vraiment efficace. Il me faut simplement prendre un comprimé par jour.»  

Actuellement aucun d’entre eux, ni ceux qu’ils ont encouragés à faire l'expérience, n’ont eu de problème particulier. Et c’est donc à cœur joie qu’ils s’en vont faire leur bilan régulièrement et renouveler leur dose de médicaments.  

Rappelons que le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) a adopté la stratégie de la PrEP depuis fin 2018 et début 2019. Désormais les médicaments pour la PrEP sont disponibles gratuitement dans différents centres de santé grâce au financement de PEPFAR (Plan présidentiel américain d'aide d'urgence à la lutte contre le sida) et de l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international). « On a démarré avec quelques centres dans l’Ouest, mais c’est un programme qui s'étend au niveau national », a confié le Dr Bélinaire, qui estime que toute personne séronégative qui a des comportements sexuels à risque devraient idéalement faire l'expérience de la PrEP.  

Parallèlement à la PrEP, le traitement des PVVIH avec des antirétroviraux (ARV) constitue aussi une mesure préventive efficace contre la transmission du VIH. En effet, après 3 à 6 mois, une PVVIH qui prend bien et régulièrement ses médicaments deviendra indétectable, c’est-à-dire la quantité de virus présents dans le sang  sera tellement réduite et petite que les  examens de laboratoire médical ne pourront plus les détecter.  Quand une PVVIH reste toujours indétectable, elle peut vivre longtemps en bonne santé, et elle ne pourra pas transmettre le VIH à son partenaire sexuel suite à des rapports sexuels non protégés. C'est pourquoi nous encourageons les prestataires en soins VIH à faire la promotion de (I=I) : Indétectable = Intransmissible.  

Winnie Hugot GABRIEL Auteur

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